Entouré du conseil d'administration, le président de la Maison Carignan, Rosaire Hébert, a fait le point sur la crise qui secoue l'établissement depuis la suspension avec solde et la destitution du directeur général et fondateur, Yvon Carignan.

«La Maison Carignan n'est pas l'histoire d'un seul homme»

C'est «à contre-coeur» et en raison de «l'emballement médiatique» que la direction de la Maison Carignan a tenu à «clarifier la situation» sur les tiraillements internes qui secouent l'organisme sur la place publique depuis quelques semaines.
<p>Yvon Carignan</p>
Muet depuis l'assemblée générale houleuse qui a mené à la destitution du membre et fondateur Yvon Carignan, le 27 juin dernier, le président Rosaire Hébert a enfin brisé le silence, lundi matin à l'Auberge Godefroy, au cours d'un point de presse où il a notamment déclaré que «la Maison Carignan n'est pas l'histoire d'un seul homme», mais plutôt de «trois piliers».
Du même souffle, il a pris soin de vanter les mérites d'Alain Poitras, directeur général par intérim, et Marcel Gignac, l'homme qui a mis sur pied la thérapie offerte à l'établissement du boulevard Parent et «qui a permis d'atteindre les standards de qualité».
Le directeur général par intérim en a rajouté en soulignant «qu'il y a 90 résidents à l'établissement. S'ils ne juraient que par Yvon, ils s'en iraient tous.»
Malgré cette sortie publique au cours de laquelle bien peu de nouvelles informations ont été dévoilées, il faudra patienter encore au moins un mois avant de savoir si les «irrégularités administratives importantes» soulevées par la direction de la Maison Carignan pousseront définitivement son fondateur et directeur général Yvon Carignan vers la sortie.
Après la rédaction du rapport demandé à la firme Samson Bélair / Deloitte et Touche, les aviseurs légaux de l'organisme formuleront leurs recommandations au conseil d'administration qui devra par la suite statuer sur le sort d'Yvon Carignan.
Lorsque questionné à savoir pourquoi la direction avait attendu 10 jours avant de s'exprimer publiquement à la suite de l'assemblée générale houleuse du 27 juin, le président a simplement indiqué «qu'on ne sentait pas le besoin de réagir.»
Quant à savoir s'il était possible que M. Carignan soit réintégré dans ses fonctions dans l'éventualité où le rapport le dégageait de tout soupçon, le président a préféré ne pas se mouiller.
«En ce moment, je ne peux pas répondre. Je vais voir quand on va avoir le rapport et que le conseil d'administration se sera penché là-dessus. Je ne commencerai pas à faire des suppositions. On va attendre», a-t-il mentionné, tout en rappelant qu'Yvon Carignan «a été un ami personnel.»
Au cours du point de presse, le président a néanmoins profité de la tribune pour expliquer la manoeuvre ayant conduit à la suspension avec solde de M. Carignan. «C'est une pratique normale, quand un organisme vit une situation où ses pratiques comptables sont questionnées, que le directeur général soit retiré pour ne pas nuire à l'enquête. Pour l'instant, M. Carignan n'est pas licencié, il est suspendu avec solde», a rappelé M. Hébert.
Quant à sa destitution, le président a dit qu'elle était devenue nécessaire «pour que le conseil puisse fonctionner» en toute légalité.
Assurance: Hébert a touché une commission
Lundi, Rosaire Hébert a également confirmé avoir touché une commission après avoir vendu une assurance à la Maison Carignan. Le président a fait savoir que le conseil d'administration avait été informé qu'il était le courtier de la compagnie d'assurances impliquée dans la transaction. De plus, il dit s'être abstenu de voter sur la résolution qui a servi à entériner l'achat de cette police d'assurance qui était en lice avec deux autres soumissions.
«Toutes les règles de convenance ont été appliquées. Rien n'a été fait sous le couvert du tapis», a-t-il mentionné, tout en précisant que, selon lui, il n'y a pas de conflit d'intérêts et «aucun malaise» en lien avec cette transaction.
Rappelons qu'en 2004, un membre du conseil d'administration, Pierre Champagne, avait remis sa démission en guise de protestation avec cette manière de procéder. Ce dernier soutenait que le président avait touché une commission «entre 17 000  et 25 000 $» avec cette assurance. Lundi, M. Hébert a toutefois mentionné que la commission n'était pas de cette ampleur, sans préciser pour autant son montant.
Modification de fonctionnement
D'autre part, des modifications seront apportées au fonctionnement du conseil d'administration à l'avenir. Le public sera notamment admis lors des prochaines présentations du rapport d'activités et des états financiers. «Je pense qu'un OSBL se doit d'être transparent auprès du public. On reçoit des subventions de l'Agence (de santé et des services sociaux) et on se doit de bien les administrer», a reconnu M. Hébert.
Justement, la vie démocratique avait été critiquée par l'Agence. «On s'est rendu compte que les seuls qui étaient membres à la Maison Carignan, c'était les administrateurs, ce qui est illogique», a dit M. Hébert. «C'était une de nos lacunes», a renchéri le directeur général par intérim, Alain Poitras.
Lundi matin, contrairement à l'assemblée générale au cours de laquelle M. Carignan avait été destitué de son poste d'administrateur, ce point de presse s'est déroulé dans le calme. Le 27 juin, une poignée de personnes étaient venues appuyer le fondateur de l'organisme afin de dénoncer le sort qui lui était réservé. Le ton avait monté, mais sans plus.
Il y avait encore une fois des agents de sécurité postés à l'entrée de salle de conférence, lundi matin. Cette fois, il n'y avait toutefois aucun opposant en vue.