Le procès de Franck Cranton se poursuit mercredi.

Un reçu, plusieurs noms

TROIS-RIVIÈRES — La plainte ayant conduit à l’arrestation de Franck Cranton pour fraude à Trois-Rivières résulte d’un appel d’un magasin à grande surface qui le soupçonne d’avoir tenté de commettre un tel crime, le 5 décembre 2018. Mais c’est la découverte d’un reçu d’un motel qui a permis aux policiers d’identifier l’individu aux multiples identités recherché ailleurs au Canada, lui qui aurait été connu sous plus d’un nom durant cette même journée.

Le procès de l’homme de 49 ans s’est poursuivi, mardi, au palais de justice de Trois-Rivières. Le procès pour tentatives de fraude et d’entrave au travail des policiers se déroule en anglais, la langue de Cranton, et celui-ci se représente seul. À l’instar de la première journée du procès, ce troisième jour s’est passé de façon quelque peu chaotique: Cranton a été ramené à l’ordre à plusieurs reprises par la juge Julie Beauchesne, car il ne cessait d’argumenter avec des témoins au lieu de leur poser des questions. La présidente du tribunal a même imposé une suspension du procès lorsque l’accusé a qualifié un témoin de «Mister Smarty», un commentaire qui a soulevé l’ire du procureur de la poursuite, Me Julien Beauchamp-Laliberté. L’accusé s’est par la suite excusé.

Réal Berridge, le directeur du magasin Costco de Trois-Rivières, est venu raconter sa version des faits. À la demande d’une employée, M. Berridge prend un appel provenant du magasin, le 5 décembre 2018. L’anglophone dit s’appeler Shawn Friedman. Il le remercie d’autoriser le remboursement de deux produits. Mais M. Berridge affirme ne jamais avoir autorisé ce retour.

M. Berridge décide d’aller rencontrer Shawn Friedman. Selon le témoin, ce dernier présente une preuve d’achat qui semblait insatisfaisante. Une transaction peut être retracée via la carte de membre de Costco, ce que l’individu n’a pas. Le directeur du magasin lui demande une carte d’identité, ce qu’il n’a pas. L’homme dit qu’il va se rendre à sa voiture pour prendre ses cartes d’identité, mais le directeur soupçonne une tentative de fraude.

La police est aussitôt appelée et des membres du personnel de Costco suivent l’homme qui traverse le boulevard des Récollets pour finalement être arrêté par les policiers dans le stationnement de la brasserie Archibald.

En contre-interrogatoire, Franck Cranton a demandé au directeur s’il l’avait vu prendre les objets en question, notamment un rasoir électrique. Le directeur a confirmé ne pas l’avoir vu. M. Berridge a ajouté qu’aucun employé ne l’a vu commettre un crime. De plus, les caméras de surveillance ne captent aucune image prouvant la commission d’un tel crime, car une partie du système était temporairement hors service.

L’agente Line Smith a participé à l’opération policière. Affirmant ne pas très bien parler anglais, l’agente Smith a procédé à cette arrestation pour fraude en lisant à l’individu la carte des droits d’une personne arrêtée, en anglais, sans se souvenir de ses réponses. Selon le témoin, l’homme s’est identifié comme étant Franck Matthews. Il affirmait être un résident de Toronto et être né le 7 septembre 1969.

L’agente Catherine Châteauneuf a pris la relève au poste de police. Plus à l’aise en anglais, elle lui a répété ses droits. Selon elle, l’homme comprenait ce qu’elle lui disait.

Les vérifications sur l’identité de l’individu ont pris une autre tournure lorsque les policiers ont trouvé dans ses poches un reçu d’un motel trifluvien émis au nom de Franck Cranton. En utilisant ce nom avec la date de naissance fournie par l’homme, les policiers ont découvert que Cranton était l’objet de plusieurs mandats d’arrestation un peu partout au pays. Cranton a dit avoir changé légalement de nom pour celui de Matthews il y a neuf ans. Lors de son enquête sur caution, le 10 décembre 2018, il s’est toutefois identifié sous serment comme étant Franck Basil Cranton.

Pour sa part, l’agent Vincent Francoeur a raconté que l’arrestation de Cranton était justifiée par les propos fournis par le directeur du magasin Costco et par le fait que la police ne parvenait pas à l’identifier de façon satisfaisante. L’agent Francoeur a aussi déclaré que la police n’a aucun témoin ni aucune image prouvant que Cranton a pris des objets chez Costco.

Tout en s’interrogeant sur les motifs de son arrestation, Cranton a soulevé en cour ne jamais avoir été arrêté pour l’accusation d’entrave. Il a aussi insisté sur le fait qu’il a été questionné par la police à propos de son identité, à la suite de son arrestation, avant qu’il contacte un avocat.

Le procès reprend mercredi.