Trois ans de prison pour un grand frère incestueux

SHAWINIGAN — Malgré ses regrets formulés en cour et son sentiment de culpabilité, le passé a définitivement rattrapé, mardi, un homme de 62 ans de Shawinigan qui a abusé sexuellement de sa jeune sœur dans les années 70.

Ses crimes incestueux lui ont valu une peine de trois ans de pénitencier. Il lui sera également interdit de communiquer avec sa sœur et il sera inscrit au Registre des délinquants sexuels. Peu avant le prononcé de la sentence par le juge David Bouchard, l’individu, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de la victime, a voulu s’adresser au tribunal et à sa sœur, présente dans la salle d’audiences. «Je regrette sincèrement. J’ai pris des mauvaises décisions. Elle a droit au bonheur. Sa vie doit reprendre et j’espère qu’elle sera heureuse malgré tout. C’est déplorable que ça se passe comme ça mais avec la maturité, je dois assumer mes gestes», a-t-il déclaré.

Tel que l’a relaté la procureure de la Couronne, Me Audrey-Anne Boily, les événements sont survenus dans les années 70 et se sont étirés pendant trois ans. L’individu avait alors 18 -20 ans alors que sa petite sœur en avait 14-16 ans. Ils habitaient dans la région de Mékinac.

Il allait chercher sa sœur dans son lit pour l’emmener avec lui afin de se livrer à des abus sexuels. Au départ, les délits ont commencé sous la forme du jeu du docteur avec ses sœurs. Puis, il y a eu des gestes de masturbation avec la victime. Il lui a aussi demandé de lui faire des fellations. Au fil du temps, il a ensuite eu avec elle une trentaine de relations sexuelles complètes dont certaines où il se montrait très insistant. Les abus sexuels pouvaient se produire de deux à trois fois par semaine, sauf lorsqu’il était absent pour des raisons professionnelles.

Dans une lettre écrite par la victime qui a été transmise au juge, on y apprend à quel point elle a eu peur de tomber enceinte de son frère au cours de ces années. Encore aujourd’hui, elle doit vivre avec de lourdes conséquences de ces abus, tant sur un plan personnel que familial. Selon Me Boily, elle souhaite maintenant pouvoir tourner la page.

Certes, les abus ont cessé en 1976 mais le frère et la sœur sont demeurés en contact pendant plusieurs années avant qu’elle ne trouve le courage de porter plainte dans le cadre d’un cheminement thérapeutique en 2017.

Son frère avait alors été arrêté et accusé d’inceste. Très rapidement, il avait admis ses torts. Il a d’ailleurs plaidé coupable en mars dernier avant la tenue d’une enquête préliminaire.

Les discussions entre Me Boily et Me Karine Bussière à la défense ont ensuite donné lieu à une suggestion de sentence d’une durée de trois ans, qui a été entérinée par le tribunal. Celle-ci tient compte des facteurs aggravants tels que la durée et la fréquence des gestes, leur gravité et les conséquences sur la victime. Me Boily a aussi parlé d’un rapport présentenciel dans lequel l’agent de probation soutient que l’agresseur tend à minimiser et légitimer ses crimes en raison de distorsions cognitives sur la notion de consentement.

À ce sujet, Me Bussière a cependant précisé que son client s’était senti coupable des abus sexuels et qu’il avait cherché à compenser ses gestes. C’est pourquoi il avait toujours tenter d’aider sa sœur au fil des années que ce soit dans la construction de sa maison, des prêts d’argent, le transport, etc.

Quant aux facteurs atténuants, les parties ont tenu compte de son plaidoyer de culpabilité, de son absence d’antécédents judiciaires, du temps qui s’est écoulé depuis les agressions et du fait qu’il avait lui-même été victime d’abus sexuels dans sa jeunesse.