Une dizaine d'employés de la Réserve faunique de Mastigouche ont érigé un piquet de grève, samedi matin.

La grève débute dans les réserves fauniques

SAINT-ALEXIS-DES-MONTS — C’est samedi matin qu’a débuté la grève générale dans plusieurs sites et réserves de la Sépaq. En Mauricie, deux réserves fauniques sont affectées par cette grève, soit celle du Saint-Maurice et celle de Mastigouche.

Une dizaine de syndiqués ont érigé un piquet de grève, samedi matin, près de l’entrée de la Réserve faunique de Mastigouche, à Saint-Alexis-des-Monts. Au total, ce sont près de 80 employés permanents et saisonniers sont en débrayage jusqu’à jeudi matin. Dans tout le réseau de la Sépaq, 500 syndiqués dans les 13 réserves fauniques du Québec et l’Auberge Port-Meunier de l’île d’Anticosti participent à ce moyen de pression. Cette grève ne compromet pas l’ouverture des réserves fauniques et des sites de la Sépaq, mais aura un impact sur les services donnés. Par exemple, les chasseurs ont accès au territoire et à leur zone de chasse, mais ils pourraient être affectés dans les services de restauration, de ménage ou de guide. Des remboursements ont été prévus dans ces cas, assure la Sépaq.

Les négociations en vue du renouvellement de la convention collective des employés achoppent principalement sur la hausse des salaires. Une entente de principe survenue entre le comité de négociation du syndicat et celui de l’employeur en juillet dernier prévoyait une hausse de 5 % sur cinq ans. Or, cette entente a été rejetée par les syndiqués dans une proportion de près de 60 %, début septembre. Les nouvelles demandes syndicales représentent une augmentation de 50 % des coûts de ce qui avait été convenu en juillet, selon la Sépaq, qui juge ces demandes «irréalistes et déraisonnables».

«Nos membres ne veulent pas s’appauvrir. La Sépaq dit que c’est une hausse irréaliste (qu’on demande), déraisonnable, mais je pense que c’est tout à fait raisonnable de regarder le coût de la vie. Quand François Legault dit qu’il va s’assurer de ne pas négocier en bas de l’inflation, c’est pourtant ce qu’il a fait avec nous», dénonce Frédérick Dagenais, président régional du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) Centre-du-Québec, Estrie et Mauricie, de passage au piquet de grève à Saint-Alexis-des-Monts, samedi matin.

M. Dagenais déplore également que le gouvernement ne veuille pas négocier plus sérieusement avec ses membres, selon lui, par crainte de donner des munitions au reste de la fonction publique québécoise, qui entrera aussi en négociation pour le renouvellement de ses conventions collectives prochainement.

«Nos membres ne veulent pas faire les frais des négociations dans le secteur public, soutient-il. Nous ne voulons pas être reconnus comme employés de second rang. On devrait mériter notre négociation.»

Cette grève coïncide avec le début de la saison de la chasse, choix qui n’est pas le fruit du hasard. Rappelons que les employés de la Sépaq avaient annoncé qu’ils seraient en grève pendant les vacances de la construction, en juillet dernier. L’entente de principe était survenue entre les deux parties juste avant le déclenchement du débrayage.

La grève amorcée par les syndiqués des réserves fauniques va se poursuivre jusqu’à jeudi matin, à moins d’une entente. D’autres moyens de pression ne sont pas exclus non plus de la part des 2000 autres employés syndiqués de la Sépaq, selon le SFPQ.

Les négociations entourant le renouvellement de la convention collective des employés de la Sépaq sont interrompues depuis mercredi soir, les positions des parties semblant irréconciliables.

Mise en demeure

Avant même d’amorcer le débrayage, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), qui représente les employés de la Sépaq en grève, a toutefois accusé l’employeur d’avoir planifié le recours à des «briseurs de grève potentiels». Une mise en demeure a donc été envoyée à la Sépaq, vendredi à midi, a indiqué le président général du SFPQ, Christian Daigle, en entrevue à La Presse canadienne samedi matin. Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a été mis en copie sur le document.

«On a des informations comme quoi des gens auraient été embauchés comme guides de chasse, qui n’ont pas l’accréditation et qui ne sont pas du personnel d’encadrement, raconte M. Daigle. On sait qu’il y a des gens qui sont arrivés de l’île d’Anticosti, qui ne sont pas des gens de la Sépaq (...) pour accomplir les tâches de nos membres. Il y a également des agents de conservation de la faune qui se sont fait demander de patrouiller sur le territoire de la Sépaq alors que ce n’est pas leur mandat principal.»

Du côté de l’employeur, on conteste la perception du syndicat. Joint au téléphone samedi, le porte-parole de la Sépaq, Simon Boivin, a assuré qu’aucun briseur de grève ne se trouve aux endroits touchés par la grève.

«Il n’y a que des employés-cadres, reconnus comme tels au sens du Code du travail, qui font du travail d’employés syndiqués qui sont en grève présentement», a affirmé M. Boivin.

«Le plan de contingence qui a été mis en place par la Sépaq pour s’assurer de garder l’accès au territoire respecte le Code du travail», selon le porte-parole de la Sépaq, ce que met en doute le syndicat.

«Présentement, tout cadre à la Sépaq ne peut pas accomplir les tâches dans les réserves fauniques parce que ça prend quelqu’un qui a les accréditations, qui fait déjà partie de l’équipe de la réserve faunique, rétorque M. Daigle. Un cadre dans un parc national n’a pas le droit d’aller dans une réserve faunique pour faire le travail, tout comme un cadre embauché après le 1er janvier 2019, donc après le début des négociations.»

La Sépaq compte environ 3000 employés, dont quelque 2500 travailleurs syndiqués avec le SFPQ, et plusieurs employés saisonniers. Tous ces travailleurs sont encadrés par neuf conventions collectives qui font l’objet des négociations actuelles.

Avec La Presse canadienne