Après avoir passé quatre mois à réaménager et à nettoyer leur commerce, Johanne Prince et Serge Lajoie sont presque prêts à ouvrir à nouveau leur boutique.

La boutique Cadeaux chez Guy rouvrira vers la mi-novembre

Shawinigan — Un peu plus de quatre mois après l’incendie qui a forcé la fermeture de Cadeaux chez Guy, à Shawinigan, ses propriétaires s’apprêtent à la rouvrir vers la mi-novembre, une décision qu’ils ont prise en raison de la demande toujours aussi forte de la part de leurs clients.

«Si on rouvre, c’est vraiment à cause des gens qui nous appellent chaque semaine pour nous demander quand la boutique sera de nouveau ouverte, confirme Johanne Prince, copropriétaire de Cadeaux chez Guy. Et puis, on ne voulait pas partir sur une note négative, après un feu.»

Selon Mme Prince, les habitués de la boutique étaient d’ailleurs nombreux à se présenter à la boutique du centre-ville lorsqu’elle a été ouverte pour une journée de vente de liquidation, en juillet. Il faut dire qu’en 35 ans d’existence, le magasin est devenu une véritable institution dans la région et attire des gens, année après année, venant d’au-delà des frontières de la Mauricie. Cette réouverture est apparemment attendue aussi par d’autres commerçants du centre-ville de Shawinigan, d’après Serge Lajoie, conjoint de Mme Prince et copropriétaire de la boutique.

«Ça va ramener de l’achalandage au centre-ville. On me le dit, que depuis que Cadeaux chez Guy a fermé, il y a eu une baisse de l’achalandage», souligne-t-il.

Ardues négociations avec l’assureur

Remettre en état le magasin qui a été sérieusement endommagé par la fumée et l’eau n’a pas été une mince affaire. Mme Prince et M. Lajoie sont presque devenus des experts en assurances à force de devoir négocier avec la compagnie qui les assure.

«Au départ, on ne connaissait rien à ça. On a réussi à avoir de bonnes ententes, mais il fallait rester alerte. Je crois que les experts que l’assureur a envoyés sur place ne s’attendaient pas à ce que ce soit si large, la quantité de petites choses qui font du magasin ce qu’il est et qu’on voulait absolument conserver», poursuit Mme Prince.

Les copropriétaires ont d’ailleurs tenu à nettoyer eux-mêmes leurs éléments de décor et leur marchandise fragile, un véritable travail de moine. En fin de compte, l’opération de nettoyage et les travaux de réparation et de réaménagement de la boutique ont coûté près de 800 000 $, dont une grande partie, heureusement, a été couverte par l’assureur. Malgré les désaccords qui sont survenus avec celui-ci au gré des discussions, le couple tient à préciser qu’ils sont très satisfaits du service qu’ils ont reçu.

Mobilisation inattendue

En plus de la démonstration d’amour dont ont fait preuve leurs clients, Johanne Prince et Serge Lajoie sont restés surpris du nombre de personnes qui se sont portées volontaires pour les aider, bénévolement, à remettre leur commerce en état.

«Dans les moments cruciaux, on a vu des gens qu’on ne connaissait même pas offrir leur aide. C’est le cas d’une fille qu’on ne connaissait pas avant et qui vient encore aujourd’hui nous aider. Ç’a été aussi une aide psychologique et morale, puisque des fois, j’avais envie de tout laisser aller. Mais c’était trop dur de tirer la plogue», raconte Mme Prince.

Une connaissance de M. Lajoie a même offert au couple d’entreposer une grande partie de la marchandise qui a pu être sauvée.

La suite des choses

À deux semaines environ de la réouverture de Cadeaux chez Guy, le plus gros du travail est fait. La boutique de Noël a été complètement restaurée et il ne manque que les présentoirs, quelques meubles et les marchandises au rez-de-chaussée. Mais il reste encore quelques défis à surmonter pour assurer le bon fonctionnement de la boutique. Le plus stressant pour Mme Prince est celui de la main-d’œuvre. 

Après l’incendie, elle a perdu sept employés, qui se sont retrouvés malgré eux -et malgré leurs employeurs - au chômage. Parmi ces employés se trouvait la fille de M. Lajoie, Sonia, qui a préféré démissionner en raison du trop-plein d’émotions que l’incendie lui a fait vivre.

«Elle a perdu son enfant il y a deux ans dans un accident de moto. Quand elle est entrée dans le commerce pour la première fois après l’incendie et qu’elle a vu, dans l’entrepôt, les murs et le plafond arrachés, c’était trop pour elle. Ça lui a fait un deuxième choc», témoigne Mme Prince.

Les copropriétaires de Cadeaux chez Guy doivent donc reconstituer une nouvelle équipe, en laquelle ils pourront avoir une entière confiance avant de leur confier le projet de leur vie. Ce qui, en 2018, n’est pas une mince affaire.

«La pénurie de main-d’œuvre, on la vit nous aussi, atteste Mme Prince. Pour repartir la boutique, je suis correct, mais après... On ne s’occupait plus tellement du magasin, Serge et moi. J’avais une belle équipe qui s’en chargeait très bien. Là, on va devoir retourner travailler dans la boutique, au moins au début.»
À 66 et 76 ans respectivement, Mme Prince et M. Lajoie se voient donc forcés de retourner travailler, du moins, temporairement. Mais pour eux, il valait mieux ça que d’abandonner le projet qui leur tient toujours autant à cœur.

«J’ai eu des offres pour racheter la bâtisse et le commerce, confirme Mme Prince. Mais les gens n’avaient pas la même vision que nous et je ne veux pas que ça devienne un magasin de seconde main. Ici, ça prend du stock de qualité, c’est ce qui a fait notre réputation.»