François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie de Shawinigan.

La neige, un sujet chaud à Shawinigan

SHAWINIGAN — Il existe une vaste gamme d’événements qui peuvent teinter le rapport annuel d’un service de sécurité incendie. À Shawinigan, une tempête de neige à la fin novembre a généré pas moins de 82 appels d’assistance en deux jours, influençant ainsi grandement le bilan des interventions pour l’année 2018.

Le dernier rapport annuel du Service de sécurité incendie a été adopté par le conseil municipal de Shawinigan, le 14 mai. Les pompiers ont traité pas moins de 896 appels l’an dernier, un bond de 19 % par rapport aux 750 de 2017. Il s’agit même d’un sommet depuis la reprise des dépôts d’un rapport annuel par ce service, en 2011.

François Lelièvre, directeur de l’unité, identifie sans peine la cause de cette augmentation. Dans la nuit du 27 au 28 novembre, une importante tempête de neige a balayé le Québec, provoquant un nombre anormalement élevé d’appels. Pour donner une idée, en novembre 2017, le Service de sécurité incendie de Shawinigan avait reçu 61 appels. Un an plus tard, ce nombre bondissait à 144, dont celui concernant le décès d’un couple à la suite d’une intoxication au monoxyde de carbone, dans le quartier Sainte-Flore.

«Nous avons eu un hiver plus dur, avec aussi plus d’infiltrations d’eau», convient M. Lelièvre. «Tout ça a fait en sorte que nous avons augmenté un peu le nombre de nos interventions.»

Sur les fameux 82 appels de la fin novembre, le directeur fait remarquer que plusieurs d’entre eux sont classés dans la catégorie des sorties préventives, dont le nombre total est passé de 143 en 2017 à 225 l’an dernier.

Le service a même introduit un nouveau code d’appel en janvier, «structures à risque via la neige», pour décortiquer l’influence des accumulations hivernales sur les infrastructures.

«Des gens nous appellent pour nous prévenir qu’un poteau va tomber ou parce qu’ils craignent qu’un balcon s’effondre», illustre M. Lelièvre. «Pour nous, ce sont des sorties préventives. Ça fait deux ou trois ans que nous avons plus d’appels pour des structures à risque. Nous avons donc isolé cet élément des sorties préventives en 2019 pour être capables d’en faire une bonne analyse. Déjà, on sait qu’au début de l’année, nous avons reçu beaucoup, beaucoup d’appels en raison de la neige. C’est exceptionnel.»

«Avant les Fêtes, nous avons exigé, à plusieurs endroits, que les gens déneigent leur toiture», précise M. Lelièvre. «On voit ça très rarement à cette période. Habituellement, ça allait plus vers la fin janvier, début février, quand l’hiver est bien installé. En 2019, ce sera sans doute noté dans notre prochain rapport, nous avons fait beaucoup de demandes d’évacuation. Des gens étaient pris en charge par la Croix-Rouge parce qu’on demandait au propriétaire de déneiger.»

Grosses pertes

Le Service de sécurité incendie de Shawinigan est intervenu sur 73 appels de feux de bâtiments l’an dernier, un nombre également en hausse par rapport aux 59 de 2017. La valeur des pertes matérielles totales a suivi une courbe encore plus prononcée, passant de 2,3 millions $ à 3,7 millions $ au cours de la même période. Par contre, deux sinistres expliquent à eux seuls cette différence de 1,4 million $: l’incendie à la Station plein air Val-Mauricie et celui d’un entrepôt municipal du secteur Shawinigan-Sud, qui sont survenus à moins de deux semaines d’intervalle au printemps 2018.

Petite consolation dans ce bilan, les appels pour feux de cuisson ont diminué l’an dernier. Le Service de sécurité incendie de Shawinigan en avait recensé 85 en 2017, comparativement à 68 en 2018. On sait que depuis trois ans, il s’agit du thème privilégié par la campagne de prévention provinciale, qui s’intitule «C’est dans la cuisine que ça se passe».

Notons que dans le cadre de son programme d’inspections résidentielles, le Service de sécurité incendie de Shawinigan a cogné à 4610 portes en 2018 et sur les 2427 demeures visitées, 85,4 % possédaient un avertisseur de fumée conforme. Il s’agit d’une amélioration de trois points de pourcentage par rapport à l’année précédente.

L’exploitation du Service de sécurité incendie de Shawinigan a entraîné des charges opérationnelles de 4,4 millions $ en 2018, conformément au budget qui lui avait été alloué par la Ville. Son coût par habitant s’établit à 89,70 $. La brigade est composée de 53 pompiers, dont 17 à temps plein.

Négociations difficiles au service de sécurité incendie: «Ça avance tranquillement»

La haute direction du Service de sécurité incendie de Shawinigan n’a pas été épargnée par les critiques du syndicat des pompiers depuis le début de l’année. Le directeur, François Lelièvre, assure que malgré ce climat pour le moins particulier, les deux parties travaillent sur la signature d’un nouveau contrat de travail.
La convention collective est échue depuis le 1er janvier 2017. Depuis le mois de mars, le président de l’Association des pompiers et pompières de Shawinigan (APPS), Benoit Ferland, a successivement questionné le plan pour contourner les bouchons de circulation pendant les travaux sur le pont Marc-Trudel, dévoilé des plaintes formulées à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail sur la qualité des habits de combat et l’absence de M. Lelièvre lors d’une intervention en novembre. Le syndicat a aussi déposé une résolution de non-confiance à l’endroit de l’état-major, dénoncé la lenteur de l’adoption du nouveau schéma de couverture de risques... Bref, qualifier ce climat de tendu demeure un euphémisme.
«Les négociations avancent», témoigne le directeur, précisant que lundi, les deux parties se retrouvaient devant un médiateur. «Nous sommes en rencontre aussitôt
qu’on peut l’être. Ça avance tranquillement.»
M. Lelièvre mentionne que le quotidien de son équipe n’est pas affecté par ces longues négociations ni la sécurité de la population.
De son côté, M. Ferland reconnaît que la rencontre de lundi s’est plutôt bien déroulée. Le prochain rendez-vous est fixé au début juillet. Il se réjouit de constater que le Service de sécurité incendie a pris les dispositions pour produire son schéma de couverture de risques d’ici la fin de l’année, ce que confirme M. Lelièvre. Le représentant syndical précise également que l’employeur a déposé, la semaine dernière, les actions qu’il comptait
poser pour répondre aux dérogations observées par la CNESST dans son rapport déposé le 19 février.