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La coopérative de solidarité santé Les Grès a ouvert ses portes le 4 décembre 1995. Sur la photo: Jacques Duranleau, le président fondateur de la coopérative, les docteurs Jacques Delorme et Daniel Gélinas, et François Chénier, ancien maire de Saint-Étienne-des-Grès.
La coopérative de solidarité santé Les Grès a ouvert ses portes le 4 décembre 1995. Sur la photo: Jacques Duranleau, le président fondateur de la coopérative, les docteurs Jacques Delorme et Daniel Gélinas, et François Chénier, ancien maire de Saint-Étienne-des-Grès.

La coopérative de solidarité santé Les Grès a 25 ans: une approche visionnaire

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
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Saint-Étienne-des-Grès — En ouvrant le 4 décembre 1995 la première coopérative de santé au Québec, les meneurs du projet à Saint-Étienne-des-Grès ont lancé un modèle qui a fait des petits partout au Québec.

Il y a un peu plus de 25 ans, Saint-Étienne se retrouvait sans médecin et sans pharmacie. Quelque 1000 personnes avaient déposé au bureau municipal une pétition demandant le retour de ces services. Le directeur général de la caisse Desjardins de Saint-Étienne de l’époque, Jacques Duranleau, a eu l’idée en novembre 1994 de réaliser ce projet par le biais d’une coopérative de service. Il est devenu le président fondateur de la coop.

«On cherchait un projet pour améliorer l’image du milieu. J’ai demandé à mon conseil d’administration de donner un coup de main pour régler ce problème-là», déclare M. Duranleau, à la retraite depuis janvier 2018 après avoir été le directeur général de la Caisse Desjardins de l’ouest de la Mauricie.

L’idée d’une coopérative de service de santé fait son chemin, mais les promoteurs ont une mauvaise surprise. Un tel modèle de coopérative n’existe pas dans la loi!

«Ça a été refusé par le ministère de l’Industrie et du Commerce, car ça ne s’était jamais vu. On a eu l’aide de M. Béland (Claude, alors président du Mouvement Desjardins) et de Desjardins. M. Paillé (Daniel, ministre de l’Industrie et du Commerce au sein du gouvernement Parizeau) a autorisé le projet. Il avait le pouvoir, comme ministre, de l’approuver et je le remercie», lance M. Duranleau.

François Chénier occupait la mairie lorsque la pétition a été déposée. Il se souvient que ce projet représentait tout un défi, l’inquiétude de la population étant facilement palpable. «Ça n’existait pas comme modèle. La pugnacité de M. Duranleau a forcé le gouvernement à modifier la loi des coopératives. On a pu régler le problème.»

La charte de coopérative de santé étant réglée, le projet progresse rapidement. L’assemblée générale de fondation se déroule en mars 1995. La coopérative compte 125 membres. Évalué à 800 000 $, le projet prévoit la construction d’une clinique.

Construire une bâtisse, c’est bien, mais ça prenait des médecins prêts à embarquer dans cette aventure pour en faire une clinique. Jacques Duranleau a des discussions avec le docteur Jacques Delorme.

«J’avais dit au docteur Delorme que je lui fournirais une clinique et 5000 patients. Il était d’accord. C’est lui qui a mis ça en marche. Et c’est un médecin qui prend le temps de jaser avec ses patients. C’est une philosophie de pratique. Il a des collègues qui lui ressemblent, qui ont le même type de pratique», souligne M. Duranleau.

François Chénier mentionne que dès 1994, il a consulté le CLSC de Trois-Rivières pour obtenir les services d’un médecin à raison de 15 heures par semaine. La démarche a échoué. Le maire n’a pas abandonné pour autant. Il a par la suite écrit à des médecins du Québec et à des facultés de médecine afin de voir si quelqu’un voulait venir travailler à Saint-Étienne.

«Le docteur Gélinas (Daniel) est venu me rencontrer. Entre-temps, le groupe Essaim et un dentiste sont intéressés. Ça commence à faire pas mal de monde. J’organise un 5 à 7 et j’invite M. Duranleau, le docteur Delorme est là. Ça n’a pas été long. Jacques Duranleau cherchait le moyen de réaliser une coopérative, c’est à ça qu’il avait pensé.»

Jacques Duranleau veut une coopérative, mais il veut être autonome. Voilà pourquoi il mise sur une campagne locale de financement de 100 000 $, le reste du montant étant financé par l’institution qu’il dirige.

«À Saint-Étienne, les gens sont faciles à mobiliser. Quand je suis devenu le maître d’oeuvre du projet, des entrepreneurs privés se sont offerts. On ne devait pas faire d’argent sur le dos des malades. Le 100 000 $, on l’avait à la mi-mai. En décembre, on était ouvert. Une de mes fiertés est d’avoir réalisé ce projet en neuf mois, avec l’argent local, nos emprunts, notre monde.»

La docteure Jacinthe Lemieux complétait le trio de médecins présents lors de l’ouverture de la clinique. Vingt-cinq ans plus tard, la clinique compte 12 médecins, dont le trio de médecins du début, des infirmières praticiennes spécialisées, des infirmières cliniciennes, des travailleuses sociales et 15 000 usagers. Une pharmacie est présente, de même que des cabinets de dentiste, d’optométriste et de psychologue et des services d’ostéopathie et de prise de sang. La bibliothèque municipale est à l’étage.

L’idée a été reprise à d’autres endroits au Québec. Le nombre de coopératives de solidarité de santé approche la cinquantaine, rappelle Jacques Duranleau.

«Le projet a donné un boom positif à la caisse, car tout le monde a reconnu que le mérite revenait à la caisse. Après 25 ans, les liquidités de la coop de santé sont bonnes, ça va numéro 1. Et surtout, beaucoup de gens ont été traités. Quand on a une clinique, on fait le suivi des gens. Cinq ans après le lancement, les gens de Saint-Étienne avaient un niveau de maladie plus faible, car ils allaient à leur rendez-vous. Et quand c’était grave, ils avaient accès à un service. Les gens sans accès au service de santé vont à l’urgence, mais il est souvent trop tard. Ça a été un projet gagnant-gagnant».

François Chénier se réjouit d’avoir vu une communauté s’organiser pour régler un problème qui la concernait.

«Comme maire, on a facilité les approches. La Municipalité avait des terrains où est la clinique et on a fait un bail emphytéote. Mais c’est le monde qui s’est pris en main. La coop de santé est un bien pour la collectivité de Saint-Étienne et c’est encore un trésor. Des médecins sont là depuis le début et on a un très bon service. L’anxiété de trouver un médecin, on ne l’a pas.»