Depuis le début du mois de juin, plusieurs musées ouvrent leur porte gratuitement au public le premier dimanche de chaque mois.

La gratuité d’accès aux musées, une bonne idée?

Enfin les musées sont accessibles aux gens les plus démunis!

Il serait difficile de ne pas saluer la nouvelle politique culturelle annoncée par Mme Monpetit, ministre de la Culture et des Communications, un peu plus tôt ce printemps. Cette dernière est en effet effective depuis le 3 juin dernier et consiste grossièrement à la gratuité d’accès, chaque premier dimanche du mois, dans un peu plus de 80 musées québécois. Toutefois, au-delà des apparences bienfaitrices de cette nouvelle, le questionnement suivant est plausible: est-ce réellement ce dont les personnes ayant un revenu moindre ont besoin ou est-ce de la poudre aux yeux pour cacher l’inefficacité récurrente des gouvernements à assurer le nécessaire et la dignité à des milliers de personnes et de familles vivant sous le seuil de la pauvreté ?

Certes, au regard de cette annonce, celle-ci peut paraître d’emblée comme un gain, mais au fond il n’en est peut-être pas un, considérant principalement qu’il s’agit là d’une fausse gratuité; surtout pour les gens habitant en région. En effet, les frais inhérents à une visite dans un musée (mis à part certains chanceux (ses) pouvant habiter à proximité) peuvent être importants. La simple possession d’un véhicule et son entretien minimum est d’ores et déjà un luxe que beaucoup ne peuvent pas s’offrir. Selon une étude datant de 2008, menée par la chercheuse Anne Gombault et son équipe et portant sur «La gratuité des musées et des monuments, qu’en pensent les publics en France?» (Gombault et Al, 2008), les coûts reliés aux sorties culturelles, autres que l’entrée au musée, pourraient faire augmenter la facture de près du double du prix du billet initial. Par ailleurs, toujours selon la même étude de Mme Gombault et son équipe: «la fréquentation du musée est faiblement corrélée au prix», mais davantage aux coûts non monétaires de participer à une activité culturelle. Par exemple: « la durée, la difficulté relative de déplacement, la possibilité de ne pas aimer», etc. (Gombault et Al, 2008).

À titre d’exemple, la diminution significative des taxes sur l’essence un dimanche par mois aurait potentiellement plus d’impact positif sur le tourisme et la culture que la nouvelle politique culturelle. Autre exemple, l’abaissement potentiel du prix planché sur le lait, donnerait le loisir aux familles québécoises d’économiser plus facilement en prévision d’une future sortie culturelle. Autre possibilité, financer adéquatement les prestataires d’assurance-emploi et d’aide sociale afin que ceux-ci y gagnent en dignité qui, rappelons-le, est tout de même un droit (Charte des droits et libertés de la personne, article 4, chapitre 1, en ligne, 2018). Toutes ces mesures pourraient être réalisées par une collaboration entre plusieurs ministères et ultimement représenter un véritable levier de changement social et un moyen de dynamisation économique. Toutefois, voilà un bel exemple d’utopie...

Les gouvernements, peu importe leur allégeance, réfutent généralement la liberté de choix et embellissent les périodes électorales de cadeaux afin de camoufler ce qu’ils souhaitent réellement; garder le plus de contrôle possible sur nos libertés individuelles. Posons donc la question: ne serait-ce pas plus simple et efficace de simplement demander aux citoyens(es) ce dont ils ont vraiment besoin plutôt que d’essayer d’en imposer de nouveaux?

Anthony Morin

Sainte-Anne-de-la-Pérade