René Bérubé archive des coupures de journaux relatant les événements marquants de la région depuis 1973.

La mémoire d’un homme et de sa région

Trois-Rivières — C’est par milliers que René Bérubé accumule les coupures de presse depuis 1973. On peine à tourner les pages de ses imposants cahiers tant l’homme multiplie les anecdotes autour de chaque item. C’est que l’histoire qu’il a patiemment rassemblée est celle de sa région, mais c’est aussi la sienne.

Les propos de M. Bérubé sont diffus. L’homme tire dans toutes les directions. D’un lien à l’autre, les embranchements sont multiples. Le fil central est toutefois toujours le même: le développement de sa région. Encyclopédique, sa connaissance de celle-ci tient Saint-Léonard-d’Aston comme épicentre. Pour le reste, il peut vous emmener voyager au gré des anecdotes. Et ses cahiers lui serviront de témoins.

Il commence à découper dans Le Nouvelliste en 1973. Des textes et des photos qui rendent compte du pouls de son monde. Il pigera aussi à l’occasion dans La Presse ou les hebdos régionaux. On trouve également, çà et là, des cartons d’invitation ou le programme d’un gala. Il ne se soucie pas de la provenance. Il archive. C’est tout.

Ses cahiers sont au nombre de trois. De massifs albums aux allures de grimoire. «Pour la grandeur, je me suis inspiré de l’ancien format du Nouvelliste», indique René Bérubé. Les couvertures sont faites de cuir noir; un manteau récupéré et assemblé par son protégé, le paralympien Yves Bourque, note-t-il. Le plastique des pages qui consignent les bouts de journaux est le même que celui utilisé par les Archives nationales. La trame est chronologique. Les cahiers se divisent en trois périodes: 1973 à 1984, 1985 à 2005 et 2006 à 2018. Le résultat est solennel et ordonné.

Se souvenir

Il y a quelques années, sa fille, qui travaille au ministère de la Santé, lui annonce que le déraillement de train de Saint-Léonard-d’Aston de 1990 est consigné dans un ouvrage officiel relatant les grandes catastrophes au Québec. Il la reprend, c’était en 1989. Elle tient son bout, le document du ministère est formel, c’était en 1990. M. Bérubé ouvre ses cahiers. Les archives parlent. C’était en 1989. «Elle est partie avec la page, et ils ont corrigé le document», s’amuse-t-il. Il l’avait cependant mise en garde de lui ramener l’article quand elle en aurait terminé.

Questionné sur les cinq événements les plus importants qui, à son sens, ont marqué la région, les réponses de M. Bérubé reflètent la ligne éditoriale de ses cahiers. On est dans le grand et le personnel à la fois.

Il mentionne d’abord l’ouverture de l’Aluminerie Péchiney en 1984, qui deviendra éventuellement l’ABI. Il évoque ensuite le déraillement de train à Saint-Léonard-d’Aston en 1989, où la communauté avait frôlé la catastrophe environnementale, se souvient-il. Le sauvetage de l’usine Venmar CES en 2000, qui menaçait d’être relocalisée à Drummondville, est également au nombre des souvenirs marquants de René Bérubé. Il se félicite encore d’avoir réussi à l’époque à faire intervenir le premier ministre Bernard Landry pour que la balance penche en faveur du maintien de l’usine à Saint-Léonard-d’Aston. Le quatrième événement arrive en 2002 alors qu’il met sur pied la Fondation médicale Jean-Pierre Despins. René Bérubé complète ce palmarès personnel en évoquant l’ouverture de la Coop Solidarité Santé JP Despins, en 2009.

Le Jean-Pierre Despins en question, c’est le médecin de Saint-Léonard-d’Aston emporté par un fulgurant cancer du pancréas en 2000 à l’âge de 44 ans. C’est lui qui incite Réné Bérubé à emprunter la voie de la philanthropie. «C’était mon meilleur ami. Il était tellement impliqué dans le milieu, je me suis dit qu’il fallait que je continue son œuvre», se remémore-t-il.

Aujourd’hui

Celui qui a été administrateur, investisseur, commissaire industriel, entremetteur et promoteur - entre autres choses -, se consacre donc aujourd’hui principalement à la philanthropie. Il s’occupe des fondations qu’il a mises sur pied. La veille de notre rencontre, il était d’ailleurs à l’UQTR pour remettre une bourse à une étudiante au nom de la fondation qui porte son nom et le nom de son épouse.

L’homme n’a pas non plus la langue dans sa poche. En posant un regard sur sa vie, il soutient avoir réussi à 90 %. Le 10 % manquant appartient à la politique municipale, dit-il. Il raconte avoir souvent eu maille à partir avec ceux qui œuvrent à ce palier de gouvernement. Il avoue ne pas s’être fait que des amis.

Et il continue de nourrir ses cahiers, quand il a le temps. Il relate avoir «donné un coup» avant les Fêtes pour rattraper du retard qu’il avait pris. Quant à savoir ce qu’il adviendra éventuellement de ses cahiers, il ne semble pas s’être posé la question. Il est dans le présent, bien au fait de l’actualité, encore occupé à lui-même l’alimenter.