Les propriétaires du salon Coiffurama, au Centre-Ville de Trois-Rivières, Claire Bruneau et Guylaine Grenier, ont mis fin à leurs activités, le 21 décembre, après plus de 40 ans.

La «gang de gars» salue ses coiffeuses du Coiffurama

Trois-Rivières — L’endroit est bondé. On attend et l’on prend son tour sur l’une des chaises où les deux coiffeuses multiplient les coups de ciseaux. Nous sommes samedi matin, le 21 décembre, il n’est que 9h. Aujourd’hui, Coiffurama fermera ses portes, pour de bon, après 50 ans. Ils sont nombreux à être venus se faire coiffer, une dernière fois. Venus aussi saluer Guylaine Grenier et Claire Bureau, les coiffeuses-propriétaires, devenues, au fil des ans, des confidentes, des amies.

Les rires et les anecdotes fusent. Les larmes également. On échange les plaisanteries et on évoque les souvenirs. Les clients se sont beaucoup activés, semble-t-il, au cours des derniers jours pour qu’on ne manque pas de souligner l’occasion. Cela fait 20 ans, 30 ans, voire plus pour nombre d’entre eux, qu’ils viennent là, de façon régulière, se faire «tirer les couettes», comme on l’imagera, et reprendre le fil d’une conversation qui traverse les générations.

Le salon, pour hommes seulement, passe presque inaperçu, sur la rue Royale, au centre-ville de Trois-Rivières. Modeste local, on entre ici sans cérémonie, comme on rentre chez soi. On devine aussi qu’il y a déjà eu une enseigne. À quoi bon la remplacer? Le commerce n’en est presque plus un. Davantage comme une famille, où tous se connaissent et s’interpellent par leur prénom.

Jacques Auger est posté à l’entrée, verre de punch à la main. Boute-en-train, l’ancien de la Kruger fait office de comité d’accueil, en cette matinée pas ordinaire. C’est lui qui a placé les pancartes dans la vitrine, pour marquer l’événement. L’accent y est humoristique, «il va en avoir des pouilleux en ville», peut-on lire sur l’une d’elles. «Ça fait 50 ans que je viens ici. Avant c’était pas eux autres, c’était le salon le Marquis. J’avais 17 ans, j’en ai 67... La teinture, c’est pour ça que j’ai l’air jeune», s’exclame-t-il, intarissable, déclenchant les éclats de rire.

Une cinquantaine d’années à fréquenter l’endroit de manière hebdomadaire, on comprendra que le ton badin sert à atténuer un deuil qu’il faudra bien entreprendre.

C’est Claire Bureau qui a d’abord repris l’entreprise des mains de son patron, il y a une quarantaine d’années. Puis Guylaine Grenier a été embauchée, il y a plus de trente ans. Il y avait alors quatre «chaises». Le commerce a ensuite un peu ralenti ses activités. Quand Guylaine est devenue la seule employée, les deux femmes se sont associées. Voilà pour la petite histoire.

Pour le reste, les affaires se résument à la fidélité. On rentre rarement ici par hasard. La clientèle a ses habitudes et fait un peu partie du mobilier. Les deux coiffeuses ont un sac à secrets bien rempli. Elles connaissent à peu près tout de leurs clients, assurent-elles. Le meilleur comme le pire, relate Guylaine, un sanglot dans la voix. Si les générations se succèdent sur les deux chaises, l’âge et la maladie auront en effet parfois fait leur œuvre. Dont encore tout récemment, laisse entendre Guylaine, laissant le reste de sa phrase en suspens.

Questionnée à savoir si l’entreprise avait été lucrative, Claire confiera que l’affaire a plutôt été modeste. «Peut-être qu’on aurait dû augmenter nos prix», avance-t-elle. La coiffure pour dame aurait peut-être été une meilleure avenue pour s’enrichir. Or, les deux coiffeuses expliquent que «ça n’aurait pas été pareil», attachées qu’elles étaient à leur «gang de gars» et à l’ambiance de camaraderie que cela suppose.

Si Claire part à la retraite, sa comparse ira plutôt donner un coup de main à son conjoint, propriétaire d’une entreprise de transport. À 54 ans, la jeune grand-mère trouve qu’il est encore trop tôt pour la retraite définitive.

Quant à la clientèle, ils étaient quelques-uns à s’interroger sur l’endroit où ils iraient dorénavant se faire coiffer. On ne semblait pas avoir de réponses, comme si la chose était encore difficile à envisager.