De gauche à droite: Michel Angers, président de la RGMRM, Lauréanne Daneau, directrice générale d’Environnement Mauricie, Julie Lemieux, directrice générale de la SADC MRC Maskinongé et Guillaume Villemure, directeur du développement et des approvisionnements chez Soleno Recyclage.

La Mauricie plonge dans l’économie circulaire

Saint-Étienne-des-Grès — On a tous entendu parler de gisements de pétrole, de gisements miniers et même de gisements de vent, mais il faudra désormais s’habituer à un autre terme, les gisements de matières résiduelles. Environnement Mauricie a bien l’intention de trouver ces gisements et de mettre en lien les entreprises qui en ont à vendre et celles qui veulent en acheter.

Jeudi, Environnement Mauricie a en effet lancé un tout nouveau réseau appelé Économie circulaire Mauricie +. Ce projet entend bâtir un réseau d’entreprises qui pourront s’échanger des matières récupérables et valorisables qui, autrement, prendraient le chemin de l’enfouissement.

Pour comprendre de quoi il s’agit, la directrice générale d’Environnement Mauricie, Lauréanne Daneau, donne l’exemple de la micro-brasserie Le Temps d’une pinte, à Trois-Rivières. En brassant sa bière, cette entreprise génère un résidu de l’orge appelé la drêche. Au lieu de jeter ce résidu, la microbrasserie l’offre à des producteurs agricoles qui peuvent l’incorporer dans l’alimentation de leurs animaux. La microbrasserie vend également sa drêche à un artisan qui l’utilise dans la fabrication de savons. Ce qui allait autrefois à la poubelle génère désormais des revenus.

La Mauricie, qui s’associe pour l’occasion à Portneuf, devient la 22e symbiose membre de la communauté Synergie Québec. «Les échanges de matières sont appelés des synergies et un ensemble de synergies sur un territoire s’appelle une symbiose industrielle», explique Mme Daneau.

Plusieurs entreprises lèvent déjà la main, comme Nemaska Lithium, Fab 3R et le Temps d’une Pinte. «On compte aussi sur l’appui de GROUPÉ Mauricie-Rive-Sud, du Pôle d’économie sociale et de la CDEC Trois-Rivières», dit-elle.

Le projet est lancé en collaboration avec la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie et les quatre Sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC) de Maskinongé, du Centre-de-la-Mauricie, de la Vallée de la Batiscan, du Haut-Saint-Maurice et de Portneuf.

Il y a eu plusieurs tentatives pour lancer ce mouvement, dans le passé, indique Mme Daneau, «mais souvent, ce qui manque, c’est un animateur. Ça prend quelqu’un qui est à plein temps, qui va être là pour faire le lien entre les entreprises, animer le territoire par des activités de réseautage, offrir de la formation et offrir un accompagnement aux entreprises pour les aider à trouver preneur, que ce soit pour leur offre ou leur demande», explique Mme Daneau.

Les entreprises manquent de temps et peut-être de connaissances techniques et scientifiques pour élaborer ces liens, dit-elle. C’est ce qu’Environnement Mauricie veut donc leur offrir.

Soleno Recyclage est un bel exemple de l’économie circulaire que l’on entend mettre en place en Mauricie pour économiser les ressources de la planète. Le gisement auquel s’approvisionne cette entreprise, ce sont les bouteilles en polyéthylène haute densité que les citoyens mettent chaque semaine dans leur bac bleu. Ces bouteilles sont transformées par Soleno en conduites qui servent à la maîtrise de l’eau de pluie, explique le directeur de l’approvisionnement et du développement, Guillaume Villemure. Chez nous, les fournisseurs de matières premières, c’est vous tous qui mettez des contenants dans votre bac bleu», indique celui qui a été choisi comme ambassadeur du projet d’Économie circulaire Mauricie +. «Ces contenants, qui avaient une durée de vie de 90 jours en moyenne, vont servir à fabriquer des conduites qui vont avoir une durée de vie de 100 ans», souligne-t-il.

Le président de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie et maire de Shawinigan, Michel Angers, rappelle que la Régie s’est donnée comme mission de «travailler au maximum avec nos partenaires pour qu’on puisse recycler de façon plus importante.»

Le président rappelle qu’il «y a une petite faiblesse du côté de nos entreprises. Il y a beaucoup de matières résiduelles qui nous échappent», dit-il. «Il y a un travail de sensibilisation à faire. On a besoin d’abord et avant tout de connaître les gisements. Il y a des perspectives qui pourraient être fort intéressantes si on les connaissait», signale-t-il.

«Je ne vous cache pas que dans notre plan d’action, notre objectif, pour les prochains mois, c’est d’aller cibler directement les entreprises, d’une façon ou d’une autre. On souhaite que l’ensemble de nos entreprises qui ont des matières recyclables puissent être des citoyens corporatifs exemplaires comme plusieurs entreprises le sont», plaide M. Angers.

«Il y a de l’argent à faire avec les matières recyclables. Il s’agit simplement de donner le temps à la recherche et développement de faire son œuvre», fait-il valoir.

À ce chapitre, l’initiative d’économie circulaire compte sur le soutien technique de l’UQTR, du CNETE, d’Innofibre et du Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTÉI) de Sorel-Tracy.

La RGMRM, les SADC, la Fondation Alcoa et IDÉ Trois-Rivières offrent également un apport financier au projet.

«Quand on enfouit des matières qui ont encore une valeur, on rencontre une situation de gaspillage», fait valoir Mme Daneau. Le projet veut mettre fin à cette façon de faire qui n’a plus sa place.