Caroline Guay, coordonnatrice de l'organisme Démarche des premiers quartiers de Trois-Rivières.
Caroline Guay, coordonnatrice de l'organisme Démarche des premiers quartiers de Trois-Rivières.

La Démarche des premiers quartiers au bord de la fermeture

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La Démarche des premiers quartiers de Trois-Rivières est au bord de la fermeture. Si rien ne bouge pour l’organisme implanté dans la communauté depuis 20 ans, la Démarche entamera les procédures de fermeture de ses livres à compter du 31 mai prochain.

C’est du moins ce que confirme la coordonnatrice de l’organisme, Caroline Guay, qui a d’ailleurs informé la semaine dernière les différents partenaires de la Démarche de cette difficile décision de son conseil d’administration. Au cœur des problèmes vécus par l’organisme communautaire se trouve évidemment le financement.

«On a vraiment tout tenté. Nous avons toujours été en mode solutions et je crois qu’au fil du temps, on a maintes fois fait la démonstration de la pertinence de la Démarche des premiers quartiers. Mais on ne peut pas être pertinent si le financement ne suit pas», constate Caroline Guay.

Le maire Trois-Rivières Jean Lamarche.

L’organisme a jusqu’ici toujours fonctionné par financement au projet, plutôt que par financement récurrent. Du coup, il est souvent devenu mandataire de différentes organisations, dont la Ville, les différents paliers de gouvernements de même que des regroupements citoyens, pour assurer une revitalisation des premiers quartiers de la ville tant au niveau social, économique, culturel et environnemental. Dans les dernières années, on a pu voir leur contribution dans des projets comme les consultations publiques menant au plan directeur de développement du Bas du Cap, l’implantation du Carré de la Fosse, le projet des ruelles vertes, les jardins communautaires, les Premiers quartiers racontés ainsi que plusieurs consultations et mobilisations citoyennes, pour ne nommer que ces projets.

En septembre 2018, la situation était déjà difficile, et une réunion d’urgence avait été convoquée avec 39 partenaires de l’organisme, qui ont tous manifesté leur intérêt à ce que la Démarche continue. «On a fait tout ce qu’on a pu, on a travaillé très fort pendant un an pour démontrer la pertinence de notre présence dans une ville urbaine comme Trois-Rivières. On ne veut pas dénaturer notre mission pour du financement, mais en même temps le financement par projet, ça use les équipes», constate Caroline Guay, qui précise que des efforts monumentaux ont été réalisés sur le plan budgétaire, notamment en réduisant les dépenses et même en acceptant d’oeuvrer à temps partiel. En date d’aujourd’hui, la Démarche a laissé partir plusieurs membres de son équipe, sachant qu’une fermeture était de plus en plus probable.

L’organisme a donc demandé une ultime rencontre avec la Ville de Trois-Rivières, non pas pour demander d’être sauvé, mais pour trouver un porte-voix afin de voir si des solutions peuvent être envisagées dans le milieu, des solutions qui n’auraient pas encore été trouvées.

Denis Roy, conseiller du district Marie-de-l’Incarnation.

«Ce n’est pas à une seule organisation de nous sauver. On nous dit souvent que notre financement doit être lié à l’hyper local. Ce n’est pas évident non plus. Mais notre force à nous, c’est d’être dans le milieu, d’aller vers les gens, de s’assurer que le citoyen a une voix et que les besoins collectifs sont répondus. On ne veut pas être le fardeau de personne, mais si notre survie intéresse quelqu’un, c’est certain que nous serons au poste», mentionne Mme Guay.

Ville

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, a reçu la nouvelle et dit être toujours prêt à rencontrer la Démarche si l’organisme le juge nécessaire. «La revitalisation est un véritable enjeu pour moi et pour la Ville. On vient juste de recevoir la nouvelle alors nous en sommes à regarder ça de plus près, mais c’est certain qu’il va falloir avoir des discussions là-dessus», a-t-il indiqué.

Le conseiller municipal du district Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy, reconnaît l’importance des actions de l’organisme dans son quartier.

Dany Carpentier, conseiller du district de La Vérendrye.

«C’est navrant de voir qu’on en est rendu là compte tenu de l’importance de l’apport du communautaire dans mon district. C’est un dossier éminemment complexe, qui traîne aussi un lourd passé organisationnel dont la situation était déjà précaire lorsque j’ai été élu. Au fil des ans, j’ai pu mesurer le caractère essentiel de ce que fait la Démarche. C’est clair que comme administration municipale, on doit se questionner sur cette fonction et sur quelle place on souhaite lui donner dans tout le développement social de la Ville», indique Denis Roy.

Pour sa part, Dany Carpentier du district de La Vérendrye reconnaît lui aussi l’apport de la Démarche à la Ville, mais se demande présentement ce qui peut être fait pour sauver l’organisme, lui qui avait compris que la décision avait déjà été prise de cesser les activités. Quoi qu’il en soit, Dany Carpentier rappelle que la Ville a fait un énorme bout de chemin avec l’organisme en 2019, en octroyant pour 73 000 $ de contrats pour différents projets, de même qu’une aide d’urgence de 10 000 $ en décembre dernier.

«Je suis déjà inquiet sur comment la Ville investit pour revitaliser ses premiers quartiers. On sent vraiment qu’il y a un rattrapage à faire au niveau des investissements et de la participation citoyenne. La volonté est là et on a fait un bon bout de chemin depuis les derniers mois, mais il reste du travail à faire pour rattraper le retard cumulé pendant plusieurs années. Si la Démarche souhaite faire une ultime tentative auprès de la Ville, c’est certain que je vais prêter oreille à ça», ajoute-t-il, soulignant que la revitalisation doit s’inscrire dans une approche plus large et plus structurée que ce qu’elle est présentement au niveau municipal.