Guillaume Dupuis-Roy

Sursis révoqué et peine de prison pour Guillaume Dupuis-Roy

Trois-Rivières — Le sursis de sentence dont avait bénéficié Guillaume Dupuis-Roy en février 2019 pour avoir proféré des menaces contre le juge Jacques Trudel et le psychiatre Alexandre Dumais vient d’être révoqué et remplacé par une peine de neuf mois de prison qu’il devra purger à partir de maintenant.

En avril 2019, l’individu de 34 ans a en effet consommé du crack, enfreignant ainsi les conditions de sa probation et de son ordonnance de surveillance de longue durée puisqu’il a été déclaré délinquant à contrôler. Ces nouveaux délits lui ont d’ailleurs valu des peines de 60 jours et 190 jours de prison moins une période de détention préventive. Il est donc détenu dans ces dossiers depuis septembre dernier et doit se soumettre à une ordonnance de traitement forcé qui l’oblige à voir un psychiatre régulièrement et à prendre une lourde médication. Sa libération d’office était prévue pour le 13 janvier.

Or, le procureur de la Couronne, Me Jean Caron, est revenu à la charge en déposant une requête visant à révoquer le sursis de sentence qui avait été prononcé par la juge Claire Desgens dans le dossier de menaces et d’intimidation contre des personnes associées au système judiciaire.

Il s’est notamment basé sur le fait que la juge s’était en quelque sorte compromise en février 2019. Elle avait alors clairement fait savoir à Guillaume Dupuis-Roy que n’eut été ce sursis, elle lui aurait imposé la sentence proposée par Me Caron, soit entre 12 à 18 mois de prison. Elle s’était également assurée que le prévenu comprenne bien que s’il enfreignait ses conditions, il pourrait être ramené devant le tribunal et être sentencé, ce à quoi il avait consenti.

Mercredi, lors des audiences portant sur la requête de la Couronne, Guillaume Dupuis-Roy a expliqué à la juge qu’il n’avait pas compris à l’époque que la sentence suspendue équivalait à un sursis. «Si j’avais su, je n’aurais pas consommé. Je n’aurais pas pris ce risque. Je croyais que c’était juste une probation. Je m’excuse», a-t-il indiqué.

Toutefois, même si ses problèmes de santé mentale semblent s’être stabilisés, il a toujours de la difficulté à reconnaître l’importance de sa dépendance aux stupéfiants et des conséquences qu’elles ont sur lui.

Il s’est dit ouvert à suivre une thérapie mais a également admis qu’en tant que «peace and love», il a toujours consommé et aime ça. Il se décrit comme une victime du système judiciaire, prétendant avoir été accusé à tort et à travers, tout particulièrement dans un dossier de violence conjugale, ce qui lui a valu la désignation de délinquant à contrôler. En ce sens, il a annoncé qu’il voulait porter la cause en appel puisqu’il aurait aujourd’hui les preuves que cette femme s’était automutilée.

Son avocat, Me Louis R. Lupien, a pour sa part rappelé que la consommation de drogue survenue en avril 2019 était non seulement un acte isolé mais qu’il fallait tenir compte aussi de la gravité de ce délit. Tel qu’il l’a précisé, son client n’avait agressé ni poignardé personne. Certes, il a précisé qu’il ne demandait pas une médaille pour lui mais que ses problèmes de santé mentale, l’amélioration de sa condition et les peines de prison pour les bris de condition devaient être considérées. Il a aussi insisté sur l’importance de favoriser une thérapie pour aider son client tout en précisant que si une peine privative de liberté devait lui être imposée, elle devrait être symbolique.

Après un délibéré, la juge a bel et bien tenu compte de ses différentes problématiques tant au niveau de la santé mentale que de sa dépendance aux stupéfiants, et ce, malgré les opportunités de thérapie qu’il a refusées et des chances qu’il a eues. Elle a aussi pris en considération son profil, sa vie passée et ses origines autochtones.

Dans sa décision, elle estime avoir été très claire à l’époque en prononçant le sursis de sentence et avoir pris soin de s’assurer qu’il avait bien compris.

D’ailleurs, elle a noté que les nuances que Guillaume Dupuis-Roy a apportées devant elle démontrent qu’il comprend très bien le principe. Du coup, elle a aussi rappelé qu’une ordonnance judiciaire n’est pas un menu dans lequel il peut choisir les conditions à respecter.

D’un autre côté, elle doit tenir compte de la situation actuelle du prévenu, des peines qu’il a purgées pour les bris, du délai qui s’est écoulé, des efforts qui ont été faits et des remords qu’il a manifestés, d’où le quantum de neuf mois au lieu des 12 à 18 mois réclamés

On se souviendra que Dupuis-Roy avait proféré des menaces, en juillet 2017, contre le juge Trudel qui était en train de le déclarer délinquant à contrôler, de même que contre le psychiatre qui avait produit le rapport pour en arriver à cette conclusion.

Pure coïncidence, Guillaume Dupuis-Roy s’est justement retrouvé face à face mercredi matin avec le juge Trudel lorsqu’il a été conduit par mégarde dans la salle d’audience où celui-ci présidait.

Lorsqu’il a reconnu le juge, Dupuis-Roy s’est excusé. Il a ensuite été amené dans la bonne salle devant la juge Desgens où il s’est empressé de lui raconter l’anecdote.