Trois-Rivières est la seule ville de la Mauricie et du Centre-du-Québec à avoir un corps de police municipal.

La Fédération des policiers municipaux demande 788 millions $ à Québec

Pas moins de 788 millions $ sont réclamés au gouvernement Legault pour «mettre fin à l’iniquité» dans le financement des services policiers au Québec. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, assure que la question du financement sera abordée dans son «livre vert» qui sera publié en décembre.

C’est le montant qu’a demandé le président de la Fédération des policiers municipaux du Québec (FPMQ), François Lemay, en conférence de presse dimanche à Laval. Ce chiffre équivaut à 47 % des frais de fonctionnement des 33 corps policiers municipaux qu’il représente dans la province, dont trois services autochtones, et qui desservent au total une population de 5,5 millions d’habitants.

La FPMQ explique qu’il s’agit du même pourcentage qui est remboursé aux municipalités dont la sécurité publique a été confiée à la Sûreté du Québec (SQ). Son président déplore d’ailleurs ce qu’il a qualifié de «système à deux vitesses» qui perdure depuis 20 ans puisque la plupart des municipalités dotées de leur propre service de police ne reçoivent aucune subvention et doivent assumer la totalité de la facture, même si leurs citoyens paient aussi pour les services de la SQ des municipalités voisines à même leurs impôts.

«Alors, ça fait 20 ans que ce système existe et que 30 des villes qui ont une police municipale ne sont pas subventionnées. Alors, dans un contexte où le gouvernement se prépare à revoir le modèle de la police au Québec, et bien nous on dit assez, c’est assez! La priorité du gouvernement devrait être de financer l’ensemble des services policiers au Québec de la même manière», a affirmé M. Lemay.

Il estime que cette situation a fait passer le nombre de corps policiers municipaux de 120 à 33 depuis les deux dernières décennies.

François Lemay souligne que le gouvernement du Québec s’apprête même à assumer 50 % de la facture liée aux services de la SQ à compter de 2020, ce qui fera passer les montants remboursés aux municipalités protégées par la SQ de 300 millions à 375 millions $, tandis que les autres municipalités ne recevront rien.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, seule Trois-Rivières dispose de son propre corps de police. Le cabinet du maire Jean Lamarche, en poste depuis quelques mois, a préféré ne pas commenter la sortie publique de la FPMQ.

L’an dernier, le cabinet de l’ancien maire Yves Lévesque avait fortement réagi à l’annonce du gouvernement Legault de verser 33 millions $ aux municipalités desservies par la SQ pour alléger le coût qu’elles doivent assumer pour ces services. Son chef de cabinet, Yvan Toutant, avait rappelé que les villes comme Trois-Rivières ne reçoivent pas d’aide de ce genre pour son corps policier. M. Toutant avait également affirmé que les Trifluviens paient deux fois pour un corps de police: pour celui de Trois-Rivières, avec leurs taxes, et pour la SQ, avec leurs impôts.

En 2018, la Direction de la police de Trois-Rivières a coûté 31 millions $, ce qui représente près de 12 % du budget de la Ville. Elle représente par ailleurs les deux tiers de l’enveloppe budgétaire consacrée à la sécurité publique (45,2 millions $ en 2018).

En 2014, l’ancien maire Lévesque avait déclaré que la Ville économiserait 11,3 millions $ par année si elle était desservie par la SQ.

Jusqu’en 2002, Shawinigan disposait de son propre corps de police. La ville a cependant décidé de troquer celui-ci contre les services de la SQ, un échange qui devait lui permettre des économies globales de 12 millions $.

En 2011, la FPMQ s’était tournée vers les tribunaux pour tenter d’obliger plusieurs villes à se doter à nouveau d’un corps de police. La Fédération rappelait alors que la Loi sur la police oblige normalement les villes de 50 000 habitants et plus à avoir leur propre police municipale. Drummondville, au Centre-du-Québec, faisait partie des villes visées par la requête de la FPMQ. La Fédération songeait également à inclure Shawinigan dans ces démarches judiciaires. Celles-ci n’ont toutefois pas eu de suite.

Le «livre vert» de Guilbault

La vice-première ministre rendra bientôt public son document sur la réalité policière en 2019, elle le présentera à l’Assemblée nationale en décembre prochain.

«C’est certain que le coût des services policiers va faire partie de l’exercice que je compte lancer à la suite de la publication de mon livre vert», avance-t-elle.

Les manières de «moderniser la police» au Québec seront alors analysées et le coût des services policiers ainsi que les différences entre les services municipaux et la Sûreté du Québec feront partie de la réflexion.

Si les frais assumés par le gouvernement augmentent, il y aura «certainement un impact sur le compte de taxes des contribuables», a aussi prévenu Mme Guilbault. Elle termine en rappelant que le sujet des coûts qui augmentent pour la police est discuté depuis plusieurs années et que la sortie de la FPMQ de dimanche matin «démontre une fois de plus la pertinence» de tenir un exercice d’analyse de la situation.

Selon les statistiques fournies par la FPMQ, les coûts réels d’un territoire desservi par la SQ sont plus élevés que pour ceux desservis par des services policiers municipaux.

Si la FPMQ se dit prête à assumer sa part dans la réorganisation des services policiers au Québec, elle estime toutefois que le moment est venu d’être équitable envers tous les acteurs du milieu, d’autant plus que le Québec nage dans les surplus.

«Si le gouvernement décide de financer la police, c’est une mesure directe pour aider le citoyen, chez lui, sur son compte de taxes, a fait valoir François Lemay en conférence de presse. Pour nous, c’est clair que cette situation-là correspond exactement à ce que le gouvernement voulait faire avec ses surplus et on représente les deux tiers de la population au Québec.»

La FPMQ représente quelque 10 000 policiers dans la province, couvrant parfois de vastes territoires comme les services de police des villes de Montréal, de Québec, de Longueuil, de Gatineau et de Laval.

Avec La Presse canadienne