Gilles Matteau a fermé son commerce au décor caractéristique mardi midi.
Gilles Matteau a fermé son commerce au décor caractéristique mardi midi.

La fin d’une époque: la Librairie Matteau de l’avenue de Grand-Mère a fermé ses portes mardi

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Shawinigan — Les amoureux des revues d’actualité et de magazines tendance de la région viennent de perdre une autre référence. Après 50 ans d’existence, la Librairie Matteau de l’avenue de Grand-Mère a fermé ses portes mardi midi, emportant avec elle son décor pittoresque et un nombre incalculable de discussions sur les sujets de l’heure.

Il peut paraître un peu paradoxal que ce lieu de rassemblement cesse ses activités en pleine période de confinement. Mais à 74 ans, Gilles Matteau pouvait difficilement soutenir une présence à son commerce sans s’exposer aux risques de contagion de la COVID-19, particulièrement élevés pour sa tranche d’âge.

La librairie a fêté son 50e anniversaire le 3 mars. M. Matteau avait prévu prendre sa retraite le 30 juin. Le coronavirus a changé ses plans. La décision du gouvernement de suspendre les ventes de billets de loterie chez les détaillants de Loto-Québec l’a convaincu de devancer son échéancier.

«Il y a des jours où on sortait et il n’y avait pas une seule auto stationnée, pas âme qui vive en ville», fait remarquer M. Matteau. «C’est normal, personne ne sort! Ces derniers temps, les journées étaient difficiles en masse. Nous aussi, nous devions nous protéger! On avait du désinfectant et on se lavait les mains, ça ne finissait pas. On désinfectait les portes, les comptoirs. Ce n’était plus agréable être commerçant alors que pendant cinquante ans, ça a été une grande joie. Ça a été une aventure extraordinaire.»

M. Matteau croit bien qu’en temps normal, les clients se seraient précipités à son commerce pour souligner la fin d’une époque. Signe des temps, c’est notamment via Facebook qu’il a pu percevoir le choc causé par l’annonce de cette fermeture. Il a aussi reçu beaucoup d’appels.

«C’est l’un des derniers fleurons de la ville de Grand-Mère qui disparaît», fait-il remarquer.

«Je ne voulais pas prendre le risque qu’il arrive des choses, que j’attrape quelque chose», ajoute-t-il. «J’aimais mieux fermer de cette façon. Je reçois beaucoup de messages et ça fait mon bonheur. Dans un sens, ça fait mon affaire. Je ne suis pas un gars de vitrine!»

L’avenue de Grand-Mère perdra l’une de ses vitrines les plus connues avec la fermeture de la Librairie Matteau.

M. Matteau avait lancé son commerce en 1970 et il croyait à ce moment que l’aventure durerait une dizaine d’années.

«Mais ça a été tellement intense», sourit-il. «J’ai adoré mon commerce. Mes clients, c’était du monde extraordinaire. C’était un commerce facile. Les gens venaient ici pour acheter des revues et ça pour eux, c’était du rêve, surtout avant l’arrivée d’Internet.»

Le septuagénaire a vécu l’âge d’or de l’imprimé. Il convient que les dernières années étaient difficiles, surtout qu’il souhaitait demeurer fidèle à sa vocation.

«Il ne faut pas se le cacher, la revue a baissé au fil des ans», commente-t-il. «Par contre, j’avais encore des clients très assidus, qui venaient de partout dans la région. Nous avons diminué nos heures. Je peux dire que pendant huit mois, être ouvert seulement l’avant-midi sur sept jours, je faisais autant de ventes qu’avec les après-midis ouverts! Les gens se sont adaptés. Ils venaient l’avant-midi et ils étaient bien heureux de ça. Mais c’est sûr que dans le contexte actuel, il n’y a plus grand-chose à faire. Ça aurait pris autre chose que je n’avais pas.»

Même si un satané virus précipite les événements, M. Matteau ne regrette rien.

«J’avais planifié de faire 50 ans de commerce», raconte-t-il. «Il y a cinq ans, j’ai vendu ma bâtisse, de sorte que quand je déciderais de m’en aller, je m’en irais! Je ne serais pas pris avec un local vide ou des loyers à collecter.»

M. Matteau sait bien que rien ne remplacera ce contact quotidien avec ses habitués. Néanmoins, il ne s’attend pas à vivre un grand deuil.

«Je suis un gars qui fait du sport», souligne-t-il. «Je vais me mêler avec des gens de vélo, de course à pied, de marche rapide. Je passais mes étés là-dedans. Je travaillais le matin et après, j’étais toujours parti! À l’avenir, je vais sauter sur mon vélo plus tôt et j’irai dans le parc national de la Mauricie!»