Jean-Marie Lafortune, président de la Fédération québécoise de professeur(e)s d’université.

La cause profonde du lock-out?

TROIS-RIVIÈRES — Le recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Daniel McMahon, de même que son conseil d’administration font l’objet de nombreuses critiques pour avoir imposé un lock-out aux professeurs. Le président de la Fédération québécoise des professeur(es) d’université, Jean-Marie Lafortune, amène toutefois le débat un peu plus profondément et pointe aussi le sous-financement des universités.

Ce sous-financement fait en sorte que les administrations universitaires ne disposent pas de marges de manœuvre, en particulier celles qui ne peuvent pas compter sur une fondation importante ou celles qui ne peuvent avoir de revenus d’autres sources que de leurs effectifs étudiants à plein temps. Ces derniers représentent 91 % du fonds de fonctionnement des universités, précise-t-il.

Cette réalité, estime Jean-Marie Lafortune, aurait dû amener les administrations «à des choix budgétaires précis et à éviter d’investir dans la pierre». Toutefois, le contraire semble s’être passé. Les effectifs étudiants étant leur source principale de revenus, des universités comme l’UQTR ont plutôt eu tendance à se disperser en créant des campus et points de services aux quatre coins du Québec pour aller là où se trouvent les bassins d’étudiants, «car le financement est lié aux inscriptions», rappelle-t-il.

Le cas de la construction du campus de Drummondville par l’UQTR en est un exemple.

L’UQTR possède aussi ce qu’elle appelle des Centres universitaires à Joliette, à l’Assomption, à Longueuil, Saint-Hyacinthe, Sorel-Tracy, Terrebonne, Vallée-du-Haut-Saint-Laurent et Victoriaville.

En s’éparpillant ainsi, «ces directions-là privent les membres de la communauté universitaire, les professeurs et les chargés de cours, de conditions de travail comparables à nos homologues canadiens pour dégager des marges de manœuvre afin d’investir dans la pierre. Elles espèrent comme ça aller se faire des inscriptions», estime M. Lafortune.

Or, «les inscriptions ne sont pas toujours au rendez-vous», fait-il valoir. «Les membres de la communauté universitaire auront payé pour le développement de campus délocalisés. C’est en les privant de conditions de travail qu’on aura financé ça», croit-il.

«Dans le cas de l’UQTR, le problème est lié à cette direction-là, à la gestion et dans un contexte plus large de sous-financement du réseau universitaire», résume-t-il.

Le gouvernement «a privé les universités de 125 millions $, en 2012», rappelle-t-il. Ce montant «n’a jamais été remis. On a estimé qu’entre 2012 et 2016, c’est de près de 1 milliard $ qu’on avait privé le réseau universitaire uniquement en fonds de fonctionnement», rappelle M. Lafortune. Malgré un refinancement récent de 265 millions $ de la part de l’État, on est très loin de 2012, plaide M. Lafortune.