Justin Bourque

Tuerie de Moncton: l'incurie de la GRC «a pu jouer un rôle» dans le bilan final

Certains des policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) tués par Justin Bourque lors de la tuerie de Moncton en 2014 seraient peut-être toujours vivants aujourd'hui si la police fédérale avait respecté le Code canadien du travail, a plaidé la Couronne, lundi.
Me Paul Adams a soutenu que la vaste majorité des policiers qui ont répondu ce jour-là à un appel concernant un «tireur actif» n'avaient pas la formation requise en matière d'armes à feu, ou avaient perdu cette habileté faute de pratique.
La GRC fait l'objet d'une poursuite du ministère public pour des infractions au Code canadien du travail. Le 4 juin 2014, les agents Doug Larche, Fabrice Gevaudan et Dave Ross sont tombés sous les balles de Justin Bourque, embusqué avec une arme semi-automatique à Moncton. Les agents Éric Dubois et Darlene Goguen ont été blessés lors de cette fusillade.
La Couronne soutient que la GRC aurait dû former et équiper adéquatement ses agents et leurs supérieurs afin de répondre de façon sécuritaire à une telle fusillade.
Dans sa plaidoirie préliminaire, lundi, Me Adams a précisé que l'incurie de la GRC n'est pas directement responsable des décès et des blessures, mais a pu jouer un rôle dans le dénouement du drame. Selon le procureur, au moins certains décès auraient pu être évités si la GRC avait respecté l'article 124 du Code du travail.
Cet article prévoit que l'employeur doit «veiller à la protection de ses employés en matière de santé et de sécurité au travail».
Or, «les policiers dépêchés sur les lieux de l'incident le 4 juin n'avaient pas eu de formation particulière pour intervenir face à un tireur actif en zone urbaine dégagée», a plaidé Me Adams.
La petite salle d'audience était à moitié vide, lundi, au palais de justice de Moncton, pour l'ouverture de ce procès. On comptait surtout des proches de deux des veuves, Nadine Larche et Rachael Ross, et des journalistes.
Le procureur de la GRC, Mark Ertel, a indiqué lundi que les parties s'étaient entendues sur un exposé conjoint des faits, ce qui permettra d'éviter d'appeler à la barre certains témoins du drame. Par contre, le commissaire de la GRC, Bob Paulson, pourrait témoigner.
Rob Creasser, de l'Association professionnelle de la police montée du Canada, espère que cette poursuite forcera la GRC à adopter des pratiques plus responsables. Il admet que des améliorations ont été apportées depuis deux ans, mais soutient que la GRC aurait dû en faire davantage à la suite de la fusillade de Mayerthorpe, en Alberta, en 2005. Quatre policiers avaient alors été tués lors d'une opération sur une ferme.
Le procès, amorcé lundi devant le juge Leslie Jackson, de la Cour provinciale du Nouveau-Brunswick, devrait se poursuivre jusqu'à la fin de juin.