Richard Vallières

Vol de sirop d'érable: lourde sentence pour Richard Vallières

Richard Vallières demeurera en prison pour un bout le temps. Celui qui est considéré comme étant une des têtes dirigeantes du célèbre vol de sirop d'érable d'une valeur de 18 millions de dollars écope d'une peine d'emprisonnement de huit ans qui pourrait se prolonger de six autres années si jamais il ne peut rembourser les 10 millions de dollars exigés par le tribunal en amendes compensatoires.
Vallières est un des nombreux individus à avoir été piégés à la suite de cet important vol réalisé en 2011 et en 2012 à un entrepôt de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec à Saint-Louis-de-Blandford. Le verdict du juge Raymond W. Pronovost était fortement attendu dans cette cause et le président du tribunal a insisté sur le rôle important de l'individu de 38 ans dans ce vol. Rappelant qu'Avik Caron s'occupait de voler le sirop, le juge a mentionné que la vente du produit était l'affaire de Richard Vallières.
Le juge n'a d'ailleurs pas mis de gants blancs lorsqu'il a parlé de Richard Vallières.
«Tout ce qui l'intéresse est l'appât du gain. Cet individu n'a aucun respect pour qui que ce soit et se moque du système judiciaire. La sincérité et l'honnêteté ne sont pas son pain quotidien.»
La Couronne demandait que la cour impose à Richard et à son père Raymond Vallières le versement de 18,5 millions de dollars à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec en dédommagement. Le juge est d'avis qu'il est utopique de penser que le duo peut rembourser une telle somme, mais se rend aux arguments de la poursuite et condamne Richard Vallières à verser 10 millions de dollars en amendes compensatoires d'ici 10 ans. Le juge s'est basé sur une déclaration de Vallières durant le processus judiciaire selon laquelle ses revenus provenant de ce crime ont été de 10 millions de dollars.
Le résident de Québec est incarcéré depuis novembre 2016, alors qu'il a été trouvé coupable de ces trois accusations. 
En soustrayant le temps purgé en détention provisoire, la peine nette est de 88 mois.
Raymond Vallières
Raymond Vallières reçoit une peine d'emprisonnement de deux ans moins un jour à purger dans la collectivité. L'individu de 62 ans, domicilié à Saint-Bernard (au sud de Lévis), devra également verser une amende compensatoire de 9840 $ d'ici un an. S'il ne paie pas l'amende, six mois de prison seront ajoutés à sa peine.
Raymond Vallières a été trouvé coupable de possession dans le but de trafic de sirop recelé. Le juge Pronovost indique qu'il se trouvait dans le bas de la hiérarchie de l'organisation, laissant son fils Richard utiliser son érablière pour commettre ses actes. «Il a participé au crime en voulant protéger son fils. Ce n'est pas par l'opportunité du gain», a mentionné le juge.
Étienne Saint-Pierre
La même peine d'emprisonnement a été imposée à Étienne Saint-Pierre. Ce Néo-Brunswickois de 73 ans est le propriétaire de l'entreprise S.K. Export, spécialisée dans l'exportation de sirop d'érable. L'entreprise a acheté de Richard Vallières du sirop d'érable d'une valeur dépassant les deux millions de dollars en 2011 et en 2012. Selon des documents soumis à la cour, des ventes de sirop d'érable conclues en 2011 et 2012 à diverses compagnies s'élèvent à près de 1 030 000 $. C'est cette somme que doit remettre Étienne Saint-Pierre d'ici 15 ans ou une peine de prison supplémentaire de cinq ans sera imposée.
«L'accusé prétend qu'il ne savait pas (que le sirop d'érable avait été volé), mais la quantité achetée aurait dû lui mettre la puce à l'oreille», soutient le juge Pronovost.
Raymond Vallières et Étienne Saint-Pierre sont soumis à une période de probation de trois ans.
Me Julien Beauchamp-Laliberté, procureur de la Couronne dans ce dossier, était évidemment heureux des décisions du juge Pronovost.
«Ce sont des sentences sévères pour des crimes graves et inusités. Les sentences représentent l'importance du vol. Et le remboursement du produit de la criminalité, c'est le nerf de la guerre.»
Me René Duval, représentant de Richard Vallières, affirme qu'il devra prendre connaissance de la décision du tribunal avant de penser à la possibilité de la porter en appel. Mais Me Duval n'a pas caché son étonnement de voir que son client a écopé d'une aussi lourde sentence, alors qu'Avik Caron, qui a un dossier judiciaire bien garni, a reçu une peine de 72 mois d'emprisonnement.
«La décision m'a coupé le souffle! On a constaté que la sentence est beaucoup plus sévère. Et pour les amendes compensatoires, il s'agit de montants très élevés et sa situation financière n'est pas des meilleures.»
Me Vanessa Lafleur tenait un discours à l'opposé de son collègue, elle qui représente Raymond Vallières.
«C'est une peine dans la collectivité. On est satisfait», a résumé Me Lafleur, qui avait suggéré au juge Pronovost l'imposition d'une sentence suspendue ou d'une peine de 90 jours de prison discontinue.
Pour sa part, Me Jean H. Philippe n'a pas voulu commenter l'affaire. Il semblait toutefois satisfait que son client ne soit pas condamné à de la prison ferme.
Le dossier du vol de sirop d'érable achève. Il ne reste que deux individus en attente de leur sentence. Sylvain Bourassa et Robert McLean seront fixés le 7 juin.
Quelques faits
• Le vol s'est passé entre août 2011 et juillet 2012
• 9571 des 16 224 barils entreposés ont été vidés de leur contenu
• Le volume du sirop volé est de six mille livres
• La valeur est d'environ 18 millions de dollar
• Plus de 20 individus ont été arrêtés
• 270 témoins ont été rencontrés
• 225 policiers ont été mis à contribution
• Des perquisitions ont été menées au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario et dans le nord-est des États-Unis