Depuis la violente altercation de mardi, de nouvelles mesures de sécurité et de surveillance ont été mises en place aux abords de l'école secondaire Val-Mauricie à la sortie des classes.

Un adolescent filmé en train de se faire tabasser

Une violente altercation entre deux adolescents survenue mardi à l'école secondaire Val-Mauricie de Shawinigan fait actuellement l'objet d'une enquête de la Sûreté du Québec, alors que les images dérangeantes de cette altercation ont été diffusées jeudi dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Dans cette vidéo, on y voit clairement un jeune adolescent rouer de coups de poing et de coups de pied un autre adolescent à la sortie des classes, sur les terrains de l'école. La victime, au sol et qui semble tout faire pour tenter de se protéger et de se dégager, crie à de nombreuses reprises à son agresseur de cesser. Toutefois, d'autres témoins de la scène, dont la personne qui tourne la vidéo, encouragent le jeune agresseur à continuer, lui suggérant même de frapper certaines parties du corps de sa victime, comme ses genoux. À un moment précis où la victime tente de se dégager, on entend quelqu'un lui lancer «Mon tabarnak de fif».
Au bout d'une quarantaine de secondes, une dame qui a été identifiée comme une chauffeuse d'autobus scolaire intervient pour séparer les deux jeunes. L'agresseur retourne vers ses amis, dont l'auteur de la vidéo, et se fait féliciter par plusieurs. «Good jobman», lui lance-t-on.
Des images qui n'ont pas été prises à la légère par la direction de l'école et par la Commission scolaire de l'Énergie, qui ont depuis mis en place de nouvelles mesures de sécurité et de surveillance aux abords de l'école à la sortie des classes. L'événement est en effet survenu mardi après-midi, après les cours, alors que deux surveillants étaient attitrés à la cour de l'école, dont la configuration du bâtiment forme un «L». Un premier surveillant se trouvait encore à l'intérieur des murs de l'école lors de l'altercation, alors que le second surveillait l'autre côté du bâtiment et était déjà en intervention sur un autre événement, explique la porte-parole de la Commission scolaire, Renée Jobin.
«Le directeur général de la Commission scolaire, Denis Lemaire, a demandé à ce que les mesures soient renforcées, qu'il y ait plus de surveillance à l'extérieur à la sortie des classes. Généralement, les mesures mises en place sont à la discrétion des écoles, mais elles ont été renforcées depuis l'événement», confirme Renée Jobin.
Cette dernière confie qu'il arrive à l'occasion que des altercations surviennent entre des élèves, mais que celle qui a été rendue publique par la vidéo était particulièrement violente. «Il peut exister de l'animosité entre certains élèves, mais nous avons des mesures qui sont déjà mises en place dans les écoles pour contrer l'intimidation et les gestes de violence. On ne prend pas ça à la légère. À la suite de ces événements, les élèves ont été rencontrés pour les sensibiliser à nouveau», indique Renée Jobin. Selon nos informations, le personnel de l'école a lui aussi été rencontré lors d'une réunion spéciale pour faire le point sur l'événement.
Quant à l'élève impliqué qui aurait commis les gestes de violence, la Commission scolaire indique que «les mesures adéquates ont été appliquées», sans toutefois préciser davantage étant donné la nature confidentielle du dossier scolaire d'un élève.
Du côté de la Sûreté du Québec, l'enquête était toujours en cours jeudi après-midi. Plusieurs témoins de la scène ont été rencontrés et les personnes impliquées l'ont été ou le seront également, note Annie Thibodeau, porte-parole de la Sûreté du Québec, qui ajoute qu'heureusement, personne n'a été blessé sérieusement dans cette histoire.
Toutefois, l'enquête pourrait éventuellement mener à des arrestations et à des accusations criminelles, notamment de voies de fait. La Sûreté du Québec pourrait aussi se pencher sur le cas des autres adolescents qui auraient pu se rendre complices de l'agression en encourageant l'agresseur plutôt qu'en intervenant pour faire cesser ces actes de violence.
