Les avocats de défense en pratique privée se sont mobilisés à la toute dernière minute vendredi lorsqu’ils ont appris que la ministre Sonia LeBel venait au palais de justice de Trois-Rivières. Ils voulaient lui faire une haie d’honneur afin de l’interpeller sur leurs revendications.

«La ministre s'est sauvée»: les avocats piqués au vif par Sonia LeBel

TROIS-RIVIÈRES — Dans le cadre de leurs revendications visant à obtenir une réforme du système d’aide juridique, des avocats de Trois-Rivières ont voulu profiter d’une visite de la ministre Sonia LeBel au palais de justice de Trois-Rivières pour attirer son attention et faire valoir leur niveau de mobilisation.

Or, ils ont non seulement été déçus, mais surtout insultés. Sachant qu’une vingtaine d’avocats s’étaient regroupés à l’une des entrées principales du palais de justice, la ministre et son équipe ont en effet rebroussé chemin et emprunté une porte secondaire, évitant ainsi de les croiser. «Le but était de démontrer que nous sommes unis et forts et qu’on aimerait qu’elle s’adresse à nous. On l’a pris comme une insulte. En fait, la ministre s’est sauvée et l’ensemble des avocats de pratique privée qui acceptent l’aide juridique sont maintenant déçus et insultés. C’est certain que ce n’est pas la dernière mobilisation», a prévenu Me Mélanie Bédard, la porte-parole en Mauricie du Mouvement sur la réforme des tarifs d’aide juridique, connus sous le nom des cercles bleus.

Les avocats n’ont cependant pas baissé les bras de sorte qu’ils se sont déplacés un peu partout dans le palais de justice pour tenter d’entrer en contact avec elle, et ce, pendant une trentaine de minutes.

Finalement, c’est Me Pierre Spain qui a réussi à l’apostropher en lui demandant ce qui arrivait avec les tarifs d’aide juridique. Elle a alors dit comprendre la situation en rappelant que des discussions avaient eu lieu avec le Barreau du Québec, mais que présentement, elle était en visite au palais de justice avec la sous-ministre.

Rejointe à ce sujet par Le Nouvelliste, son attachée de presse Nicky Cayer a pour sa part indiqué que Mme LeBel avait été interpellée plus tôt cette semaine sur les tarifs d’aide juridique, mais qu’elle ne voulait pas faire état de ses intentions sur la place publique pour l’instant. Elle a aussi précisé que la ministre n’avait pas d’obligation de rencontrer les avocats dans le cadre de sa visite au palais de justice, surtout qu’elle ignorait la tenue de cette mobilisation spontanée et qu’il existe une équipe de sécurité autour d’elle. «On considère que nous n’étions pas menaçants pour sa sécurité. Le message qu’elle nous envoie aujourd’hui par sa façon de changer de porte démontre que ça ne l’intéresse pas», a pour sa part répliqué Me Bédard.

On sait qu’une coalition représentant plus de 10 000 avocates et avocats à travers le Québec, réclame à la ministre de non seulement augmenter les tarifs qui leur sont alloués dans le cadre des mandats privés d’aide juridique, mais bien d’obtenir d’urgence une réforme en profondeur. Ils veulent un engagement ferme. «Cette manifestation spontanée est justement une réaction de la part des avocats à l’inaction gouvernementale. On nous demande toujours plus, mais on nous en donne de moins en moins. Le gouvernement s’attend à plus de travail de notre part, mais de façon bénévole. Et pour les plus jeunes avocats, c’est maintenant rendu une question de survie. Par cette structure, on attaque aussi les droits des plus démunis qui doivent être représentés de façon adéquate», a déploré Me Michel Lebrun, président de l’Association québécoise des avocats et avocates de la défense.

Soutenue par les porte-parole des partis d’opposition, la coalition a demandé, mardi dernier, à la ministre de reprendre le dialogue avec le Barreau du Québec afin d’accélérer ce travail de réforme. Présentement, les discussions sont au point mort depuis le refus, par le Barreau du Québec, de l’offre finale du gouvernement présentée en juillet 2019, jugée inacceptable. La ministre a pour sa part indiqué qu’il y avait toujours une conversation continue avec les acteurs en cause, malgré l’absence d’une table de négociation en bonne et due forme. Encore une fois, elle s’était dite consciente de l’existence de problèmes dans la structure même du tarif de l’aide juridique.