Michel Angers, maire de Shawinigan
Michel Angers, maire de Shawinigan

La Mauricie en zone rouge: déception et incompréhension

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Shawinigan — Ce serait mentir que de dire que les maires et les intervenants du milieu de l’économie de la région n’ont pas vu venir le passage de l’ensemble de la Mauricie en zone rouge. Ils n’en demeurent pas moins déçus, d’autant plus que certains s’expliquent mal cette décision de la Santé publique.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, ne cache pas qu’il est déçu de cette décision de la Santé publique. Il s’en remet cependant à l’expertise de cette dernière.

«Je pensais, avec les chiffres qu’on avait eus dernièrement, qu’on nous permettrait de rester en zone orange, avec moins de restrictions. Toutefois, la Santé publique a des informations que nous on a moins, qui leur permettent de se projeter huit, neuf ou dix jours à l’avance, et considère qu’il y a un risque important qu’il y ait des éclosions dans la ville de Shawinigan. Et jusqu’à présent, la Santé publique ne s’est pas trompée beaucoup dans ce qu’elle nous annoncé», a déclaré M. Angers, au terme d’une conférence de presse sur un autre sujet, à l’hôtel de ville de Shawinigan.

Le premier magistrat dit cependant espérer que certaines des restrictions imposées à la population seront assouplies au terme de l’effort de réduction des contacts sociaux de 28 jours demandé par le premier ministre, à la fin septembre, notamment en ce qui concerne les sports de groupe et les salles d’entraînement.

«Si on prive les citoyens de faire des activités qu’ils ont recommencé à faire depuis l’été ou l’automne, ça risque d’avoir des complications plus importantes. Alors j’en appelle à une certaine souplesse, toujours en lien avec les restrictions de la Santé publique, qui permettra à nos citoyens de voir que la situation pourra quand même éventuellement se remettre en place, ce que je n’entrevois pas avant la période des Fêtes. Et ça, c’est évidemment une attente qui peut risquer d’être difficile, avec l’automne qui arrive. Donc, il faudra encourager nos citoyens, nos gens, et on ne pourra pas les priver de tout», a-t-il plaidé. Le maire Angers promet cependant qu’il continuera à appeler les Shawiniganais à respecter les mesures mises en place par la Santé publique pour atténuer les impacts de la deuxième vague de COVID-19. Il ne compte toutefois en faire davantage que ce que le gouvernement recommandera.

«On va évaluer ce qui est déjà fait, ce qu’on peut faire et ce qui est permis, à travers ce que le gouvernement du Québec va nous envoyer. Mais on n’en fera pas plus que ce que le client demande», a-t-il promis.

«L’hiver sera long»

L’ancien président du Regroupement des gens d’affaires du centre-ville de Shawinigan, Claude Villemure, confie être triste pour les restaurateurs et tenanciers d’établissements licenciés. Celui qui a consacré beaucoup de temps afin de les aider à se relever le printemps dernier croit par contre que l’expérience acquise après le confinement les aidera à traverser cette seconde épreuve.

«Je parle encore à plusieurs restaurateurs et ils sont plusieurs à avoir été prévoyants. Mais l’hiver sera quand même long», soutient-il.

Claude Villemure, ancien président du Regroupement des gens d'affaires du centre-ville de Shawinigan

L’homme d’affaires se dit également convaincu que la belle entraide dont ont fait preuve les restaurateurs lors de la mise sur pause printanière sera de retour cet automne.

Du côté du Pub du Trou du diable, le président du conseil d’administration, Isaac Tremblay, indique que le populaire endroit de la rue Willow sera probablement fermé la semaine prochaine. Ses collaborateurs et lui profiteront de cette pause pour trouver une alternative afin de poursuivre leurs activités.

«Nous voulons faire travailler nos employés, même si ça ne sera pas rentable. Nous voulons les garder avec nous», assure-t-il.

À titre personnel, le cofondateur de la microbrasserie shawiniganaise se désole qu’on soit obligé d’arrêter une économie complète car le système de santé croule en raison d’un sous-financement.

Le copropriétaire du Restaurant Le Tzav dans le secteur Shawinigan-Sud, Fotos Tzavellas, affirme qu’il s’attendait à tomber en zone rouge. Contrairement à ce printemps, il avait donc diminué le volume de ses commandes au cours des dernières semaines, ce qui lui permettra de limiter les pertes.

