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Irina Gato, entourée d'Eduardo Pena Chiang et de Ivia Gato Arano, trois ressortissants cubains installés à Trois-Rivières.
Irina Gato, entourée d'Eduardo Pena Chiang et de Ivia Gato Arano, trois ressortissants cubains installés à Trois-Rivières.

La communauté cubano-canadienne de Trois-Rivières inquiète et révoltée

Alexis Lambert
Alexis Lambert
Le Nouvelliste
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Des Cubains de Trois-Rivières sont à la fois inquiets et révoltés par ce qui se passe actuellement dans leur pays d’origine. Depuis le 11 juillet, des milliers de manifestants envahissent les rues de l’île à la suite de pénuries de médicaments et de nourriture.

Dans une lettre, 17 Trifluviens d’origine cubaine dénoncent les problématiques structurelles vécues par la population cubaine. Bien que l’information relayée par les instances du pouvoir cubain indique que les manifestations sont causées par les pénuries et la pandémie, la situation est beaucoup plus complexe, soutiennent-ils.

Ceux-ci affirment que «cette lettre n’a pas l’intention de faire une analyse détaillée de la situation, mais se veut plutôt un moyen de partager nos sentiments et notre vision de la situation».

Ils dénoncent entre autres le système économique qu’ils jugent «inefficace, injuste et épuisé».

Pour Irina Gato, principale signataire de la lettre, la bureaucratie gouvernementale cause des problèmes: «Il y a des limitations qui ne permettent pas le développement interne», indique-t-elle, donnant l’exemple des agriculteurs qui ne peuvent pas vendre directement leurs produits, ce qui cause parfois du gaspillage alimentaire.

Pas que la pandémie

La République socialiste est en proie à de graves problèmes. C’est le résultat de la fin du Bloc de l’Est en 1991, mais aussi de l’embargo américain en vigueur depuis 1962, quoiqu’assoupli en 1998. Présentement, ce dernier limite la commercialisation sur l’île. «Ça empêche le commerce avec crédit», explique Mme Gato.

«Les causes de ces manifestations si importantes vont bien au-delà de la mauvaise gestion de la crise sanitaire reliée à la COVID-19 et du fait que Cuba est en train de vivre le pire moment d’une crise économique de plus de 30 ans», peut-on lire dans la lettre. Pour Irina Gato, les manifestations représentent une volonté de changement du peuple: «Les pénuries et la crise économique sont la goutte qui a fait déborder le vase», explique-t-elle.

L’île est constamment en insécurité depuis les années 90. «Avant les années 90, on [Cuba] avait des grosses subventions qui permettaient d’avoir un niveau de vie assez agréable».

Après la fin des soutiens financiers de ses principaux alliés (Russie et Venezuela), Cuba a réussi tant bien que mal à continuer de survivre, grâce à l’industrie du tourisme qui y est florissante, continue Mme Gato. Depuis plus d’un an, les complications liées à la pandémie ont cependant causé de graves problèmes financiers.

Le gouvernement n’a pas la volonté ni même les moyens de se tourner vers une économie globale, souligne Mme Gato. Ces problèmes sont de plus en plus connus notamment depuis l’arrivée d’Internet sur l’île en 2018, qui a permis l’accès à l’information et des critiques du régime de la part d’observateurs intérieurs et extérieurs.

À la suite de messages sur les réseaux sociaux, des milliers de gens sont sortis dans les rues pour manifester. «Les gens criaient “Liberté!‘[...] Des travailleurs, des médecins et des étudiants ont exprimé pacifiquement leur volonté de changement» raconte-t-elle.

Le président actuel Miguel Diaz-Canel et l’ancien dirigeant Raúl Castro ont mis en place des mesures pour contrer les manifestations. «Suite aux manifestations, le gouvernement a tout de suite coupé la communication interne», raconte Mme Gato. Ce contrôle de l’information fait en sorte qu’une partie de la population n’est pas nécessairement au courant de ce qui se passe et les gens sont désinformés. «Il y a des mensonges explicites du gouvernement», souligne Mme Gato, qui rappelle que le gouvernement cubain a aussi exercé de la répression sur ses citoyens. Comme les signataires de la lettre le spécifient, plus de 500 personnes sont à l’heure actuelle détenues ou portées disparues.

Par cette lettre ouverte, les signataires veulent montrer leur soutien pour un changement dans leur pays d’origine. Cependant, ils sont conscients de présenter un point de vue spécifique. «Des gens de la communauté ne sont peut-être pas d’accord», conclut Mme Gato.