Trois ans de pénitencier pour abus sexuels sur une adolescente

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Pour avoir eu une relation sexuelle complète avec une adolescente de 14 ans, Manuel Fortin devra passer les trois prochaines années dans un pénitencier et se soumettre à une série de conditions visant à restreindre ses contacts avec des mineurs.

En prononçant cette sentence, mercredi, au palais de justice de Shawinigan, le juge Jacques Lacoursière a clairement tenu compte des plus récentes décisions de la Cour suprême en matière d’abus sexuels sur des enfants à l’effet que les peines doivent être plus sévères et que les critères de dénonciation et de dissuasion doivent être priorisés. «Il faut lancer le message que ce genre de crimes répugne à notre société et que toute personne qui serait tentée d’agir comme l’accusé sera punie sévèrement», a-t-il indiqué.

Il a donc abondé dans le même sens que la procureure de la Couronne, Me Audrey-Anne Boily, qui avait réclamé une peine de trois ans de prison compte tenu de tous les facteurs aggravants dans le dossier de Manuel Fortin. En effet, même si l’individu de 23 ans n’a aucun antécédent judiciaire, qu’il a plaidé coupable à l’accusation de contacts sexuels et qu’il a lui-même été victime d’une agression sexuelle étant plus jeune, le juge est d’avis que ces facteurs atténuants ne font pas le poids par rapport à son degré de responsabilité criminelle et les conséquences subies par la victime. Qui plus est, il soutient que le mépris manifesté par l’accusé à l’égard des torts qu’il a causés vient confirmer un risque de récidive toujours présent, tel que relevé dans les rapports présentenciel et sexologique. C’est pourquoi il est d’avis que la peine doit susciter la conscience de ses responsabilités et la reconnaissance des torts causés à la plaignante.

Rappelons les faits: en 2017, cet individu, qui était alors âgé de 20 ans, avait eu une relation sexuelle complète avec une adolescente de 14 ans malgré le refus de celle-ci. Manuel Fortin avait pourtant prétendu qu’elle était consentante même s’il savait pertinemment qu’à cet âge, la notion de consentement n’était pas valide. Elle lui avait d’ailleurs été présentée par un ami comme une «fille facile» qui n’allait pas porter plainte,

En forçant l’adolescente de 14 ans à avoir une relation sexuelle complète avec lui, le juge retient qu’il a agi par opportunisme afin de combler ses besoins affectifs et sexuels sans se soucier des conséquences. La victime a notamment dû se soumettre à une thérapie puisque sa consommation de drogue a augmenté après l’agression sexuelle. Elle a aussi fait une fugue et a été envoyée dans quatre familles d’accueil différentes avant de pouvoir retourner dans son milieu de vie. Elle a perdu confiance envers les hommes et a vécu beaucoup de stress lié au processus judiciaire.

Or, même s’il a plaidé coupable, Manuel Fortin est toujours peu enclin à se responsabiliser, parlant plutôt «d’un viol qu’il n’a pas fait» et accusant la victime d’être une «faiseuse de trouble». Lors des plaidoiries sur la sentence, il avait d’ailleurs affirmé: «Je m’en contrebalance d’elle. Elle peut bien faire ce qu’elle veut de sa vie.» Il n’avait pas hésité non plus à se victimiser, s’attardant surtout sur les conséquences de cette affaire dans sa propre vie.

Son avocate, Me Audrey Bachand, avait suggéré au juge d’opter pour une sentence suspendue, assortie d’une probation et de travaux communautaires, ou sinon, de lui imposer 90 jours de prison discontinue.

Or, les nombreuses contradictions relevées dans le témoignage de son client tant sur l’emploi qu’il occuperait que sur sa prétendue stabilité amoureuse ont eu un effet préjudiciable. Le juge n’a pas cru Manuel Fortin, surtout qu’il n’a jamais entrepris de démarches visant à suivre une thérapie en lien avec sa sexualité et sa colère.

Il l’a donc condamné à trois ans de prison et a ordonné qu’il soit inscrit au Registre des délinquants sexuels pour les 20 prochaines années. Manuel Fortin ne pourra pas non plus posséder des armes pendant 10 ans. Il devra se soumettre à une série de restrictions visant à l’empêcher de communiquer avec la victime, d’approcher sa résidence et de se trouver en présence de jeunes de moins de 16 ans sauf s’ils sont accompagnés d’un adulte informé de cette condamnation. Ces conditions seront valides pendant cinq ans.