Le conseillère du district des Vieilles-Forges, Mariannick Mercure. On reconnaît à ses côtés le conseiller de Pointe-du-Lac, François Bélisle.

La conseillère Mariannick Mercure victime d'insultes, de menaces et d'intimidation

TROIS-RIVIÈRES — «Épaisse, imbécile, conne», «Retourne dans ta cuisine», «Je suis allé voir où elle habite», «Je rêve de te mettre mon poing sur la yeule». Voici quelques exemples de propos haineux et menaçants que la conseillère du district des Vieilles-Forges à Trois-Rivières, Mariannick Mercure, a reçus depuis son implication en politique municipale.

La conseillère a publié cette liste de propos vendredi sur sa page Facebook, alors que l’on souligne la Journée internationale des droits des femmes. «C’est un ‘‘best of’’ que j’ai fait», avoue la conseillère municipale en entrevue.

Ces propos ont été reçus par Facebook ou carrément prononcés devant elle. Très souvent, ces messages haineux lui sont envoyés en raison du dossier de sécurité routière Vision zéro. «C’est souvent sur Facebook. Le monsieur qui me dit de retourner dans ma cuisine a fait un long message qui terminait par ‘‘retourne dans ta cuisine’’», mentionne Mariannick Mercure. «Du monde me fait des insultes uniquement car nous avons créé le comité de développement durable. Il y a différents contextes. Le projet domiciliaire sur le golf les Vieilles Forges et Vision zéro en ont suscité pas mal.»

En plus des commentaires haineux à son endroit, Mariannick Mercure a fait l’objet de menaces à son endroit lorsqu’un citoyen régulièrement impliqué dans le débat public à Trois-Rivières, qu’elle préfère ne pas nommer publiquement, lui a dit qu’il rêve de lui mettre son poing «sur la yeule». La conseillère avoue même qu’elle évite d’assister à une rencontre avec des fonctionnaires de la Ville lorsque cet homme est présent.

La conseillère municipale n’a pas voulu porter plainte à la police pour menaces. Elle explique qu’elle a déjà, avant son entrée en politique, porté plainte pour des menaces de meurtre qu’elle avait reçues et les policiers lui ont dit qu’il ne s’agissait pas de menaces selon la loi.

«On m’avait dit qu’une menace devait être très précise. Alors ‘‘je rêve de te mettre mon poing sur la yeule’’ je ne crois pas que ça soit une menace légalement. Mais, c’en est une», affirme-t-elle.

«Et l’homme qui est allé chercher mon adresse, pourquoi la chercher et décrire ça sur les réseaux sociaux? [...] Ce n’est pas une menace non plus, mais c’est définitivement intimidant.»

Mariannick Mecure n’entend pas se laisser abattre par tous les propos haineux et déplacés qu’elle reçoit. Elle a d’ailleurs complété sa publication sur sa page Facebook par un pied de nez à ces hommes en leur disant que malgré leur haine, elle n’arrêtera pas de faire son travail et de faire avancer les projets pour lesquels elle s’est fait élire.

«Messieurs, sachez que c’est avec la tête haute, en cette Journée des droits des femmes, que je dénonce vos propos. Vos campagnes de salissage, de désinformation et d’intimidation ne m’arrêteront pas. Je continuerai à défendre les idées pour lesquelles j’ai été élue: sécurité routière, environnement, démocratie et transparence», a-t-elle poursuivi.

Bien qu’elle savait qu’elle allait faire face à la critique lorsqu’elle a été élue, ce qui est tout à fait normal en démocratie, Mariannick Mercure ne pouvait jamais s’attendre à autant de violence à son endroit. Elle ne souhaitait toutefois pas avec sa sortie publique décourager les femmes de s’impliquer en politique.

Un climat qui se détériore

Conseiller du district Pointe-du-Lac depuis 2013, François Bélisle estime que le climat se détériore et que les propos déplacés ou haineux sont de plus en plus nombreux à l’endroit des politiciens. «Le climat au niveau de la politique se dégrade. Je le vois par rapport à mon autre mandat», a avoué M. Bélisle.

«Il y a une dégradation qui n’est pas seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes. J’ai vu des commentaires sur le conseiller Luc Tremblay (district de Châteaudun) qui disaient que dans d’autres pays, on réglerait son cas de d’autres façons. Sincèrement, ça veut dire quoi ça?», a ajouté le conseiller du district de Pointe-du-Lac en avouant que cela laisse sous-entendre le pire.

Ce climat malsain entraîné par les commentaires haineux laissés sur les médias sociaux engendre un sentiment de peur et d’inquiétude. Lorsque le débat sur le projet de diminuer les limites de vitesse à 40 km/h dans certaines rues de Trois-Rivières était très vif, les conseillers trifluviens craignaient le pire. «C’était rendu hallucinant ce débat. Il y a du monde qui se demandait même si quelqu’un n’arriverait pas avec une mitraillette un moment donné. On a vu ce qui s’est passé à la grande mosquée de Québec», a également mentionné le conseiller. «Il faut ramener un débat plus sain. On n’est pas en Bosnie ou en Syrie, les gens peuvent se parler.»

Lui-même avocat, François Bélisle estime qu’il ne faut pas laisser passer des menaces. Il croit que les élus municipaux doivent réagir face à des menaces et même envoyer des mises en demeure pour que cessent de tels comportements qui briment le travail des représentants des citoyens.

De vive voix ou sur Facebook, les menaces sont criminelles

«Je rêve de te mettre mon poing sur la yeule» constitue bel et bien une menace aux yeux de la loi, confirme le porte-parole du Service de police de Trois-Rivières, le sergent Luc Mongrain. Ce dernier explique toutefois que des propos haineux ne sont pas nécessairement des menaces. «Des propos haineux sont sans risque pour l’intégrité physique, mais dès qu’il y a une connotation de vouloir s’en prendre à la personne ou une parole qui va faire craindre pour celui qui la reçoit, pour sa sécurité parce qu’il pense que la personne qui la dit pourrait mettre ses propos à exécution, on prend une plainte de menace», soutient Luc Mongrain. «Une parole qui peut être interprétée dans plusieurs sens ne constitue toutefois pas une menace parce que ça laisse présager plusieurs contextes. Mais quand on dit, ‘‘j’vais te casser les deux jambes ou te mettre mon poing sur la gueule’’, c’est une menace qui est directement reliée à l’intégrité physique.» Que des propos menaçants soient prononcés de vive voix ou via un réseau social, ça n’a aucune importance. Ils n’ont pas moins d’impacts sur la personne visée si c’est écrit sur Facebook, mentionne le sergent Luc Mongrain.