Les élèves de 5e année de l’école Immaculée-Conception à Shawinigan ont simulé un procès dans le cadre d’un projet-pilote d’enrichissement juridique et décisionnel. Pour l’occasion, ils ont joué tous les rôles devant un vrai juge de la Cour du Québec: avocats, accusé, greffier, huissier, témoins et jury.

Une justice par et pour les jeunes

SHAWINIGAN— C’est toute une cure de rajeunissement qu’a subie le palais de justice de Shawinigan jeudi. Pour la première fois en Mauricie, les avocats, greffiers et huissiers ont laissé leur place à des enfants du primaire pour la tenue d’un procès devant jury.

Hormis plusieurs fous rires, la fébrilité et une convivialité peu habituelle dans une salle d’audience, les élèves de 5e année de l’école Immaculée-Conception de Shawinigan ont réalisé tout un tour de force en simulant le procès d’un certain Thomas Gagné dans le cadre d’un projet-pilote d’enrichissement juridique et décisionnel.

Pour l’occasion, quatre d’entre eux agissaient comme procureurs de la Couronne et quatre autres comme avocats de la défense. Un élève avait été nommé greffier alors qu’un autre était huissier. Il y avait bien sûr le jeune qui jouait le rôle de l’accusé. Ce dernier avait personnellement tenu à être menotté pour l’occasion par un constable spécial, voire escorté comme il se doit dans le box des accusés. D’autres élèves sont devenus des témoins d’un jour et enfin, deux avaient été nommés membres du jury.

En fait, seul le juge David Bouchard de la Cour du Québec a joué son propre rôle, bien qu’il n’ait pas hésité à la fin du procès à faire fi du décorum habituel afin de répondre aux questions des enfants (certains ne se gênant pas pour le tutoyer en toute candeur) pour ensuite se prêter au jeu des photos.

Le procès en question est le point culminant d’un programme de 16 semaines qui a permis de faire vivre aux élèves des activités ludiques et interactives sur le système judiciaire, les conséquences légales et sociales de la criminalité, l’absentéisme scolaire, l’intimidation, les problématiques de consommation et les gangs de rue entre autres.

Issu des États-Unis, il a été importé au Québec par la Direction des poursuites criminelles et pénales du Québec qui l’a ensuite adapté à nos lois. Après quelques essais à Montréal et Saguenay, il est désormais en voie d’être implanté dans les écoles primaires par le biais d’une collaboration avec le ministère de l’Éducation.

C’est ainsi que Me Catherine Vincent et Me Audrey-Anne Boily, procureures au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, ont contacté l’école voisine du palais de justice de Shawinigan pour y proposer le programme. «On allait tous les lundis à l’école pour une période d’une heure pour leur apprendre le système juridique, mais pas juste ça. Le programme se nomme Projet d’enrichissement juridique et décisionnel, alors ça permettait aussi aux jeunes d’apprendre comment prendre les bonnes décisions dans la vie. On les a outillés pendant toute l’année sur les décisions qu’ils auront à prendre dans les prochaines années. Pour moi, cela a apporté beaucoup d’espoir de voir des jeunes qui sont si allumés et si enthousiastes. Les jeunes voient beaucoup de choses dans les médias, mais ne comprennent pas toujours la portée», a indiqué Me Vincent.

En effet, si ce sont les enfants de 11-12 ans qui ont été ciblés par le programme, ce n’est pas sans raison. Comme le précise Guylaine Lessard, directrice de l’école, le projet est d’une grande pertinence pour des jeunes de cet âge, surtout avant leur entrée au secondaire. «Ils ne connaissent pas les lois ni leurs droits. À cet âge, ils sont encore influençables et facilement influencés. Alors, qui de mieux placés que des avocats pour leur donner de l’information afin qu’ils fassent les bons choix. C’est vraiment un succès et j’invite toutes les écoles à embarquer, car ce sont les jeunes qui en ressortent gagnants», a-t-elle déclaré.

Stéphanie Lemire, l’enseignante qui a intégré cette formation dans le cours d’éthique et culture religieuse, ne cache pas qu’au départ les jeunes semblaient perplexes. «Ils ne savaient pas trop où on s’en allait avec ça mais rapidement, ils ont développé le goût. On voyait que ça les touchait. Le projet a permis aux jeunes de témoigner ouvertement de ce qu’ils pouvaient vivre, et on voyait que certains étaient déjà bien informés sur différents sujets comme les gangs de rue. Je pense d’ailleurs que notre école a été choisie en raison de la proximité avec le palais de justice et la présence de certains enfants provenant d’un milieu défavorisé», a-t-elle précisé.

Et lorsqu’on interroge les élèves au terme du procès, leur excitation est manifeste. «C’était difficile de parler devant plein de monde, mais ça s’est bien passé», s’est exclamée Marie-Lou Picard Harding. Pour sa part, Anne-Marie Poirier y voyait carrément un choix de carrière. «Je veux être avocate depuis longtemps. Maintenant, j’ai encore plus le goût!»

Certes, leur rôle dans le procès simulé n’était pas totalement improvisé, car ils avaient un scénario à respecter. Les faits de la cause portaient sur un jeune victime d’intimidation qui aurait voulu se faire justice lui-même. Il avait ainsi été arrêté à l’école pour possession d’une arme dans un dessein dangereux et port d’arme dissimulé. Au terme de discussions entre les responsables du projet, il avait été décidé d’avance que le jeune accusé serait finalement déclaré coupable par les deux jurés même si le juge a avoué plus tard qu’il aurait personnellement acquitté le prévenu.

L’expérience aura donc été très enrichissante autant pour les enfants que les parents eux-mêmes qui ont aussi posé plusieurs questions une fois le procès terminé. Quant aux deux avocates Me Vincent et Me Boily, elles étaient très fières du travail accompli par leurs protégés.