Richard Vallières
Richard Vallières

Vol de sirop d’érable: liberté conditionnelle refusée à Richard Vallières... qui a fait la contrebande de tabac en prison

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Richard Vallières, cet homme reconnu coupable du vol de 18 millions $ en sirop d’érable, a échoué dans sa tentative d’obtenir une semi-liberté et la libération conditionnelle totale entre autres parce qu’il a fait la contrebande de tabac en prison obligeant les autorités carcérales à le transférer d’urgence à la prison de Donnacona.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) considère en effet qu’une récidive avant l’expiration légale de sa peine représentera un risque inacceptable pour la société et que cette libération ne contribuera pas à la protection de la société.

Pour rendre cette décision le 7 juillet dernier, les commissaires se sont basés sur sa criminalité officielle qui avait fait un grand nombre de victimes pour une somme d’argent très élevée. Ils ont aussi tenu compte de sa difficulté à respecter ses engagements en communauté, de son attrait pour le gain, de son indifférence face au système de justice et de sa facilité à vivre en marge des lois entre autres lorsque vient le temps de déclarer ses revenus. Et même après avoir été mis en accusation dans le dossier initial, il avait repris ses activités frauduleuses.

Or, son comportement à l’intérieur des murs ne serait guère mieux. Richard Vallières a en effet fait l’objet d’un transfert non sollicité d’urgence vers la prison à sécurité maximale de Donnacona le 14 avril 2020. Une enquête de sécurité préventive sur une période de cinq mois entre 2019 et 2020 a révélé qu’il s’adonnait à la contrebande de tabac de façon importante. Selon les informations obtenues et les saisies effectuées, la contrebande entrée en établissement provenait d’un réseau utilisant un drone. Le suspect utilisait son emploi de cantinier en prison pour gérer la distribution du tabac, les paiements et la collecte des dettes.

Rencontré à ce sujet par son agent de libération conditionnelle, il a nié les informations. Il a indiqué avoir tout simplement acheté un peu de tabac puisqu’il était anxieux en raison de la COVID-19 et de son appel. Tout le reste serait faux, selon lui. Il a tout au plus admis qu’il rendait parfois de petits services aux détenus mais que ce n’était rien d’illégal.

La CLCC retient qu’il a démontré la même dynamique qu’au moment où il a commis les délits pour lesquels il purge présentement sa peine fédérale, soit le «mensonge, la manipulation, l’adhésion à des valeurs laxistes, l’indifférence à l’égard des règles, les fréquentations négatives et la satisfaction de ses besoins immédiats et de son confort».

Rappelons qu’il a été condamné en avril 2017 à 88 mois de prison pour vol, fraudes et trafic de biens illégalement obtenus en lien avec la disparition de 9500 barils de sirop d’érable entre août 2011 et juillet 2012 dans l’entrepôt de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec à Saint-Louis-de-Blandford. Bien qu’il ait reçu l’aide de plusieurs complices, il a toujours été considéré comme la tête dirigeante de ce vol.

Le tribunal lui avait également imposé des ordonnances qu’il a contestées devant la Cour d’appel. En mars 2020, son amende compensatoire fixée au départ à 9 393 498, 44 $ a été réduite à 1 million $. En retranchant la somme de 828 602,43$ déjà saisie dans ses comptes bancaires, le solde de l’amende se chiffre désormais à 171 397,57 $. En cas de défaut de paiement, il devra purger une peine consécutive de trois ans. Notons cependant que le ministère public a déposé une requête pour permission d’en appeler de cette diminution de l’amende devant la Cour suprême.

Ce n’est pas la première fois que la CLCC étudie la possibilité d’accorder la semi-liberté et la libération conditionnelle totale à Richard Vallières. En juillet 2019, ce privilège lui avait aussi été refusé. On avait alors fixé une date de révision l’année suivante pour lui permettre approfondir ses réflexions et de maintenir un lien de confiance avec son agent de libération conditionnelle (ALC).

II a d’ailleurs poursuivi ses rencontres avec son ALC et s’est questionné sur la place qu’occupait l’argent dans sa vie. Il est noté à son dossier qu’il ne nie plus sa responsabilité au niveau des délits mais qu’il a tendance à se justifier. Il refuse aussi le qualificatif de criminel et négocie plutôt l’étiquette de délinquant, prétendant avoir été jugé pour des événements isolés.

Son dossier interne révèle cependant qu’en décembre 2019, il avait été testé positif au THC et qu’il avait fait l’objet d’un rapport après la saisie d’une petite quantité de tabac en cellule.

Lors des plus récentes audiences, Richard Vallières a indiqué que sa priorité à son retour en collectivité était de commencer à payer l’amende compensatoire et que cela ne le dérangerait pas de vivre avec le strict minimum.

Son équipe de gestion de cas a cependant recommandé à la Commission de lui refuser la semi-liberté et la libération conditionnelle totale. Elle a observé une pensée magique dans son discours et ne possède aucun élément lui permettant de conclure à une diminution du risque de récidive. Elle lui reproche de ne pas avoir fait les progrès escomptés et de maintenir les mêmes stratégies manipulatoires pour atteindre ses objectifs. La dimension opportuniste de sa personnalité, son attrait pour le gain et la voie facile demeurent des éléments inquiétants.

À LIRE AUSSI: Vol de sirop d'érable: la diminution de l’amende compensatoire de Richard Vallières est contestée