Julie Brodeur

La détermination en béton

Julie Brodeur est une jeune femme de 34 ans à la personnalité pétillante. Elle vit seule dans son appartement, fait elle-même son budget, organise elle-même ses rendez-vous et fait son épicerie. C’est une joueuse de quilles invétérée dont le plus grand plaisir est de s’impliquer activement et régulièrement dans divers organismes bénévoles de la MRC de Maskinongé. Jusque là, rien qui sorte de l’ordinaire sauf que Julie compose également avec une déficience intellectuelle et une santé extrêmement fragile. Qu’elle arrive à faire une vie que l’on pourrait qualifier de normale, aujourd’hui, tient d’un véritable miracle, mais surtout d’une détermination en béton.

Simple et sympathique, notre Tête d’affiche est arrivée avec son havresac et sa pile de livres, car l’entrevue s’est déroulée au Centre d’éducation des adultes du Centre de formation professionnelle Bel-Avenir où elle est en train de faire son secondaire.

«Je le fais par plaisir, parce que je ne pourrai jamais travailler», du moins pas à plein temps, explique-t-elle.

Cadette d’une famille de sept enfants, Julie Brodeur a manqué d’oxygène pendant dix minutes au moment de sa naissance. Les conséquences ont été dramatiques pour elle. «Jusqu’à trois ans et demi, je n’avais aucun tonus», raconte-t-elle en tenant à saluer la détermination de ses parents qui ont tout fait pour essayer de l’aider. À la voir aujourd’hui, rien ne saute aux yeux. Elle gambade allégrement dans l’école comme n’importe quel autre élève et mord dans la vie à pleines dents. Le chemin pour se rendre jusque là, depuis 1984, a toutefois été une bataille de tous les instants et continue de l’être. «Je ne peux pas me concentrer plus de cinq minutes à la fois», dit-elle. Tout ce qu’elle fait prend donc beaucoup plus longtemps que les autres.

À 18 ans, en effet, un diagnostic de déficience intellectuelle s’ajoute sur le tas et on la déclare invalide.

On serait démoli et paralysé pour moins que ça, mais pas Julie Brodeur. La jeune femme a décidé qu’elle n’allait surtout pas s’arrêter à ça.

Avec des mots et des phrases qu’on ne s’attendrait pas à entendre de la bouche d’une personne ayant une déficience intellectuelle, elle explique qu’elle est née avec une fente palatine importante et un nez mal positionné l’empêchant de respirer et nuisant du même coup à son langage. «Il a fallu m’opérer à trois mois», signale-t-elle.

Le pire de sa condition, toutefois, c’est une scoliose qui lui cause des souffrances physiques très sévères que même les anti-inflammatoires n’arrivent pas à contrôler. À 10 ans, raconte-t-elle, sa colonne vertébrale s’était déjà déplacée de 12 degrés. Plus elle avance en âge, plus sa condition se détériore à ce niveau. «Et je refuse de prendre le risque de me faire opérer. J’aime bien trop mon autonomie», fait-elle valoir.

Grâce à cette autonomie dont elle se délecte maintenant, elle en profite pour donner du temps à divers organismes. Elle prend la balle au bond à chaque occasion qui survient pour sensibiliser les gens à la déficience intellectuelle qu’elle souhaite démystifier.

Dès l’âge de 18 ans, Julie s’inscrit à l’Association des personnes handicapées du comté de Maskinongé et devient administratrice. Elle occupe également un poste du même genre dans l’organisme Transport adapté du comté de Maskinongé et dans l’organisme L’Entre-Aide de Louiseville. Depuis 9 ans, elle participe aussi aux cuisines collectives de la Maison de la famille du bassin de Maskinongé. «J’adore cuisiner», dit-elle. En plus de s’impliquer un peu dans les activités du CAB de Maskinongé, elle est récemment devenue bénévole pour une ligue de quilles pour les personnes handicapées, une activité qu’elle pratique depuis 15 ans.

Juste à voir son visage qui s’illumine lorsqu’elle parle de tout ce qu’elle arrive à faire malgré les difficiles obstacles, on devine que Julie Brodeur est très fière de faire tomber les mythes concernant la déficience intellectuelle. Sa vie, confie-t-elle, est un combat quotidien, «mais je tiens à faire de la sensibilisation en m’impliquant», dit-elle.