La maternelle 4 ans pour tous au Québec dès 2020-2021 [VIDÉO]

En 2023, tous les enfants de quatre ans du Québec auront le droit de fréquenter une classe de maternelle, mais leurs parents garderont la liberté de les y envoyer ou non.

Le gouvernement caquiste de François Legault a jeté les bases de l’un de ses engagements les plus importants jeudi en présentant le projet de loi 5, qui vise à faire de la prématernelle quatre ans un droit au Québec.

Le projet de loi oblige les commissions scolaires à offrir assez de places pour répondre à la demande des tout-petits de quatre ans, «à compter de l’année scolaire que le gouvernement déterminera». En conférence de presse à l’école Sans-Frontière de Québec, le premier ministre s’est engagé à ce que ce soit en 2023. 

M. Legault est conscient qu’il s’agit d’un grand changement et que certains parents trouvent que quatre ans, c’est «trop jeune» pour aller à l’école. Mais il croit que ce virage est essentiel pour faire baisser le taux de décrochage scolaire. «J’invite tous les Québécois à se joindre à ce grand projet de société.»

Il perçoit les critiques du projet comme de la «résistance au changement» et fait valoir que l’Ontario et New York ont réalisé des projets semblables avec succès. En France, les enfants commencent à fréquenter l’école à trois ans. 

M. Legault se souvient qu’il y a aussi eu de la résistance lors de l’implantation de la maternelle cinq ans au Québec, dans les années 1990, alors qu’aujourd’hui, 98 % des enfants la fréquentent, même si elle n’est pas obligatoire. 

Le premier ministre déplore qu’au Québec, seulement 6 % des enfants de quatre ans ont accès à la maternelle, alors que les études indiquent que 27 % des enfants de cinq ans ont un retard dans une des sphères de leur développement. 

«Si les enfants ont des difficultés d’apprentissage, ça se peut que ce soit mieux un enseignant, qui a fait quatre années d’université, avec une équipe de spécialistes. Mais actuellement, les parents n’ont pas cette chance-là», opine-t-il. 

Le projet de loi prévoit que dès septembre 2020, les classes de maternelles quatre ans ne seront plus réservées aux milieux défavorisés. Toutes les commissions scolaires du Québec auront l’opportunité d’en ouvrir et le déploiement pourra alors s’accélérer. 

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge fait valoir que les problèmes de langage, d’attention ou du spectre de l’autisme touchent tous les milieux socioéconomiques. 

De 400 à 700 millions $

Combien coûtera ce grand projet de société? «Ça va dépendre», répond M. Legault. Tout dépend du pourcentage de parents qui auront le goût d’envoyer leur enfant de quatre ans à l’école.

En 2023, le gouvernement croit qu’il lui en coûtera entre 400 et 700 millions $ par année pour faire fonctionner ces classes, ce qui ne comprend pas le coût de construction et d’aménagement de celles-ci. Mais le premier ministre fait valoir que l’argent n’est pas un enjeu. «On va en ajouter au fur et à mesure qu’il y a de la demande.»

Si, en campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait prévu que 90 % des parents allaient choisir la maternelle quatre ans au lieu du Centre de la petite enfance ou de la garderie, M. Legault se fait aujourd’hui plus prudent. «C’est difficile à moins d’être devin, de savoir à quelle vitesse les parents vont souhaiter avoir la maternelle quatre ans.»

Pour M. Roberge, le projet de loi 5 est le début d’«un projet ambitieux, qui va changer la donne». Selon lui, l’implantation de ces classes au Québec se fera de façon «graduelle, mais irrémédiable». 

Il reconnaît que certaines régions du Québec manquent de locaux et d’enseignants, mais il ne croit pas ces défis insurmontables. «Il y a des gens qui en ce moment veulent nous faire croire qu’on n’est pas capables de bâtir des écoles, qu’on n’est pas capables de former des enseignants, qu’on n’est pas capables d’offrir la maternelle quatre ans. Je suis plus capable de ce discours-là.»

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OBSTINATION DÉCRIÉE 

Le projet de loi 5 a provoqué une levée de boucliers jeudi. Les partis d’opposition dénoncent l’obstination du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge à vouloir remplir sa promesse, au lieu d’être à l’écoute du milieu.

«Avoir de l’ambition pour nos tout-petits, ce n’est pas avoir une obsession pour les maternelles quatre ans», a formulé la députée péquiste Véronique Hivon. Selon elle, le gouvernement a «un parti pris assumé» pour les classes de maternelle 4 ans, alors qu’il devrait offrir «un vrai choix» aux parents en traitant de façon égale le réseau des CPE.

Elle demande à la Coalition avenir Québec de battre en retraite sur sa promesse, au lieu de «rentrer dans la gorge» ce projet qui «ne répond pas aux besoins ni des parents ni des enfants» selon elle. 

La députée libérale Marwah Rizqy croit quant à elle que «les priorités sont ailleurs» en éducation, notamment dans l’amélioration des conditions des enseignants. Elle déplore que le ministre Roberge fasse cavalier seul, sans plan précis. 

Pour la solidaire Christine Labrie, le projet de loi 5 n’est «pas la bonne solution» pour améliorer la réussite scolaire. Elle comprend mal «l’obstination» du ministre dans ce dossier. «Je ne comprends pas comment ça se fait que le ministre se lance là-dedans tête baissée.»

L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) et la Centrale des syndicats du Québec ont toutes deux dénoncé l’implantation «mur à mur» de la maternelle quatre ans. 

Pour la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), le premier ministre Legault a même tenu des «propos méprisants» à l’égard des éducatrices à l’enfance jeudi et elle exige des excuses. «Le premier ministre a tenté d’abaisser les intervenantes qui œuvrent auprès des enfants en mettant en doute leurs compétences. C’est inadmissible», a dénoncé la présidente de la FIPEQ, Valérie Grenon. 

«Un défi majeur»

Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, croit que l’implantation de classes de maternelle quatre ans représente «un défi majeur» dans certaines régions du Québec. «Les commissions scolaires, on va tout faire pour faire en sorte que ça fonctionne, mais jamais au détriment de la qualité. […] On n’a pas le goût d’être tout croches.»

M. Fortier explique que les commissions scolaires ont toujours été en faveur du déploiement des maternelles quatre ans, mais elles auraient aimé être davantage consultées par le ministre Roberge. «Il avance, et il espère qu’on suive», déplore M. Fortier.