L’avenue de Grand-Mère pourrait-elle devenir un sens unique... dans l’autre sens?
L’avenue de Grand-Mère pourrait-elle devenir un sens unique... dans l’autre sens?

La circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère remise aux calendes grecques

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — À chaque fois que la Ville de Shawinigan évoque la possibilité de réintroduire la circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère, elle ne parvient pas à recueillir les appuis nécessaires à l’élaboration de ce projet. Après qu’une commerçante eût dépoussiéré cette idée en octobre, l’administration municipale a reçu une telle opposition qu’une fois de plus, elle décide de repousser ce changement aux calendes grecques.

Lors de la dernière séance régulière du conseil municipal, André Grosleau a profité de la période de questions pour demander au maire une mise à jour de ce dossier.

En octobre, Christiane Jacob, propriétaire de l’institut de beauté Nos secrets de Jouvence, avait demandé aux élus d’étudier à nouveau la pertinence de permettre la circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère. Elle prétendait alors avoir obtenu l’appui d’une vingtaine de commerçants dans sa démarche.

Par contre, lors de la même séance, Catherine Durocher, actionnaire du dépanneur Le Complexe, prévenait qu’un fort vent de face se lèverait si les élus entreprenaient les démarches pour effectuer ce changement. Il ne s’agissait visiblement pas d’un simple coup de semonce.

«Si une très grande majorité de commerçants souhaitent avoir un double sens, le conseil municipal sera à l’écoute», réitère Michel Angers. «Mais après la dernière fois, une pétition est arrivée tout de suite de certains commerçants, mais aussi de la population autour qui ont dit qu’ils n’en voulaient pas. À partir du moment où nous avons reçu cette pétition, j’ai téléphoné à la dame pour lui dire que le conseil municipal n’irait certainement pas de l’avant, devant aussi peu d’intérêt et d’une volonté assez grande de ne pas transformer cette route à double sens. Pour nous, le dossier est clos. On ne se battra certainement pas contre les citoyens là-dessus.»

En mai 2018, la Ville avait convoqué 170 commerçants à une rencontre de consultation portant sur la pertinence de permettre la circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère. Une vingtaine de personnes s’étaient déplacées, ce qui envoyait déjà un signal de l’intérêt plutôt mitigé envers cette proposition.

Sens unique dans l’autre sens?

Mme Jacob reconnaît qu’aux premières accumulations cet automne, elle a observé le travail des équipes de déneigement et elle imagine très bien les problèmes qui pourraient survenir sur l’avenue de Grand-Mère avec une circulation à double sens.

«Nous avons vécu une petite tempête et c’était vraiment un calvaire», soupire-t-elle. «Il n’y avait qu’une auto de large qui passait. Je comprends quand les résidants disent que ça ne passerait pas, à double sens. Il faudrait faire beaucoup de travaux, défaire des trottoirs.»

La femme d’affaires ne veut toutefois pas rester en rester là. Elle suggère maintenant d’inverser les directions des sens uniques sur l’avenue de Grand-Mère et la 5e Avenue. Les conducteurs qui circuleraient en direction nord arriveraient donc directement sur la principale artère commerciale du secteur.

«Selon moi, le dossier n’est pas fermé», commente-t-elle. «J’ai apporté une autre solution: s’il n’y a pas de double sens, il faudrait au moins que ce soit possible d’entrer par l’avenue de Grand-Mère. On aurait directement accès à la zone commerciale, plutôt que de devoir se rendre à l’autre bout (de la 5e Avenue). Des gens sont tannés de devoir faire toute la ville à l’envers avant de remonter l’avenue de Grand-Mère. On n’entre pas par la bonne place! L’avenue de Grand-Mère est annoncée sur l’autoroute et personne ne sait où elle est.»

Mme Durocher, dont le dépanneur est situé sur la 5e Avenue, sursaute un peu en prenant connaissance de cette proposition.

«Je ne vois pas la plus-value», laisse-t-elle tomber. «Il faudrait donc descendre la côte à Grondin? Je pense que ce n’est pas une bonne idée. Imaginez le monsieur avec son pick-up et son beau bateau qui descend cette côte vers la marina!»

«Pourquoi faudrait-il absolument dépenser de l’argent pour changer les choses?», questionne Mme Durocher. «Si la dame a de la difficulté avec le fait que son commerce n’est pas sur le bon sens de la circulation, rien ne l’empêche de changer sa place d’affaires! Elle aime beaucoup le centre-ville de Shawinigan et il y a plein de locaux libres... Moi, si j’avais trouvé que mon dépanneur était mal situé, je ne l’aurais pas acheté. Je n’aurais pas demandé à la Ville de changer la circulation de bord.»

«S’il faut faire une consultation, on verra ce que les autres commerçants auront à dire là-dessus. Mais selon moi, c’est du niaisage et de la perte de temps.»

À tout le moins, les deux femmes s’entendent sur l’importance d’unir les commerçants du secteur autour d’un nouveau regroupement, dont la forme reste à établir. L’Association des gens d’affaires de Grand-Mère a mis fin à ses activités en septembre 2018.