On aperçoit ici un des bénévoles, Serge Gagnon, en train de réparer un grille-pain.

La débrouillardise pour aider la planète

Trois-Rivières — Des couturières, des bricoleurs débrouillards, des techniciens en électronique industrielle, des informaticiens, autant de bénévoles venus offrir leurs services pour essayer de réparer divers biens de consommation brisés. C’était la troisième édition, vendredi, de la Shop à réparer, à Trois-Rivières.

Pendant que le Vendredi fou faisait courir les consommateurs, ils ont été une vingtaine à lever la main pour aller plutôt donner une seconde vie à une foule d’articles qui, autrement, auraient engraissé le site d’enfouissement régional.

Ce «vendredi sage» «est une manière différente de parler de consommation», fait valoir Thierry Archambault-Laliberté, chargé de projets matières résiduelles et écoresponsabilité chez Environnement Mauricie.

«On est là pour allonger la durée de vie des produits plutôt que d’en acheter de nouveaux», dit-il.

C’est que l’obsolescence programmée d’une foule de biens de consommation n’est pas un mythe, assurent tous deux Thomas Grondin-Couture, technicien en électronique industrielle et étudiant en génie électrique et Julien Thériault-Gauthier, développeur de micrologiciels, bachelier en génie électrique et diplômé en mécanique automobile. Pour réduire les coûts de production, on met des pièces de moins bonne qualité qui durent donc moins longtemps, expliquent ces deux bénévoles.

Les bénévoles ont relevé de nombreux défis, notamment la réparation de ce lecteur DVD.

Ils ont pris part à cette activité salutaire pour l’environnement «juste pour rendre service et l’idée de le faire la journée du Vendredi fou, ça envoie encore plus le message de contrer la surconsommation», fait valoir M. Thériault-Gauthier.

«Souvent, les gens achètent des trucs dont ils n’ont pas nécessairement besoin» constate-t-il.

Ici, il n’y a ni contrats ni promesses. Les bénévoles comme Serge Gagnon, fonctionnaire de profession et bricoleur dans ses temps libres, font ce qu’ils peuvent dans la mesure de leurs capacités et du temps dont ils disposent.

L’an passé, Hélène Dargis, couturière à ses heures, a voulu aider quelqu’un qui voulait faire remplacer la fermeture éclair d’un manteau d’hiver. «Je n’ai pas eu le temps. C’était trop long», fait-elle valoir. Elle a toutefois été en mesure d’allonger la vie utile du manteau d’hiver d’une autre personne en cousant des pièces aux endroits usés. Dans un autre cas, c’était des boutons pression qui ne tenaient plus. Alors elle a cousu du velcro entre les boutons. Mme Dargis a bien des trucs à son actif. Elle provient en effet d’une famille de 10 enfants, dont 7 garçons, où la débrouillardise avait toute sa place.

«On est dans un monde où l’on doit considérer de réapprendre à réparer, à allonger la durée de vie, à retourner dans le monde où l’on passait les objets de génération en génération», suggère M. Archambault-Laliberté.

Ce denier croit que la réparation redeviendra éventuellement une forme d’économie plus locale. «Il y a tout un corps de métier qui pourrait se créer, un métier très noble qui est la réparation. Il faut redonner à cette profession ses lettres de noblesse», dit-il. Ce dernier propose également la création de bibliothèques d’outils partagés. «C’est une autre logique d’économie qu’on pourrait valoriser», dit-il.

L’événement a pris fin à 19 h. L’organisme La Planète s’invite à l’université, de son côté, avait convié la population à se rendre à cette heure-là à l’endroit où s’est tenue la Shop à réparer, rue Saint-François-Xavier, pour manifester contre la surconsommation dans le cadre d’un «Vendredi vert fou». Une vingtaine de personnes ont pris part à ce rassemblement.