Le remplacement de l’urgence du Centre Cloutier – du Rivage par une clinique interdisciplinaire nouveau genre est loin de faire l’affaire de tous.

La fermeture de l'urgence du Centre Cloutier–du Rivage décriée par des médecins

Trois-Rivières — La fermeture prochaine de l’urgence du Centre Cloutier–du Rivage et son remplacement par un nouveau modèle de clinique interdisciplinaire est décrié par des médecins.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la décision annoncée il y a quelques semaines par la direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux Mauricie – Centre-du-Québec (CIUSSS – MCQ) ne passe pas comme une lettre à la poste. Jugeant que la transformation qui s’opérera le 10 octobre entraînera une diminution des services dans le bas du secteur Cap-de-la-Madeleine, ces professionnels de la santé ne voient pas comment le CIUSSS MCQ peut la qualifier de positive. Pour eux, il s’agit clairement d’une coupe de services.

«Quand on dit qu’il n’y aura pas de coupes dans les services, je n’ai plus d’arguments là-dessus. [...] Oui, c’est la même porte, sauf avec la moitié moins d’heures de médecins et le tiers moins d’heures d’infirmières», lance sur un ton désabusé Dr Michel Gauthier, visiblement agacé par la ligne de communication des dirigeants du CIUSSS – MCQ.

Notons qu’en vertu des changements qui seront mis en place, les patients qui se présenteront seront pris en charge par des infirmières praticiennes spécialisées. Ils pourront également être dirigés vers un professionnel, un organisme communautaire ou un médecin de famille de garde, selon leurs besoins. L’équipe de la nouvelle clinique comptera également différents professionnels, dont des physiothérapeutes, des inhalothérapeutes, des nutritionnistes et des travailleurs sociaux. Les heures d’ouverture seront de 8 h à 20 h en semaine et de 8 h à 16 h le week-end. Des plages horaires pour des consultations sans rendez-vous seront prévues à tous les jours.

Le Dr Gauthier rappelle que le Centre Cloutier–du Rivage est situé dans un secteur défavorisé de Trois-Rivières, où vivent beaucoup de personnes vulnérables pour lesquelles cette urgence de proximité constitue le seul endroit où elles peuvent aller lorsque leur condition nécessite des soins de santé. Devoir se déplacer jusqu’à l’urgence du Centre hospitalier affilié universitaire (CHAUR) peut notamment être compliqué pour certains usagers, constate le Dr Gauthier.

«C’est le seul sans rendez-vous véritable. C’est la bouée pour les gens qui sont mal pris», image-t-il.

Par contre, le Dr Gauthier et ses collègues n’ont rien contre la clinique inspirée du projet Archimède, implantée il y a quelques années à Québec. Au contraire, ils considèrent qu’elle aurait été un bon complément à l’offre de services actuelle.

«Ça serait tellement magnifique en surplus! Mais là, on diminue de façon drastique [les services]», poursuit le médecin qui compte plus de 30 ans d’expérience.

Se faisant toujours le porte-parole de ses collègues, Dr Gauthier considère que la récente décision constitue un autre exemple d’une gestion purement administrative, qui prend seulement en considération des réalités budgétaires. Dans cette optique, les médecins auraient aimé être consultés par les dirigeants du CIUSSS – MCQ.

«Ils disent qu’il y a un large consensus, mais ce sont strictement des gens qui sont dans l’administration», poursuit le Dr Gauthier.

Contrairement aux représentants d’autres organismes communautaires qui desservent directement le sud du secteur Cap-de-la-Madeleine, la coordonnatrice de l’organisme COMSEP, Sylvie Tardif, n’a pas été invitée à la séance d’information au cours de laquelle les grandes orientations du projet ont été présentées. L’ancienne conseillère municipale a tout de même une opinion sur le sujet.

«On ne peut pas être d’accord avec ça, car c’est une perte de services», mentionne-t-elle.

Pour sa part, la coordonnatrice de la Démarche des premiers quartiers, Caroline Guay, confirme qu’elle a participé à la rencontre d’information et de consultation. Elle soutient cependant que le titre donné au rendez-vous par le CIUSSS – MCQ dans l’invitation qu’elle a reçue ne reflétait pas la réalité.

«Les grandes lignes du projet étaient déjà cristallisées. [...] C’était de l’information, mais on a pu émettre des observations et des craintes», raconte-t-elle.

Dans les points qui ont été présentés, Mme Guay se rappelle que les participants avaient été informés que l’urgence allait disparaître et serait remplacée par une clinique «nouveau genre».

«On nous rassurait en nous disant qu’il n’y aurait pas de pertes pour les citoyens, mais des gains. Je vous rappelle que nous sommes des organisations travaillant à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. On ne peut pas endosser un projet qui entraînerait une perte», souligne-t-elle.

Un véritable sans rendez-vous, clame le CIUSSS

Appelée à commenter cette sortie publique, la directrice des services ambulatoires et des soins critiques, Nathalie Boisvert, assure que la nouvelle clinique sera sans rendez-vous, contrairement à l’analyse des médecins récalcitrants. Comme elle l’avait fait lors de l’annonce de la transformation du lieu de soins, elle indique que l’offre de services répondra aux besoins des usagers, et ce, d’une façon encore plus large.

«Il y aura une plus grande accessibilité à d’autres professionnels. Actuellement, l’urgence Cloutier–du Rivage est structurée, comme toutes les urgences du Québec, autour de la pratique médicale et celle des infirmières. La nouvelle clinique sera construite autour de la pratique des professionnels et sera accompagnée d’une offre médicale. Nous sommes donc convaincus que nous allons pouvoir recevoir le même nombre de patients et nous aurons une plus grande variété de services», explique-t-elle.

Mme Boisvert reconnaît par contre qu’une telle transformation peut être mal accueillie par certains.

«On s’en va vers un modèle différent de ce que l’on connaît actuellement et qui n’est pas très présent en Mauricie et au Centre-du-Québec. C’est peut-être une question de perspective ou d’une méconnaissance du rôle des infirmières praticiennes spécialisées», indique-t-elle, avant d’ajouter que de nombreux médecins oeuvrant dans le réseau du CIUSSS – MCQ sont favorables au projet.