Colette Pagé a témoigné à son tour de l’impact des vols d’hydravions sur sa qualité de vie, jeudi. On la voit ici en compagnie de Me Marie-Anaïs Sauvé, avocate de la Coalition contre le bruit.

La juge Ouellet demande des éclaircissements

SHAWINIGAN — L’immersion dans l’environnement des vols d’hydravions touristiques au lac à la Tortue dans une salle du palais de justice de Shawinigan alimentait encore les discussions jeudi, lors de la quatrième journée du procès du recours collectif de la Coalition contre le bruit. Après le contre-interrogatoire de l’expert retenu par la demanderesse pour la réalisation de cette expérience particulière, la juge Suzanne Ouellet a pris la peine d’interroger elle-même le témoin pour savoir ce qu’elle devait conclure de cette démonstration.

Rappelons qu’en fin de journée mercredi, Phat Nguyen, président de Vinacoustik, a présenté une longue série de vidéos reproduisant les décollages d’hydravions dans la salle 2.04 du palais de justice. Les défendeurs ont calculé qu’une bonne trentaine de documents ont été visionnés, à des intensités maximales variant entre 75 et 100 décibels. L’exercice a produit son effet.

Jeudi matin, la juge Ouellet a voulu savoir si l’impact de ces décibels est différent s’ils sont entendus dans un espace fermé, comme une salle d’audience, ou à l’extérieur.

M. Nguyen convient que la perception peut effectivement changer d’un endroit à l’autre. «À l’oreille, c’est différent», explique-t-il. «À l’extérieur, nous n’avons pas de bruit réfléchi sur les murs, le plancher. Par contre, l’intensité reçue par l’oreille est la même. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, ce sont les mêmes décibels.»

En contre-interrogatoire, Me Myriam Brixi a fait dire au témoin que dans ses montages, il n’avait fait aucune distinction entre les appareils de Bel-Air Laurentien aviation et d’Aviation Mauricie, ni même entre les vols touristiques ou les vols privés. Elle a également demandé à M. Nguyen comment pouvait-il s’assurer que le degré d’humidité lors de ces journées respectait les normes de ses sonomètres pour une lecture fiable. L’expert a rétorqué qu’il ne se fiait sur aucune mesure précise sur ce plan, mais plutôt sur son expérience. Me Brixi a aussi fait ressortir que les techniciens qui secondaient M. Nguyen dans le calibrage des sonomètres n’avaient suivi aucune formation particulière.

L’avocate a également fait remarquer à la Cour que mercredi, une trentaine de décollages ont été écoutés dans la salle entre 15 h 47 et 17 h 06. Elle laissait ainsi entendre que cette intensité ne peut se comparer au quotidien des riverains.

Encore des vidéos
Cette quatrième journée a été marquée par de nouveaux témoignages de résidents incommodés par le bruit... vidéos à l’appui.

Ainsi, Colette Pagé, résidente au lac à la Tortue depuis une cinquantaine d’années, a présenté quatorze extraits filmés avec son iPad le 23 septembre dernier. À ce moment, 25 décollages d’hydravions ont été captés entre 14 h et 17 h.

Comme la veille, les défenderesses ont vivement déploré que les notes originales sur les heures de décollage n’aient pas été produites. Tout comme Madeleine Bourke-Rainville, Mme Pagé s’est débarrassée de ses feuilles après avoir tout mis au propre.

La juge a accepté les documents produits, tout en mentionnant qu’elle réfléchirait davantage à la force probante et à la fiabilité des pièces «dans la quiétude de mon délibéré». À la demande de Me Karine Joizil, la présidente du tribunal a autorisé la transmission aux défendeurs d’une vingtaine d’autres vidéos de décollages qui ont été enregistrés par Mme Pagé, sans être déposés.

Pour le reste, les désagréments sur la qualité de vie du témoin rejoignaient ceux entendus auparavant. Au début des années 2000, Mme Pagé faisait partie de l’Association pour la protection du lac à la Tortue et le groupe ne ménageait pas la pression sur les élus, particulièrement municipaux, afin que cesse cette activité «d’une grande absurdité». Elle n’a pas raté l’occasion de louanger la mobilisation dans la région de Québec à la fin des années 90, qui a permis aux riverains de remporter la bataille des vols touristiques au lac Saint-Augustin.

«Je me sens dépossédée de mon droit de vivre normalement chez moi», résume-t-elle. «Ça devient très agressant, très stressant aussi.»

En fin d’après-midi, c’était au tour de son conjoint, Claude Gélinas, d’amorcer son témoignage. Très impliqué avec la Coalition contre le bruit dans le combat des vols d’hydravions touristiques, l’ex-haut fonctionnaire a détaillé avec verve les étapes qui ont conduit au recours collectif, évoquant «l’abus de voisinage déraisonnable», «l’incohérence de Transports Canada» et même «l’intimidation» d’Alfred St-Onge fils, propriétaire de Bel-Air Laurentien aviation. Son témoignage se poursuivra mardi.