Entourée du premier ministre François Legault et de la vice-première ministre Geneviève Guilbault, Joëlle Boutin devient la 76e représentante de la Coalition avenir Québec parmi les 125 députés de l’Assemblée nationale.

La caquiste Joëlle Boutin fait tomber le château fort libéral dans Jean-Talon

Le château fort est tombé sans ménagement. Lundi soir, la caquiste Joëlle Boutin a été élue députée de Jean-Talon, à Québec, raflant plus de 43 % du vote. La mère de famille de 40 ans met fin à un règne libéral de plus de 50 ans, infligeant au passage une autre défaite amère à Gertrude Bourdon.

«Québec est libérée des libéraux!» a clamé au micro un premier ministre François Legault pas peu fier de sa nouvelle recrue, alors que la compilation des résultats se poursuivait et ne faisait qu’accentuer l’avance de sa 76e députée.

La Rive-Nord de Québec compte dorénavant neuf députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) sur 11 circonscriptions provinciales, les deux autres appartenant à Québec solidaire. Les libéraux perdent surtout leur seule représentation à l’est de Montréal.

«Joëlle a réussi! Joëlle a réussi à faire tomber le dernier bastion libéral à l’est de Montréal! Depuis un an, il y avait un grand vent de changement au Québec. Mais, il restait une petite forteresse, une circonscription qui ne dérougissait pas depuis plus de 50 ans. L’année dernière, Joëlle l’a ébranlée et aujourd’hui, elle l’a fait basculer!» a lancé M. Legault, dans un Boston Pizza du chemin Sainte-Foy rempli d’élus et de sympathisants à la fête.

Quatorze mois après que la CAQ se soit installée au pouvoir, l’élection partielle dans la circonscription couvrant Sainte-Foy et Sillery a été provoquée par la démission de l’ancien ministre et député libéral Sébastien Proulx, fin août.

Mme Boutin devient la 76e représentante de la CAQ parmi les 125 députés de l’Assemblée nationale. La plus importante représentation pour un même parti au parlement québécois en plus de 15 ans, égalant les premiers mois du premier mandat des libéraux de Jean Charest, en 2003-2004. Elle fait passer le nombre de femmes à 55 sur les 125, une 30e caquiste.

«J’ai rêvé de dire ça»

«C’est une victoire historique! J’ai rêvé de dire ça : “C’est une victoire historique dans Jean-Talon.” Et ça arrive maintenant», s’est réjoui la nouvelle députée, après avoir fait son entrée dans le restaurant-bar sous les acclamations et de la musique boum-boum.

À LIRE AUSSI: La chronique de Jean-Marc Salvet: Le cadeau de Noël de la CAQ

Ancienne pilote d’avion et femme d’affaires, celle qui était depuis ses élections perdantes de 2018 la directrice de cabinet du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, député de La Peltrie, a d’ailleurs mis ses nouveaux camarades de travail en garde. «Je voudrais dire à mes collègues, notamment à mes collègues ministres : “Préparez-vous, je sais comment faire avancer des dossiers!”» a-t-elle prévenu, alors qu’un bon nombre était dans la salle.

Car pour comprendre la confiance qui habitait la CAQ, fallait voir la grande majorité de la députation présente à cette soirée électorale. Les élus caquistes ont mis la main à la pâte depuis un mois, certains arrivant même à la soirée de victoire en provenance d’une ultime séance de porte-à-porte dans les rues de Jean-Talon, pour faire sortir le vote.

Un travail que la nouvelle députée et le premier ministre ont chacun souligné à grands traits. «Je n’ai jamais vu 75 députés se démener autant pour en avoir une 76e!» a confirmé M. Legault.

Bourdon continue

En place dans Jean-Talon depuis la victoire de Henri Beaupré lors de la première élection dans la circonscription, en 1966, le Parti libéral du Québec (PLQ) perd sa dernière circonscription à l’est de Montréal. Évincé du pouvoir en 2018, le PLQ a également perdu les trois dernières partielles aux mains de la CAQ, les deux plus récentes au cours de la présente législature.

Précisons que le château fort libéral n’était pas si fort. Dans les années 1990, Margaret Delisle avait sauvé la mise par seulement 25 voix, en 1994, puis par 156, en 1998.

Mais la défaite libérale fait mal, considérant qu’il s’agit d’un deuxième revers en 14 mois pour Mme Bourdon, candidate vedette pour ainsi dire volée à la CAQ l’an dernier. Ancienne infirmière devenue directrice générale du CHU de Québec, elle avait alors connu des débuts politiques difficiles, terminant troisième dans la circonscription de Jean-Lesage, aussi à Québec.

La femme de 64 ans assure rester militante du parti. Elle ne peut se prononcer pour la suite des choses, mais les portes demeurent ouvertes. «J’ai le privilège d’aimer ça, la politique. Alors c’est sûr que je continue d’être là et de m’impliquer», a-t-elle confié.

Des 46 857 électeurs, environ 49 % se sont exprimés, dont 20 % lors du vote par anticipation, il y a une semaine.

Le secteur de Sainte-Foy–Sillery a maintenant deux députés prénommés Joël (le), avec le libéral Joël Lightbound au fédéral.  

+

DES SOUVERAINISTES PARTIS À QUÉBEC SOLIDAIRE, MAIS AUSSI À LA CAQ

La défaite du Parti libéral du Québec dans une circonscription qu’il détenait depuis plus de 50 ans cache une autre défaite cuisante encaissée lundi soir, celle du Parti québécois (PQ). Loin au quatrième rang et même pas en voie d’obtenir le seuil psychologique de 10 % des votes, le candidat péquiste s’est avoué très déçu.

«C’est sûr que c’est décevant», a laissé tomber au bout du téléphone Sylvain Barrette, joint à son local électoral du chemin Sainte-Foy, en fin de soirée. «Il y a des gens en larmes, autour de moi. J’ai reçu beaucoup de mots d’encouragement, mais c’est difficile pour toute l’équipe», a reconnu celui qui avait aussi terminé quatrième aux élections générales de l’an dernier, mais avec 14,5 % du suffrage.

«J’espérais faire mieux que la dernière fois», a reconnu l‘enseignant en musique à la retraite. «La vague antilibérale était tellement forte, il y a un an, que je croyais qu’on ferait mieux cette fois-ci. Mais il semble que les circonstances de 2018 soient encore là.

«Je n’ai pas de doute que l’option souverainiste reste présente, mais on a tort d’additionner Québec solidaire [QS] et Parti québécois pour avoir le vote souverainiste. Il y a autant de souverainistes à la CAQ qu’à QS!» constate l’homme de 61 ans.

M. Barrette reste convaincu que son parti «a encore des choses à donner», mais convient du même souffle qu’avec moins de 10 % des électeurs dans son camp, «il serait prétentieux» de dire que le PQ n’a pas besoin de se renouveler.

Quant à son avenir personnel, celui qui maîtrise l’orgue et le clavecin estime que le temps de sa réflexion personnelle se fera plus tard.  Avec Judith Desmeules