La coordonnatrice de l’organisme BAIL-Mauricie, Judith Bastien, est elle-même restée prise avec son fauteuil roulant mécanique dans un stationnement enneigé la semaine dernière.

La neige, un casse-tête pour les personnes handicapées

TROIS-RIVIÈRES — Les fréquentes chutes de neige des dernières semaines rendent difficiles les déplacements des personnes handicapées et leur compliquent la tâche lorsque vient le temps de garer leur véhicule et que les espaces de stationnement leur étant réservés sont enneigés.

Marie-Sol St-Onge, une artiste bien connue de la région ayant été amputée de ses quatre membres à la suite d’une grave infection, s’est notamment retrouvée dans une telle situation lorsqu’elle s’est rendue à l’hôpital pour un examen de routine la semaine dernière. En arrivant dans le stationnement de l’établissement, son conjoint et elle ont constaté que les seuls espaces réservés aux personnes handicapées encore libres étaient ensevelis sous un imposant amas de neige. Elle a alors pris le banc de neige en photo et l’a publiée sur sa page Facebook en l’accompagnement d’un commentaire humoristique dont elle seule a le secret. S’en est suivi un flot de commentaires, autant positifs que négatifs, sur le sujet. Mme St-Onge constate donc que cette question est très sensible et doit faire l’objet de discussions de temps en temps afin de rappeler l’importance pour les personnes dans sa condition de pouvoir bénéficier d’espaces de stationnement réservés et en mesure d’accueillir leur véhicule.

«Les gens ne sont pas tous conscients pourquoi on a besoin de tels espaces. C’est pour ça qu’on fait des petits rappels de temps en temps. Mais ce n’est pas pour tomber sur la tête de quelqu’un. Je suis consciente que nous sommes au Québec et que nous avons tout un hiver cette année. On ne peut pas faire disparaître la neige, mais il y a sûrement des moyens de la déplacer», mentionne-t-elle.

Néanmoins, Marie-Sol St-Onge se considère chanceuse de pouvoir compter sur son conjoint lorsqu’elle doit sortir de la maison. Elle est cependant consciente que ce ne sont pas toutes les personnes handicapées qui bénéficient d’une telle aide, d’où sa récente publication sur les réseaux.

«Je pense à ceux qui ne peuvent pas se lever comme moi ou qui n’ont pas Alin [son conjoint] pour pousser et passer les obstacles. Être près des entrées, ce n’est pas par paresse ou pour pouvoir entrer plus rapidement à l’intérieur. Une fois rendue dans l’épicerie, il faut se véhiculer tout le long. Si un homme a un problème respiratoire, il sera encore essoufflé une fois dans le Canadian Tire», image-t-elle avant d’ajouter que les personnes handicapées éprouvent également des difficultés à être visibles lorsqu’elles circulent seules dans un stationnement, ce qui augmente les chances d’incidents, croit-elle.

Selon Judith Bastien, coordonnatrice de l’organisme BAIL-Mauricie, ce cas n’est pas isolé. Se déplaçant elle-même en fauteuil roulant depuis sa tendre enfance, elle est bien au fait des problèmes auxquels les personnes handicapées doivent faire face pendant la saison hivernale. Elle s’est elle-même enlisée dans la neige avec son fauteuil dans un stationnement pas plus tard que la semaine dernière. Elle reconnaît par ailleurs que le présent hiver est tout particulièrement difficile pour les équipes de déneigement.

Marie-Sol St-Onge a publié cette photo sur sa page Facebook.

«Je n’ai jamais eu autant de difficulté à me déplacer», lance-t-elle.

Par contre, elle indique que les cas comme celui qu’a rapporté Marie-Sol St-Onge ne sont pas nouveaux de cette année. Des situations similaires ont déjà été portées à son attention dans le passé ainsi que d’autres où des espaces réservés étaient occupés par des automobiles sans permis spécial car la seule indication à cet effet se trouvait sur la chaussée et était recouverte de neige.

«Même quand il n’y a qu’une mince couche de neige, on ne les voit plus», constate-t-elle.

Mais comme elles ne peuvent pas rester enfermées chez eux pendant tout l’hiver en attendant que la neige fonde, les personnes handicapées doivent faire preuve d’ingéniosité pour se déplacer malgré la substance blanche qui recouvre le sol, parfois en abondance. Vice-présidente de l’organisme shawiniganais Handicap-Soleil, Mélanie Désilets, en sait quelque chose.

«Sortir seule dans ma condition l’hiver, c’est quasi impossible. [...] J’ai un ami qui travaille chez CGI et qui a dû engager un monsieur pour pelleter entre chez lui et son travail. Le monsieur doit l’accompagner à tous les matins. [...] Le truc que j’ai trouvé cette année est de traîner une chaudière de sel à action rapide dans ma voiture. La personne qui m’accompagne met du sel dans le stationnement ou le trottoir pour que je puisse circuler», indique-t-elle.

Efforts de sensibilisation

Afin de réduire le nombre de situations du genre, la coordonnatrice de BAIL-Mauricie croit que des efforts afin de sensibiliser les personnes impliquées s’avèrent nécessaires.

Elle rappelle d’ailleurs que la Ville de Trois-Rivières, comme l’ensemble de celles de 15 000 habitants et plus de la province, doit avoir un plan d’action visant l’intégration des personnes handicapées, et ce, depuis 2005.

«Nous travaillons justement à la préparation du prochain plan et il sera inclus dedans qu’il y aura de la sensibilisation qui sera faite auprès des déneigeurs, autant ceux qui travaillent pour la Ville que ceux qui sont contractuels. Par exemple, j’ai un ‘‘lift’’ sur le côté de ma voiture et si la bande de neige est trop haute, mon ‘‘lift’’ ne descend pas», explique-t-elle.