Caroline Fortin, agente de développement au service aux entreprises et Réal Piché, conseiller pédagogique en formation professionnelle à la commission scolaire de l’Énergie.

La CS de l’Énergie veut créer le chaînon manquant

SHAWINIGAN — La commission scolaire de l’Énergie souhaite un signal clair du milieu, particulièrement des entreprises qui oeuvrent dans le secteur des technologies de l’information, pour convaincre le ministère de l’Éducation d’offrir le plus rapidement possible un nouveau diplôme d’études professionnelles en testeur numérique et assurance qualité. Pour elle, il s’agirait d’un complément parfait à l’offre actuelle sur le territoire, qui contribuerait à pourvoir les besoins de main-d’oeuvre maintes fois exprimés dans ce domaine tout en offrant une nouvelle avenue à des étudiants à risque de décrocher.

«Ça nous prend l’appui des entreprises», prévient toutefois Réal Piché, conseiller pédagogique en formation professionnelle à la commission scolaire de l’Énergie. «Il faut convaincre le ministère de l’Éducation qu’il existe un vide dans son offre parce que le métier de testeur numérique et d’assurance qualité n’est pas couvert.»

Sa collègue Caroline Fortin, agente de développement en formation continue au service aux entreprises de la même commission scolaire, considère que les employeurs doivent s’avancer plus loin que la traditionnelle lettre d’appui.

«On veut des gestes concrets, par exemple le fait de parrainer un jeune en stage à partir de l’outil que nous avons présentement», témoigne-t-elle. «On veut que les entreprises se mouillent, qu’elles prennent notre clientèle pour démontrer qu’elles ont de l’ouverture à accueillir un testeur.»

«Nous n’aurons pas l’accord du ministère de l’Éducation tant qu’on n’aura pas démontré qu’il y a une récurrence dans la demande d’emploi et un besoin de main-d’oeuvre dans ce secteur», croit M. Piché.

Programme non reconnu

L’outil dont parle Mme Fortin, c’est la formation Testeur numérique, un cours maison de 560 heures qui n’aboutit toutefois à aucune reconnaissance du ministère de l’Éducation. Le département de formation continue de la commission scolaire de l’Énergie s’apprête à la démarrer pour une troisième année consécutive, le 5 novembre. Offerte avec la collaboration d’Emploi-Québec, cette formation n’est dispensée qu’à une clientèle restreinte, qui n’est plus aux études.

«C’est très limitatif», explique M. Piché. «Des jeunes du secondaire nous téléphonaient quand nous avons démarré cette formation pour nous dire que ça les intéressait. Aussi stupide que ça puisse paraître, nous leur disions qu’il fallait lâcher l’école pendant un an et après, sur les programmes d’Emploi Québec, ils pourraient suivre la formation! Ça n’a ni queue ni tête.»

De plus, le fait que cette formation ne soit pas sanctionnée par le ministère de l’Éducation constitue un désavantage aux yeux des employeurs. Néanmoins, Comméléo Studios parraine l’initiative pour garder entre ses murs ceux qui la réussissent.

«Mais ils ne peuvent pas non plus embaucher nos dix finissants à chaque fois», fait remarquer Mme Fortin. Pour le moment, seulement cinq personnes sont inscrites à la prochaine session.

Afin d’assurer un bassin de main-d’oeuvre plus prévisible avec en main une formation reconnue, le duo travaille donc sur un diplôme d’études professionnelles en testeur numérique. Il s’agit d’une fonction recherchée par les employeurs, au point où ils doivent souvent confier cette tâche à des programmeurs.


« Un testeur de contenu numérique, un testeur d’assurance qualité, ça ne demande pas un niveau de complexité collégial, mais de formation professionnelle  »
Réal Piché

«On cherchait une façon de combler ce trou pour permettre aux entreprises de trouver une main-d’oeuvre qui serait plus rapidement qualifiée», souligne Mme Fortin.

«Un testeur de contenu numérique, un testeur d’assurance qualité, ça ne demande pas un niveau de complexité collégial, mais de formation professionnelle», croit M. Piché. «Il y a une niche. Le monde des technologies de l’information est en émergence, mais toutes les entreprises doivent faire des tests de qualité pour livrer des produits responsables, qui cadrent avec les demandes de leurs clients. L’assurance qualité est devenue incontournable.»

Une formation reconnue inciterait les entreprises à consacrer leurs ressources en programmation à ce qu’elles peuvent faire de mieux, tout en préparant une relève à partir de la base. La CS de l’Énergie croit que ce diplôme constituerait une première au Québec.

«On parle de testeur là-dedans, mais aussi d’assurance qualité, de cybersécurité», précise Mme Fortin. «Ce serait quelqu’un qui serait spécialisé, qui aurait le langage numérique en tête, des introductions à la programmation. Ce serait beaucoup plus complet que la formation que nous offrons présentement pour essayer de raccrocher une certaine clientèle.»

M. Piché croit même que ce DEP pourrait être réalisé en concomitance avec le parcours régulier. L’étudiant devrait conserver ses cours de mathématiques, de français et d’anglais, mais les autres matières seraient remplacées par celles du diplôme d’études professionnelles en testeur numérique. Il pourrait ainsi terminer son secondaire avec deux diplômes.

«Ça lui permettrait, s’il le souhaite, d’accéder au collégial», fait-il remarquer. Ce DEP pourrait aussi très bien compléter l’option Développement numérique et entrepreneuriat, à l’école secondaire des Chutes.