Suzanne Léveillée est professeure en psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Une rage qui a pu couver des années

Selon Suzanne Léveillée, le triple meurtre survenu jeudi au Centre-de-la-Mauricie peut être le résultat d'une rage qui a couvé longtemps dans l'esprit de l'auteur présumé de la tuerie.
Mme Léveillée est professeure au département de psychologie de l'UQTR et spécialiste des cas de drames violents. Selon elle, le cas actuel serait un exemple d'une tentative de parricide (tentative de tuer son père, sa mère ou les deux parents) associée à une volonté d'élargir le crime à l'endroit d'autres membres de la famille, une situation plutôt rare: entre trois et quatre cas en moyenne par année depuis les années 1990.
Les motivations de vouloir s'en prendre à son père se divisent en trois groupes d'individus selon Mme Léveillée. Le premier profil rassemble les adolescents en pleine crise, alors que le deuxième est l'affaire des gens psychotiques ou schizophrènes qui tuent leurs parents par délire. Le cas de Sylvain Duquette se situerait dans la troisième classe, celle des gens qui plongent dans une colère très forte.
«C'est une colère près de la paranoïa. La personne va se dire: ''C'est l'autre qui m'exploite''. C'est une rage qui est là souvent depuis des années et qui n'a pas été identifiée par les gens autour. C'est aussi des gens qui ont vécu une perte monétaire, une perte d'emploi, une perte d'un parent cher. La personne, au lieu de déprimer, va se mobiliser dans la rage. Elle va tenter de se venger. C'est une espèce de rumination obsessionnelle. C'est une histoire qui peut durer des années.»
Ce genre de cas est difficile à détecter, car les gens sont incapables de sortir de leur rumination et ne parleront pas du problème. Dans le cas de Sylvain Duquette, l'homme a écrit un long message sur sa page Facebook le 31 mars. Même si le contenu est assez grave, le message n'est peut-être pas si évident à décoder.
«Il dit que des gens vont payer, mais il ne fait pas de menaces concrètes. Il n'a pas écrit en disant qu'il avait des armes. Et il y a des gens qui vont dire des choses, mais ne vont pas mettre leurs menaces à exécution.»
Suzanne Léveillée avance que certains signaux doivent être repérés par les gens qui font partie de l'entourage d'un individu aux prises avec une telle situation.
«Il peut y avoir des menaces directes, mais aussi un changement de comportement durant le dernier mois ou la dernière année face à une perte. Ça peut être l'achat d'armes, des signes de colère plus forts que d'habitude», énumère Mme Léveillée, qui croit qu'une campagne d'information auprès du public serait utile.