La transformation de l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage en clinique de proximité continue de faire des vagues.
La transformation de l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage en clinique de proximité continue de faire des vagues.

La Dre Janique Dion rétrogradée pour avoir critiqué la fermeture de Cloutier-du Rivage

Trois-Rivières — La Dre Janique Dion a été démise de ses fonctions d’adjointe au chef de département de médecine d’urgence pour le Centre-de-la-Mauricie pour avoir publiquement critiqué la fermeture de l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage, dans le secteur Cap-de-la-Madeine, à Trois-Rivières.

Cette rétrogradation a été vivement dénoncée, jeudi matin, lors de la période de questions, à l’Assemblée nationale, par André Fortin, le porte-parole libéral en matière de santé, qui qualifie la Dre Dion de «lanceuse d’alerte». «En guise de remerciements pour avoir dénoncé, pour avoir parlé pour ses patients à elle, tout ce que la Dre Dion avait reçu c’est une lettre du CIUSSS bourrée de menaces. On lui avait écrit: ‘‘Si vous désirez poursuivre votre implication à titre de chef de l’urgence de Shawinigan, vous devez cesser toute cabale et intervention externe’’. Le CIUSSS a tenu parole, ils ont congédié la Dre Dion pour avoir osé exprimer ses inquiétudes sur la place publique.»

Notons que la Dre Dion travaille toujours comme médecin à l’urgence du Centre hospitalier du Centre-de-la-Mauricie. La ministre de la Santé, Danielle McCann, a mentionné qu’elle allait prendre connaissance de ce dossier. Elle a aussi précisé qu’un gestionnaire dans un établissement «a un certain devoir de réserve». M. Fortin a pour sa part critiqué ce qu’il juge être «la loi du silence». «Est-ce que pour une fois, elle peut agir, mettre fin à l’omertà et retourner dans ses fonctions la Dre Dion», a-t-il demandé en s’adressant à la ministre McCann.

Selon le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), les médecins «peuvent exprimer librement leurs opinions personnelles sur l’ensemble des tribunes à leur disposition», ce qu’a fait la Dre Dion «pendant plusieurs semaines» concernant la transformation de l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage en clinique de proximité.

La Dre Janique Dion a été démise de ses fonctions d’adjointe au chef de département de médecine d’urgence.

«Deux semaines avant l’ouverture de la clinique, Dre Dion a perdu la confiance du chef de département de médecine d’urgence, Dr [Olivier] Roy, en refusant de se rallier à la position de l’établissement et en transmettant à un journaliste une correspondance confidentielle», a expliqué, par courriel, Julie Michaud, agente d’information au CIUSSS MCQ.

Selon cette dernière, «pour occuper un poste au sein de la gouvernance médicale, chaque médecin a un devoir de loyauté envers l’établissement».

Ainsi, selon le CIUSSS, le chef de département de médecine d’urgence au CIUSSS MCQ, le Dr Olivier Roy, et le comité exécutif du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) ont conjointement décidé de lui retirer ses fonctions d’adjointe au chef de département de médecine d’urgence. Cette décision a été entérinée par le CMDP le 17 décembre dernier.

Pour ce qui est de la nouvelle clinique de proximité au Centre Cloutier-du Rivage, la ministre McCann et le député Fortin divergent totalement d’opinion quant à son efficacité. «Le pire de toute cette histoire, c’est que la Dre Dion avait raison dès le début. La nouvelle clinique que la ministre nous a promise et nous a vantée pour justifier la fermeture de l’urgence, ça ne marche pas. Depuis octobre, il manque de médecins, il manque d’infirmières, il y a des tonnes de plages horaires qui ne sont même pas couvertes. Ç’a été un fiasco du début à la fin. On ferme une urgence, on congédie un médecin parce qu’elle parle, et on n’offre pas les soins promis à la population», a décrié le député Fortin, qui a qualifié la fermeture de l’urgence de «sauvage».

La ministre de la Santé ne fait pas la même lecture de la situation. «Il y a eu là une transformation parce qu’on manquait de médecins. On manquait de médecins dans la région et on a des infirmières praticiennes spécialisées, des infirmières, une équipe multidisciplinaire, qui maintenant voient au besoin de la population, et les citoyens sont très satisfaits.»

Selon la ministre McCann, des usagers de la clinique se sont dits «extrêmement satisfaits» des services reçus dans un sondage. «Ils ont l’impression vraiment qu’on s’occupe de leur santé globalement, qu’ils ont accès à du personnel qualifié qui prend en charge avec eux leur santé. Moi, je pense que cette clinique, c’est un succès (...).»