L'asclépiade.

La Mauricie, capitale mondiale de la soie végétale

En novembre dernier, la ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec, Élaine Zakaïb, annonçait la participation du Québec à quatre importants projets novateurs dans le créneau d'excellence des matériaux souples avancés soit: Orchestre de chanvre, Fibre acoustique écologique, Soie Québec et Pétroabsorbant bicomposite, des projets qui ont tous une chose en commun, soit une même source d'approvisionnement en fibres de chanvre ou d'asclépiade (aussi appelée la soie du Québec) produites principalement à Sainte-Thècle par les membres de la Coopérative Monark.
<p>Sur la photo, Daniel Allard, président de la Coopérative Monark, Maryse Provencher, du MAPAQ et François Simard, de Protec-Style.</p>
Fondée en avril 2013, cette coopérative, présidée par Daniel Allard, s'est donné comme mission de procurer la formation et les outils nécessaires aux agriculteurs pour favoriser le succès des récoltes de soyer du Québec.
Déjà, une vingtaine de membres se sont intéressés à cette nouvelle culture pour diversifier leurs activités tout en valorisant des terres de deuxième catégorie. Deux cents hectares de soyer du Québec sont en culture présentement sur plusieurs sites mais principalement à Sainte-Thècle et on prévoit ajouter une centaine d'hectares par année pour répondre aux besoins de la clientèle déjà identifiée.
Lorsqu'on sait qu'un des buts à court terme de Daniel Allard est la construction sur place d'une usine de première transformation et qui sait, de deuxième transformation, on comprend rapidement que ce projet, qui reste un secret bien gardé en Mauricie, soit l'un des plus prometteurs de la région en ce moment.
Mais commençons par le début: qu'est-ce que l'asclépiade? Tout le monde a vu cette plante indigène du Québec, déjà appréciée du bonnetier du roi Louis XV! Elle pousse librement sur les terrains vagues et dans les champs et est surnommée «petit cochon» par les enfants.
Sa fleur rose produit un genre d'enveloppe qui lorsque éclose, laisse échapper une jolie fibre blanche soyeuse. Une fois traitée, cette dernière peut remplacer avantageusement la vraie soie. L'asclépiade a aussi la particularité d'être la nourriture du papillon monarque, à qui elle est donc étroitement associée. (Ce qui ouvre une voie vers l'agrotourisme, mais c'est une autre histoire).
Comme tout le monde, Daniel Allard, président de Nature Mékinac et propriétaire de la ferme Algo, connaissait peu l'asclépiade. Son domaine était le chanvre, dont il tire entre autres d'excellentes huiles, ce qui l'a amené tout naturellement à valoriser les fibres de la plante. C'est à ce titre qu'il fut amené à côtoyer des spécialistes du textile. L'un deux, François Simard de Protec-Style, lui fait alors parvenir de la documentation sur l'asclépiade. D'abord sceptique puis enthousiasmé par le potentiel de cette plante, Daniel Allard décide d'aller y voir de plus près.
De fil en aiguille, il rencontre Maryse Provencher à la direction du ministère de l'Agriculture (MAPAQ) qui confirme l'avenir prometteur de cette culture, particulièrement pour la région, car l'asclépiade y pousse déjà allègrement. Mais le point tournant de la décision de M. Allard de se lancer dans cette production fut sans aucun doute sa rencontre en 2012 avec le docteur Phippen Winthrop, spécialiste américain de l'asclépiade et chercheur à la Western Illinois University. Ce dernier a même consenti à un véritable transfert d'expertise et même 100 000 $ d'équipement. «Je n'en revenais pas, confie en riant M. Allard. Comme mon anglais est un peu basic, je pensais avoir mal compris.»
Après de premiers essais suivis d'une subvention dans le cadre du Programme d'appui pour un secteur agroalimentaire innovateur, du ministère de l'Agriculture, des semences d'asclépiade récoltées l'automne précédent sont mises en serre à Saint-Adelphe en avril 2012.
Peu de temps après, M. Allard est convié à rencontrer des acheteurs potentiels de la nouvelle fibre, très pressés d'acheter les premières productions! Pas de doute, la demande était là: filature isolant pour manteaux, panneau isolant, literie hypoallergène, vêtements verts, produits de soin corporel (avec l'huile tirée du grain), rembourrage de toutes sortes et surtout absorbant pétrolier. Le soyer absorbe en effet 50 fois son poids en huile.
Une fois de retour au Québec, M. Allard s'attaque avec Soucy Track à la fabrication d'une récolteuse mécanisée légère, adaptée au sol québécois. Il crée aussi un champ école, afin de faciliter l'accès à cette culture. C'est à ce moment que naît la Coopérative Monark qui compte des membres dans plusieurs coins du Québec, «histoire de rassurer les clients» explique M. Allard, même si la plante a peu d'insectes ennemis.
Le projet a déjà nécessité 2,3 millions $ d'investissement et ce n'est qu'un début. On n'a même pas encore parlé recherche et développement. Lorsqu'on calcule les retombées possibles pour la Mauricie, la tête nous tourne un peu. «Qui a dit que le textile était mort?», lance M. Allard. Quand notre plan de déploiement sera terminé, cela donnera du travail à 250 personnes. Il faut qu'une part de ces emplois soit chez nous.»