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Le Dr Frédéric Picotte estime que la détresse psychologique chez les médecins est bien présente.
Le Dr Frédéric Picotte estime que la détresse psychologique chez les médecins est bien présente.

La détresse psychologique bien présente chez les médecins

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — L’histoire de cette jeune médecin de Granby, Dre Karine Dion, qui s’est récemment enlevé la vie, complètement épuisée par son travail en contexte pandémique, en a évidemment touché plus d’un. Pour le Dr Frédéric Picotte qui œuvre notamment à l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie, ce triste événement montre malheureusement à quel point la détresse psychologique chez les médecins est plus présente qu’on ne pourrait le croire.

«De la détresse chez les médecins, on en voit souvent et dans les derniers mois, c’est encore pire, car on avait déjà une fatigue puisqu’il y a actuellement un manque de médecins et de médecins de famille, ce qui fait en sorte qu’on est fréquemment en surcharge et qu’on a une grande pression. Et ce phénomène de détresse a évidemment été exacerbé par la COVID et il faut en faire plus puisque les gens tombent malades», explique d’emblée le Dr Picotte qui cumule notamment les tâches de médecin de famille et d’urgence à Shawinigan.

D’ailleurs, bien qu’il ne connaît pas personnellement cette jeune médecin de Granby, Frédéric Picotte s’est dit très touché par ce triste événement qui lui rappelle l’histoire d’une amie médecin qui a malheureusement connu le même sort.

«Je suis vraiment touché par cette histoire-là, parce que c’est une réalité que j’ai connue. D’ailleurs, on voit à quel point même si une personne aime son travail, elle peut quand même passer à l’acte parce qu’elle est prise dans un cercle vicieux et qu’elle est coincée dans une réalité où elle ne trouve pas de solution. Donc pour la médecin de Granby, c’est le travail qui l’a tuée en quelque sorte.»

Un cercle vicieux

Un cercle vicieux, c’est en effet ce à quoi fait référence le Dr Picotte pour parler du sentiment de culpabilité que peuvent vivre les médecins lorsqu’ils sont au bout du rouleau et qu’ils doivent se résigner à prendre quelques jours de congé pour recharger leurs batteries.

«Il faut savoir que ceux qui choisissent la médecine ont de grandes valeurs d’aide et se dédient souvent à la vocation. Mais malheureusement, comme il manque de médecins sur le terrain, ça met une pression sur les autres et lorsqu’on est épuisé, on se sent coupable de prendre du temps pour soi, car on contribue à mettre de la pression sur les autres qui doivent travailler plus pour nous accommoder. [...] Et en plus avec la COVID, le gouvernement nous a rajouté du travail et on a accepté, mais à un moment donné, on arrive à un point où le citron a été pressé et il n’y a plus de jus à l’intérieur et on se sent tout simplement mal de prendre congé. L’idéal serait que si on tombe malade, des gens soient là pour nous remplacer, mais ça n’existe pas dans notre métier», avoue-t-il.

Existe-t-il des solutions?

Devant un tel constat, on pourrait se demander s’il existe réellement des solutions qui permettraient de diminuer cette pression sur les médecins. À cette question, le Dr Frédéric Picotte y est allé de sa liste de souhaits.

«Il faudrait tout d’abord avoir plus de médecins. Ensuite, le gouvernement doit reconnaître qu’il y a un manque de médecins de famille et de médecins spécialistes, en plus d’augmenter les cohortes dans les universités et de faire en sorte de travailler davantage en équipe et de partager les responsabilités, comme on est en train de le faire avec les pharmaciens. Et si je peux aller plus loin, je dirais même que les gens qui ont un médecin de famille peuvent témoigner de manière humaine du travail qui est fait par leur médecin, car il y a encore beaucoup de commentaires négatifs par rapport à notre métier. Moi sur le terrain, je constate tout le contraire et je vois de gens engagés et qui donnent leur 100 %, souvent au détriment de leur famille», conclut-il.