Le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez.

«La limite de l’offre, c’est qu’elle n’a pas été négociée»

BÉCANCOUR — Selon le professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Jean-Claude Bernatchez, le point négatif de l’offre déposée par la direction d’Aluminerie de Bécancour est qu’elle ne constitue pas le produit d’un processus de négociation.

«ABI compte sur le fait que le lock-out dure depuis 14 mois et qu’une trentaine d’employés sont partis à la retraite. Elle croit que les plus actifs, qui seraient les plus susceptibles de rejeter l’offre, sont partis et espère que les jeunes qu’elle a embauchés votent. [...] La limite de l’offre, c’est qu’elle n’a pas été négociée», indique M. Bernatchez.

En se basant sur son attitude depuis le début du conflit, il considère que l’entreprise veut reprendre davantage ses droits de direction afin d’effectuer des changements, notamment en matière de flexibilité opérationnelle.

Néanmoins, le professeur Bernatchez considère que les grandes lignes de l’offre qui ont été dévoilées par la partie patronale laissent présager qu’elle donnera aux lock-outés des conditions de travail qui se comparent à celles des autres travailleurs de l’industrie de la fabrication d’aluminium, entre autres en ce qui a trait aux augmentations salariales et à la durée qu’aurait la condition collective. «Entre 2 % et 2,5 %, c’est raisonnable. Dans les secteurs privés qui vont bien, ça tourne autour de ça. [...] Et un contrat de travail de six ans, ça se comprend après 14 mois de lock-out», explique-t-il.

Dans l’éventualité que le Syndicat décide de ne pas présenter l’offre à ses membres, l’employeur pourrait tout de même demander un vote en vertu de l’article 58 du Code du travail.

Selon ce texte de loi, un tribunal peut «lorsqu’il estime qu’une telle mesure est de nature à favoriser la négociation ou la conclusion d’une convention collective, le Tribunal peut, à la demande de l’employeur, ordonner à une association accréditée de tenir, à la date ou dans le délai qu’elle détermine, un scrutin secret pour donner à ses membres compris dans l’unité de négociation l’occasion d’accepter ou de refuser les dernières offres que lui a faites l’employeur sur toutes les questions faisant toujours l’objet d’un différend entre les parties. Le Tribunal ne peut ordonner la tenue d’un tel scrutin qu’une seule fois durant la phase des négociations d’une convention collective. Le scrutin est tenu sous la surveillance du Tribunal».

Toujours selon le professeur à l’UQTR, l’article 58 du Code du travail provient d’un autre long conflit d’une durée de 20 mois qui, en 1974, avait confronté United Aircraft de Longueuil avec les TCA. Dans cette négociation, l’employeur demandait que les travailleurs votent sur son offre, ce que le syndicat refusait. Lors de cette grève, il y avait plus de 1000 grévistes et plus de 1000 briseurs de grève.