Un homme de 72 ans a subi son procès au palais de justice de Trois-Rivières, vendredi, pour des abus sexuels perpétrés sur sa sœur dans les années 70 alors que celle-ci n’était qu’une enfant.

Un septuagénaire accusé d’abus sexuels sur sa jeune sœur

TROIS-RIVIÈRES — Un homme de 72 ans a subi son procès au palais de justice de Trois-Rivières, vendredi, pour des abus sexuels perpétrés sur sa sœur dans les années 70 alors que celle-ci n’était qu’une enfant.

Il doit en effet répondre à des accusations d’inceste, de viol, d’attentat à la pudeur et de grossière indécence pour des délits commis entre 1971 et 1980. Les gestes qui lui sont reprochés sont des attouchements, des masturbations, des fellations, des cunnilingus et des pénétrations complètes.

Vendredi, la plaignante a raconté que les premiers abus dont elle conserve des souvenirs, bien qu’ils soient flous, seraient survenus à l’âge de 3 ans. Elle se revoit elle et ses deux sœurs, couchées sur un lit, pendant que leur frère frottait son pénis sur leurs parties génitales.

Toutefois, elle se rappelle très bien de la première fois où il aurait pris sa main pour le masturber jusqu’à l’éjaculation. Elle aurait d’ailleurs été marquée par l’odeur du sperme. Elle avait alors huit ans. Son frère avait 25 ans. «Je ne voulais pas mais il disait que ça ne faisait pas mal. Il a tellement insisté que je l’ai laissé abuser de moi», a-t-elle raconté.

Au fil des années, les abus auraient continué. Dès qu’il avait l’occasion de se retrouver seul avec elle, il en aurait profité. Les gestes se seraient aussi aggravés avec le temps. À 9 ans, il aurait exigé une première fellation. Et à 13 ans, lorsque ses menstruations ont commencé, il serait passé à un autre niveau. «Il voulait que je lui donne ma virginité car ça lui ferait un beau cadeau. Il me disait que les autres allaient me faire mal et que ça serait mieux avec lui», a-t-elle mentionné.

Toujours selon sa version, il aurait alors utilisé un vibrateur enduit de vaseline pour ensuite la pénétrer avec son pénis. «Je n’aimais pas ça. J’étais en colère mais ça se passait en dedans. Je me répétais que je le haïssais», a-t-elle précisé.

Les abus et les actes incestueux se seraient ainsi poursuivis à une fréquence régulière jusqu’à ce qu’elle atteigne l’âge de 16 ans. C’est à ce moment qu’elle a rencontré celui qui allait devenir son conjoint. Du coup, il aurait cessé de la toucher.

Elle a aussi précisé dans son témoignage avoir eu peur de tomber enceinte car aucun moyen de contraception n’était utilisé.

Pourtant, elle a admis avoir aimé ce frère, dans le passé, qu’elle considérait même comme un père. Elle a avoué avoir passé presque plus de temps chez lui qu’à la résidence de ses parents dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. «À part son défaut, je l’aimais mon frère. J’aimais sa femme aussi et ses enfants. Chez nous, je vivais un enfer. Ça changeait le mal de place», a-t-elle ajouté.

De son côté, son frère n’aurait pas lésiné sur le chantage émotif pour s’assurer qu’elle continue à le visiter et qu’elle garde le silence en lui disant que ça briserait la famille, qu’elle allait se retrouver en famille d’accueil et qu’elle y serait victime d’abus sexuels et encore pire. Et surtout, elle ne voulait pas causer de tristesse à sa mère.

Elle aurait d’ailleurs attendu le décès de celle-ci pour dénoncer les agissements de son frère en 2011. Elle a même pris soin de lui envoyer une lettre recommandée pour l’informer qu’elle ne voulait plus le revoir. Dans le cadre de son cheminement auprès de Calacs, elle a ensuite porté plainte en février 2016.

Cet homme, qui est défendu par Me Valérie Thiffeault-Duchemin, a par la suite été arrêté par les policiers de Trois-Rivières. Lors de l’interrogatoire, il a admis avoir commis des attouchements sur ses sœurs. (L’une est maintenant décédée et l’autre n’aurait pas voulu porter plainte puisque ses souvenirs sont vagues.) Au policier, il a affirmé: «Il n’y a pas une journée où je n’y pense pas. Même la nuit. Mes regrets sont sincères.»

S’il reconnaît avoir tout au plus frotté son pénis sur sa vulve, il nie toute pénétration et fellation. Par contre, il précisera à un moment que «le gland ne rentrait pas au complet.»

Pour expliquer les circonstances, il mentionne que les attouchements sont survenus dans un contexte familial difficile et violent où il jouait le rôle du père. Ce dernier l’empêchait de sortir, ce qui freinait sa découverte de la sexualité. C’est comme ça qu’il aurait commencé à être attiré par ses sœurs. Qui plus est, il aurait été lui-même abusé par son père.

La procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, a évidemment attaqué sa crédibilité en relevant des contradictions, certaines invraisemblances dans ses propos et des trous de mémoire. Elle lui a notamment demandé pourquoi il avait fait ça à sa sœur, alors que lui-même avait été abusé. Au début, il a parlé de découverte sur un plan sexuel alors qu’il était pourtant marié et que sa femme était enceinte pour ensuite dire qu’il ne le savait pas.

Le juge Jacques Trudel fera connaître son verdict le 6 février.