Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie.

La fin pour les échanges de périodes

SHAWINIGAN — La façon de procéder semblait pratique. Les enseignants de la Commission scolaire de l’Énergie, en particulier ceux du secondaire, avaient l’habitude de s’échanger entre eux des périodes, histoire de se libérer, parfois pour plusieurs jours, de leur tâche d’enseignement. Or, la Commission scolaire de l’Énergie vient de mettre un terme à cette pratique. À partir de l’année scolaire 2018-2019, les enseignants qui doivent s’absenter devront être remplacés par un suppléant officiel.

Chantal Légaré, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Mauricie, indique que le Syndicat a déjà signifié son désaccord à la Commission scolaire face à cette dénonciation de pratique même si celle-ci ne fait pas partie de la convention collective des enseignants.


« C’est une pratique qui est courante dans certaines écoles, davantage dans les écoles secondaires. La Commission scolaire nous a fait un arrêt de pratique sans nous dire pourquoi. »
Chantal Légaré, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Mauricie

«C’est une pratique qui est courante dans certaines écoles, davantage dans les écoles secondaires», explique-t-elle. «La Commission scolaire nous a fait un arrêt de pratique sans nous dire pourquoi», dit-elle.

Le directeur de la Commission scolaire de l’Énergie, Denis Lemaire, explique que le conseil des commissaires a statué sur cette question afin de protéger «la qualité du service à l’élève».

«Dans les dernières années, il y a eu de l’exagération», explique-t-il, «ce qui a fait en sorte que des enseignants, sans qu’on soit au courant, pouvaient presque se créer des semaines de vacances», dit-il en insistant sur le fait que dans plusieurs cas ni la Commission scolaire ni même la direction de l’école n’étaient au courant de ces échanges.

«Ce sont les exagérations qui ont fait qu’on a arrêté ça», résume-t-il.

«Il y a quelques années, il y a eu une problématique majeure, une situation de sécurité», raconte-t-il. La Commission scolaire s’est rendu compte, en faisant des suivis, qu’il y avait eu un accident assez grave. «Un enseignant qui avait échangé une période avec un autre et l’autre ne connaissait même pas le groupe et il s’est passé un événement», dit-il.

«Vous comprenez que lorsqu’on a su que ce n’était pas juste une heure de temps en temps, on s’est dit qu’il fallait arrêter ça», poursuit M. Lemaire.

Le Syndicat, de son côté, plaide qu’il y a «un contexte de pénurie des suppléants. Puisqu’ils sont très recherchés, on considérait que c’était plus avantageux de cette façon-là», explique Mme Légaré «et pour les élèves aussi», dit-elle puisque les échanges de périodes se font «entre enseignants hautement qualifiés avec beaucoup d’expérience».

La Commission scolaire de l’Énergie interdira les échanges de périodes entre enseignants dès la prochaine année scolaire.

Le Syndicat est à évaluer la situation, indique Mme Légaré.

Du côté de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, cette pratique n’est plus permise non plus. «Je ne peux pas dire que c’est quelque chose qu’on voyait beaucoup», indique Claudia Cousin, présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieilles-Forges.

«Lorsque des enseignants ont voulu faire des échanges de périodes, ils en ont parlé à la direction et à la Commission scolaire, ça a été non», se souvient-elle. «Une des raisons invoquées, c’est que parfois, les échanges ne se faisaient pas rapidement et finalement, la personne qui devait faire des périodes pour une autre personne s’en allait en congé de maladie», illustre-t-elle.

Mme Cousin indique qu’en contexte de pénurie de suppléants, «si ça se faisait dans un laps de temps rapproché, ça pourrait être une solution», dit-elle.

La présidente indique qu’on vit effectivement une pénurie de suppléants. «Il y a aussi une pénurie au niveau du personnel de soutien et du personnel professionnel», souligne Mme Cousin. «Ils travaillent fort pour recruter», dit-elle.

Denis Lemaire reconnaît que le problème de pénurie de suppléants «est majeur».

«Si les échanges de périodes avaient été faits avec modération, ça aurait été quelque chose d’intéressant», reconnaît Denis Lemaire.«Il y a eu exagération. On doit nécessairement restreindre le tout. Les échanges étaient en plus des journées d’absence qu’ils prenaient», dit-il.

M. Lemaire indique que la Commission scolaire a déclenché un plan d’action «pour diminuer de beaucoup les besoins en suppléance».


« Dans les dernières années, il y a eu de l’exagération, ce qui a fait en sorte que des enseignants, sans qu’on soit au courant, pouvaient presque se créer des semaines de vacances »
Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie

«On va travailler dans l’autre sens aussi pour avoir plus de suppléants disponibles», dit-il.

«Je comprends que les enseignants trouvaient ça intéressant, mais je ne parle pas en termes d’enseignants, je parle en termes de services de qualité aux élèves et de sécurité», fait-il valoir.