À la sortie des classes jeudi, les élèves rencontrés étaient peu loquaces à propos des événements qui sont survenus mardi. Ils s'entendaient cependant tous pour dire que de tels événements n'étaient pas fréquents. Certains ont avoué avoir été témoins de la scène, mais ont été évasifs en ce qui concerne les raisons pour lesquelles ils ne sont pas intervenus.
Plusieurs surveillants se trouvaient d'ailleurs à l'extérieur lors de la visite du Nouvelliste aux abords de l'école afin de s'assurer que la sortie des élèves se déroule sans anicroche.
Jasmin Roy, qui milite contre l'intimidation, estime qu'il faut aussi responsabiliser la majorité silencieuse qui n'agit pas à la vue de tels actes de violence.
Responsabiliser ceux qui n'agissent pas
Les élèves qui ont assisté à la scène sans intervenir et même en encourageant l'agresseur qui a violenté un adolescent, mardi après-midi à l'école secondaire Val-Mauricie, ont aussi une part de responsabilité à porter dans l'événement. C'est du moins l'avis du comédien et auteur Jasmin Roy, dont la fondation vise à lutter contre l'intimidation.
Appelé à commenter les images rendues publiques jeudi, Jasmin Roy a expliqué au Nouvelliste qu'une grande part du problème lié à l'intimidation repose aussi en ces témoins silencieux, auprès desquels il y aura certainement un grand travail d'information et d'éducation à faire.
«Si, en plus, on encourage l'agresseur, alors là on se rend carrément responsable de ce qui s'est passé. Et l'agression a été filmée. C'est très grave! Je ne m'y connais pas beaucoup en termes de code criminel, mais ce que je sais, c'est qu'on peut avoir des problèmes pour ne pas avoir porté assistance à une personne en danger. Si on le filme plutôt que de l'aider, c'est vraiment grave», indique-t-il.
Jasmin Roy se disait heureux de savoir qu'une plainte avait été portée et qu'une enquête était menée, pouvant éventuellement conduire à des accusations criminelles. Cependant, en amont des agressions qui peuvent survenir, un énorme travail doit être fait pour responsabiliser les jeunes qui peuvent être témoins de telles agressions. «Je ne connais pas l'historique de ces deux jeunes. Je ne sais pas si c'était un problème d'intimidation répété, s'il y a eu des signes avant-coureurs. Par contre, ce qu'on voit, le problème de la violence, il repose dans cette infime minorité de jeunes agresseurs, mais aussi dans la majorité silencieuse qui n'ose pas intervenir», ajoute-t-il, encourageant la direction de l'école à revoir ses processus de sensibilisation déjà mis en place.
«Si j'étais à l'école, il me semble que le message à passer serait de ne pas juste mettre la responsabilité sur l'agresseur, mais de faire comprendre à cette majorité silencieuse les conséquences que peuvent avoir de tels actes. À la fondation, on essaie beaucoup de travailler sur l'éducation en milieu scolaire. Ce sont des gestes criminels, c'est très grave», rappelle-t-il.
Jasmin Roy, qui a notamment écrit le livre Osti de fif, était peiné, mais peu surpris, d'apprendre que des propos homophobes avaient aussi été prononcés lors de l'altercation. «Encore aujourd'hui, en milieu éducatif, les injures les plus prononcées sont de nature homophobe. Et ce n'est pas dirigé uniquement envers les homosexuels, mais bien entre les garçons afin de se rabaisser l'un l'autre. Mais quand on essaie de sensibiliser les adultes à cette réalité, on se fait répondre que ce serait impossible d'intervenir chaque fois que quelqu'un se fait traiter de fif ou de tapette. Mais au contraire! Il faut intervenir. Chaque fois. C'est dommage qu'on en soit rendu là», mentionne Jasmin Roy.
Avec la collaboration de Mathieu Lamothe