Pierre Peterson

Trois ans de pénitencier pour Pierre Peterson

TROIS-RIVIÈRES — La sentence est tombée, jeudi matin, pour Pierre Peterson. L’ex-directeur artistique du Grand orchestre de la Mauricie a été condamné à une peine de trois ans de prison pour des délits sexuels commis sur une jeune fille pendant sept ans.

L’homme de 54 ans sera également inscrit au Registre des délinquants sexuels à vie et devra se soumettre à plusieurs interdictions visant les jeunes de moins de 16 ans, et ce, pendant dix ans.
En dépit des nombreux facteurs atténuants qui ont été relevés au profit de Pierre Peterson, le juge Rosaire Larouche a conclu que la période délictuelle, la nature des gestes posés et leur fréquence, l’âge de la victime et les conséquences dans sa vie militaient pour une peine dissuasive.
Et surtout, le juge a pris soin de rappeler que le prévenu avait davantage opté pour son orgueil et sa double vie en refusant à cette époque d’aller chercher de l’aide pour sa problématique, d’autant plus qu’il connaissait très bien les conséquences pour avoir lui-même été abusé sexuellement dans sa jeunesse chez les cadets. Le juge retient que Peterson avait plutôt déployé ses énergies à mettre en place un code avec la fillette pour manifester son besoin d’assouvir ses pulsions sexuelles.  
Rappelons qu’entre 2010 et 2017, Peterson s’est livré à des abus sexuels sur une fillette alors que celle-ci était âgée entre 6 et 13 ans. Les premiers gestes ont surtout consisté en des attouchements sexuels sur les organes génitaux mais ils se sont ensuite aggravés allant jusqu’à la masturbation complète avec éjaculation et une fellation. En fait, c’est lui qui avait montré à la petite comment réussir une masturbation. Cependant, il n’y a pas eu de pénétration.  
Il avait été arrêté au début de mars 2017. En octobre de la même année, il avait plaidé coupable aux chefs d’agressions sexuelles, contacts sexuels et incitation à des contacts sexuels.
Son avocat, Me Alexandre Biron, a suggéré une peine de deux ans de pénitencier, assortie d’une probation. La procureure de la Couronne, Me Catherine Lemay, a plutôt réclamé quatre ans de pénitencier.
Pour déterminer la sentence appropriée, le juge Larouche a certes tenu compte de la jurisprudence en la matière mais également des principes d’individualisation de la peine et de la proportionnalité.
Le juge a en effet souligné qu’il y avait plusieurs facteurs atténuants dans cette affaire. Peterson a notamment fait une prise de conscience de sa problématique, se qualifiant lui-même de pédophile. Il a aussi entrepris un suivi auprès d’un psychologue qu’il a par la suite cessé, préférant prendre part au Programme d’évaluation et de traitement des agressions sexuelles.
Il a également manifesté de l’empathie et des remords envers la victime. Lors d’un témoignage rendu en avril lors des plaidoiries sur la sentence, il s’était même dit content d’avoir été arrêté par les policiers sous prétexte que les abus devaient cesser. Il décrivait la victime comme son super héros. «Elle m’a sauvé la vie. Sans sa dénonciation, je n’aurais pas fait la paix avec 35 années de silence. Aujourd’hui, je me sens coupable, honteux mais responsable. J’ai manqué d’empathie envers elle et je n’ai pas respecté les limites. J’espère qu’elle poursuivra son cheminement sans trop de heurts», avait-il déclaré.
Depuis son arrestation, il a aussi mis en place un projet visant à aider les agresseurs avant qu’ils ne passent à l’acte. Finalement, il n’a aucun antécédent judiciaire.
Par contre, les facteurs aggravants sont importants. Peterson s’est livré à des abus pendant sept ans. La victime n’avait que six ans au début. Même s’il est difficile selon le juge d’évaluer toutes les conséquences que les délits sexuels auront dans sa vie, il est clair qu’elle aura besoin de soutien. Dans une déclaration écrite remise au tribunal, celle-ci avait fait part de la douleur ressentie, de ses problèmes de sommeil et d’appétit, de ses épisodes dépressifs et surtout de son inquiétude dans ses relations futures avec les garçons.
Lors du prononcé de la sentence, Peterson était visiblement ému lorsqu’il a été menotté et conduit dans le box des accusés mais pas autant que sa conjointe qui a été incapable de retenir ses larmes dans la salle d’audience.
À titre de chef et de directeur du Grand orchestre de la Mauricie, il avait participé à un grand nombre de productions. Il avait quitté ses fonctions à la suite de son arrestation.