«On recommencera à prendre uniquement les commandes au comptoir et offrir la livraison comme ce printemps», explique-t-il.

«C’est une autre brique qui nous tombe sur la tête»

Dans Mékinac, la décision ne surprend guère la mairesse de Saint-Tite, Annie Pronovost.

Bien qu’elle s’y attendait, elle s’avoue tout de même déçue de voir son secteur changer de couleur, surtout, estime-t-elle, que ses concitoyens ont été très disciplinés depuis le début de la deuxième vague.

«Dans notre coin, on n’a pas eu vraiment d’augmentation de cas dans les derniers jours. Les gens ont tout fait. Je pense aux commerçants également. C’est une autre brique qui nous tombe sur la tête, même si c’est la suite logique des choses, il va falloir qu’on s’ajuste», concède-t-elle.

Annie Pronovost, mairesse de Saint-Tite

Elle se questionne tout de même.

«On n’a presque pas de cas. Est-ce que la Santé publique veut nous protéger là-dedans et c’est pour ça qu’ils nous font changer de couleur? Je ne sais pas. Si c’est le passage obligé pour que nous ayons un Noël, eh bien ce sera ça!», ajoute-t-elle.

Dans la MRC des Chenaux, le préfet et maire de Saint-Maurice Gérard Bruneau, n’est également pas très étonné du sort réservé à la région.

Gérard Bruneau, préfet de la MRC des Chenaux

«À partir du moment où la ville principale de la Mauricie était devenue rouge depuis quelques semaines, on savait que ça arriverait, que c’est ça qui nous attendait, même si chez nous, on n’a pas beaucoup de cas», relate-t-il.

«Ne pas être rouge nous permettait une plus grande liberté. On ne peut pas dire que ça changera beaucoup de choses parce qu’on faisait déjà attention, mais ça permet assurément de mieux contrôler les risques de propagation», considère M. Bruneau.

«On n’a presque pas de cas»

Du côté de Louiseville, Yvon Deshaies réagit avec déception devant cette décision.

«Je sais qu’il faut suivre la Santé publique, tout le tour de nous autres est rouge. Mais je pense que les restaurants et les gymnases devraient rester ouverts. Dans les restaurants, ils sont organisés. Les gyms aussi. Les gens qui vont s’entraîner, c’est un peu leur soupape au niveau mental.»

Yvon Deshaies, maire de Louiseville

Le maire Deshaies craint que des gens ne respectent pas les règles sanitaires en matière de rassemblement à l’intérieur et organisent des partys en catimini, ce qui n’aidera pas à limiter la propagation de la COVID-19.

«On parle d’ouvrir les pentes de ski à Tremblant, des gens de la zone rouge vont y aller. Des gens de zones rouges vont en Côte-Nord pour chasser. Eux ont le droit...», raconte M. Deshaies, qui appréhende des fermetures de restaurants dans sa localité.

Geneviève Scott Lafontaine, directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie de la MRC de Maskinongé, ne cache pas son incompréhension face à cette décision gouvernementale.

Geneviève Scott Lafontaine, directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie de la MRC de Maskinongé

«On n’a presque pas de cas. Il me semble que c’était encore viable en étant en zone orange. La santé publique, c’est important. Mais c’est difficile à comprendre. Ça va être difficile pour les entreprises, les organismes sportifs qui devront faire des remboursements, les restaurants, les bars, les salles de spectacles. Pour bien des propriétaires, leur entreprise, c’est leur emploi.»

Jean-Frédéric Bourassa, coordonnateur du service de développement économique et du territoire à la MRC de Maskinongé

Coordonnateur du service de développement économique et du territoire à la MRC de Maskinongé, Jean-Frédéric Bourassa s’attendait à une telle décision. Mais ce n’est pas parce qu’on s’attend à un tel scénario qu’il n’aura pas d’impact sur la vie économique, rappelle-t-il.

«C’est encore un coup. Durant le premier confinement, les restaurateurs ont été les derniers à rouvrir. On ne se réjouit pas de la nouvelle. On se doit de continuer avec les recommandations de la Santé publique et d’y aller avec les programmes d’aide qu’on a», mentionne M. Bourassa, en rappelant l’existence d’un programme d’aide financière couvrant une partie des coûts fixes des entreprises touchées par la situation.