Julie Loranger ainsi que le conseiller municipal du district de La Vérendrye, Dany Carpentier.

Kruger: des odeurs qui dérangent

Trois-Rivières — Visiblement, les problèmes d’odeurs persistent aux alentours de l’usine Kruger de Trois-Rivières. Pendant que plusieurs citoyens signalent le problème depuis près d’un an maintenant, on apprend qu’un avis de non-conformité a même été envoyé à l’entreprise par le ministère de l’Environnement en mai dernier, forçant Kruger à apporter des correctifs qui, au nez des citoyens, n’ont toujours pas eu l’effet escompté.

On se souviendra que plusieurs citoyens se plaignaient des odeurs nauséabondes qui persistaient dans certains secteurs résidentiels aux alentours de l’usine Kruger l’an dernier, des odeurs qui semblaient plus importantes depuis la conversion de la machine 10. Le ministère de l’Environnement a procédé à certaines analyses après avoir reçu des plaintes.

Le Nouvelliste a eu la confirmation qu’un avis de non-conformité a effectivement été transmis à l’entreprise le 14 mai dernier, la sommant d’apporter des correctifs. «À la suite de la réception de cet avis de non-conformité, l’entreprise a transmis un plan correcteur, dans lequel plusieurs actions étaient prévues pour résoudre la problématique, notamment l’installation d’un système de neutralisation des odeurs», résume Daniel Messier, conseiller en communication et porte-parole régional du ministère de l’Environnement.

Selon M. Messier, le système de neutralisation des odeurs a été mis en fonction le 1er août dernier. «Depuis cette date, le ministère n’a reçu qu’une plainte, le 1er août. Considérant que des odeurs seraient toujours perceptibles, bien que le ministère n’ait reçu aucune plainte à cet effet, l’entreprise poursuit ses différentes démarches et vérifications. Des mesures supplémentaires pourraient être mises en place, si nécessaire. Le ministère assure le suivi requis, de façon rigoureuse, des démarches de l’entreprise pour la mise en place des actions correctives dans les délais prévus au plan correcteur», ajoute Daniel Messier.

Chez les citoyens, on reconnaît que le problème ne s’est pas réglé. Pour Julie Loranger, une résidente du boulevard de la Commune, aucune amélioration n’a été constatée cet été. «On s’en parle beaucoup entre nous, dans le voisinage. C’est toujours aussi fort comme odeur. Au point de devoir fermer les fenêtres, même en plein été. C’est tellement désagréable», signale la dame, qui dit avoir cessé de porter plainte au ministère de l’Environnement après quelque temps. Toutefois, sachant désormais qu’un avis de non-conformité leur avait été transmis et que le problème persiste encore, elle entend formuler de nouvelles plaintes pour s’assurer d’un bon suivi.

Le conseiller municipal du secteur, Dany Carpentier, confirme que d’autres citoyens se sont adressés à lui afin de se plaindre de cette situation, alors qu’il se dit lui-même exaspéré de ces odeurs comme résident du secteur. «Même sans que les gens n’aient besoin de venir m’en parler, je le constate. Je sors de chez moi, et ça sent!», lance-t-il.

Dany Carpentier indique avoir multiplié les démarches auprès de Kruger, du député de Trois-Rivières et même du cabinet de la ministre de l’Environnement, mais sans véritablement avoir une réponse claire. «On se retrouve face à une qualité de l’air qui est douteuse, et on se bute à des délais administratifs. C’est choquant parce que c’est la qualité de vie des citoyens qui est brimée. Je comprends que Trois-Rivières a un passé industriel, je comprends aussi que Kruger est un employeur important, mais il faut aussi arriver en 2018 et ne pas tolérer ça», constate M. Carpentier.

En fin de journée lundi, le conseiller municipal a enfin pu avoir un contact avec un représentant des affaires publiques de chez Kruger, et une rencontre devrait avoir lieu sous peu pour en discuter.

Kruger
Devant cette situation, l’entreprise a réagi en fin d’après-midi, lundi. Par le biais de son directeur des affaires publiques Jean Majeau, Kruger a d’abord présenté ses excuses aux citoyens touchés. «Nous sommes sincèrement désolés des inconvénients causés par notre nouveau procédé de transformation. On peut rassurer la population que nous ne restons pas les bras croisés», affirme Jean Majeau.

Ce dernier explique que l’entreprise croyait avoir trouvé la source des mauvaises odeurs en intervenant du côté des boues de fabrication afin de les évacuer plus rapidement et en vaporisant un agent neutralisant. Toutefois, d’autres sources de mauvaises odeurs ont également été évaluées et l’entreprise compte intervenir rapidement pour en diminuer les impacts.

L’entreposage de vieux cartons servant à la fabrication du carton recyclé, le nouveau produit développé par Kruger, pourrait aussi avoir un rôle à jouer dans cette histoire, alors que le tout se retrouve près de points d’eau stagnante. «Nous allons colmater les endroits où s’accumulait cette eau, et qui pourraient aussi être à la source de mauvaises odeurs. Avec les agents neutralisants et l’évacuation plus rapide des boues, nous croyons que ça permettra de régler le problème», espère Jean Majeau.

Ce dernier explique avoir l’intention, à très court terme, de mettre en place un système de communication direct avec les citoyens. «Nous allons mettre en place un système de ligne téléphonique et de courriel où les gens pourront nous joindre directement lorsqu’ils perçoivent des odeurs. On cherche ainsi à éliminer les intermédiaires entre nous et le citoyen, car ça peut parfois faire perdre du temps précieux où on aurait pu agir plus vite», signale M. Majeau, qui ajoute vouloir aussi organiser très prochainement des journées portes ouvertes pour les citoyens, afin qu’ils viennent non seulement constater par eux-mêmes les efforts qui sont déployés pour améliorer la situation, mais aussi qu’ils viennent se renseigner sur ce nouveau procédé mis en place à Trois-Rivières et qui est réputé comme l’un des meilleurs produits de carton en Amérique du Nord, rapporte-t-il.