Une femme d’origine africaine, victime de violence conjugale pendant des années, a trouvé le courage de briser la loi du silence pour non seulement dénoncer son conjoint, mais aussi inciter d’autres femmes de la communauté africaine établies à Trois-Rivières à se tenir debout.

Une femme africaine se confie: «il faut dénoncer la violence pour avancer»

Trois-Rivières — Le choc des cultures quant à la violence faite aux femmes s’est encore une fois retrouvé au cœur d’une cause criminelle au palais de justice de Trois-Rivières.

Une femme d’origine africaine, victime de violence conjugale pendant des années, a en effet trouvé le courage de briser la loi du silence pour non seulement dénoncer son conjoint, mais aussi inciter d’autres femmes de la communauté africaine établies à Trois-Rivières à se tenir debout. «Je sais qu’il y a pas mal de femmes qui vivent dans le silence de leur maison et qui sont incapables de dénoncer parce qu’elles ont peur de l’humiliation et de leur famille. Ça demande beaucoup d’efforts et d’énergie, mais il faut dénoncer la violence pour avancer. Il existe des lois et de l’aide pour nous», a-t-elle indiqué.

Cette femme a rencontré Charles Ndizeye dans un camp de réfugiés en Tanzanie où ils tentaient de fuir la guerre opposant les Hutus et les Tutsis au Burundi. En 2003, ils ont immigré au Canada. Le couple a par la suite eu cinq enfants.

Or, peu de temps après son arrivée, il est devenu agressif envers elle. «Au début, je pensais qu’il allait changer. Je ne voulais pas me retrouver seule avec les enfants dans un pays étranger», a-t-elle indiqué.

Quatre événements marquants de violence ont notamment été relatés par la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève Paquet. En 2003, il l’a frappée sur le visage à main ouverte, lui causant des saignements au nez et à la bouche. Puis, alors qu’elle était enceinte de son deuxième enfant, il s’en est pris à elle devant des amis en la frappant encore une fois au visage lors d’une dispute. En 2010, il l’a de nouveau frappée. Les policiers avaient été appelés, mais elle avait refusé de porter plainte. Finalement, en 2014, il l’a malmenée en lui donnant entre autres un coup de tête lors d’une autre chicane. Cette fois-ci, ce sont les enfants qui ont appelé le 911. Elle avait alors trouvé le courage de porter plainte.

Elle a ensuite mis fin à la relation de couple, mais elle s’est retrouvée seule avec les cinq enfants, sans argent, sans véhicule. En pleurant à chaudes larmes, elle a raconté au tribunal à quel point cela avait été difficile pour elle, d’autant plus qu’elle a été exclue de la communauté africaine de Trois-Rivières. Seule une famille aurait accepté de l’aider avant elle aussi d’être mise de côté par la communauté.

«Une femme victime de violence au Burundi n’a pas le droit de dénoncer. C’est la loi du silence. On ne peut rien faire. Ici aussi, la communauté m’a conseillé de ne pas porter plainte», a-t-elle raconté.

Elle a aussi vécu dans la peur que son ex-conjoint revienne lui faire du mal. Encore aujourd’hui, elle dort avec un marteau sous son lit. Elle a d’ailleurs dû recevoir de l’aide psychologique.

Charles Ndizeye a plus tard plaidé coupable aux accusations de voies de fait portées contre lui dont certaines ayant causé des lésions corporelles. Au stade des plaidoiries sur sentence qui ont lieu jeudi, la Couronne a réclamé une peine de six mois de prison avec une probation et un suivi.

L’avocat de la défense, Me Jean-Sébastien Gladu, a plutôt suggéré une sentence suspendue en invoquant les facteurs atténuants, tout particulièrement les origines culturelles et la violence dont M. Ndizeye a été témoin en Afrique. Son client a admis que sa façon d’agir n’avait pas été correcte.

«Je croyais que j’avais raison. Ça se passe comme ça dans mon pays. C’est l’homme qui décide. Ma compréhension a maintenant changé», a-t-il mentionné. Il s’est dit prêt à suivre une thérapie chez Accord Mauricie seulement si le tribunal l’exige.

La juge Guylaine Tremblay rendra la sentence le 4 septembre.

En 2018, un autre Trifluvien d’origine africaine avait pour sa part écopé de cinq mois et demi de prison pour avoir giflé à plusieurs reprises son ex-femme et s’en être pris à leurs quatre enfants âgés entre 4 et 11 ans. Il avait utilisé une ceinture et des souliers pour les frapper en invoquant le droit aux corrections parentales. Les conséquences avaient été lourdes pour les victimes. La dame avait elle aussi été exclue de la communauté après sa dénonciation aux autorités.