Voici la réaction de Stéphane Gagné lorsqu’il a aperçu le photographe du <em>Nouvelliste</em> ce lundi dans le cadre de son procès pour harcèlement criminel et intimidation d’un policier en civil.
Voici la réaction de Stéphane Gagné lorsqu’il a aperçu le photographe du <em>Nouvelliste</em> ce lundi dans le cadre de son procès pour harcèlement criminel et intimidation d’un policier en civil.

Stéphane Gagné accusé d’avoir intimidé et harcelé un policier en civil

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Stéphane Gagné, un adepte de BMX de Trois-Rivières qui se décrit comme non politiquement correct et comme un «Patriote» dans ses publications Facebook, a subi son procès, lundi, en lien avec des accusations de harcèlement criminel et d’intimidation d’une personne associée au système judiciaire.

Les événements qui lui sont reprochés seraient survenus le 28 mai 2017 au parc portuaire de Trois-Rivières. L’agent Olivier Provencher profitait alors d’une journée de congé au centre-ville. Après un dîner au restaurant, il s’est dirigé avec sa conjointe et sa fillette de deux ans et demi vers le fleuve pour permettre à celle-ci d’admirer des bateaux. Il a alors croisé Stéphane Gagné qui faisait du BMX.

Or, ce dernier l’a immédiatement reconnu même s’il était en civil. Selon ce qu’a raconté M. Provencher, il était déjà intervenu auprès de lui il y a six ans en lien avec la réglementation municipale. Il a aussi expliqué que l’individu était bien connu par les policiers de Trois-Rivières pour des infractions de cette nature ou relevant du Code de la sécurité routière.

Dans sa version des faits, il soutient que Stéphane Gagné s’est approché de lui et de sa famille et a commencé à faire des «huit» autour d’eux avec son BMX tout en le regardant d’un air agressif. «Il avait le regard vide, les dents et les poings serrés. Il m’en veut mais je ne sais pas pourquoi», a-t-il raconté. En fait, il présentait selon lui les signes précurseurs d’une agression. «Il était comme un animal prêt à me sauter dessus», a-t-il ajouté. Il lui aurait demandé s’il y avait un problème, ce à quoi le suspect lui a répondu sur un ton agressif: «Toé mon tab... tu m’as assez fait chier avec mon BMX, c’est à mon tour de te faire chier mon tab..., c’est à mon tour! »

Sur ce, le policier lui aurait rappelé que ce n’était pas une bonne idée de l’intimider alors qu’il était en civil avec sa famille. Encore là, le suspect lui aurait rétorqué qu’il s’en foutait et que c’était à son tour de le faire chier. Le policier l’aurait sommé de partir. Stéphane Gagné se serait éloigné mais serait demeuré au parc portuaire, de sorte que la famille pouvait toujours le voir du coin de l’oeil.

En racontant cet événement, l’agent Provencher est d’ailleurs devenu très émotif. «J’avais peur pour moi et ma fille de deux ans et demi. Il faut que je la protège cette fille-là», a-t-il raconté les sanglots dans la voix. Il soutient d’ailleurs que l’enfant lui serrait la main très fort. En aucun temps par contre, il n’a pensé à appeler les policiers avec son cellulaire. «Je ne sais pas pourquoi: j’ai figé», a-t-il précisé.

Ils sont tous les trois demeurés quelques minutes le long du fleuve à regarder les bateaux pour ensuite quitter les lieux parce qu’ils ne se sentaient pas bien. Le policier a ensuite porté plainte contre Stéphane Gagné quelques jours plus tard lors de son retour au travail.

La conjointe du policier est venue corroborer son témoignage sur les événements reprochés à l’accusé et sur son agressivité. «Ça m’a fait peur de voir que quelqu’un puisse être aussi agressif envers mon chum alors que nous étions en famille», a-t-elle précisé.

Le procureur de la Couronne, Me Jean-Marc Poirier, a également déposé en preuve trois vidéos de Stéphane Gagné publiées sur sa page Facebook. Dans l’une d’elles, datant du 23 juin 2017, le suspect donne sa version des faits sur cet événement, invitant les gens à partager le plus possible. Il soutient que c’est Olivier Provencher, un zélé selon lui, qui l’a provoqué en lui demandant s’il voulait sa photo. Il voit dans cette affaire et les accusations qui en ont découlé un abus d’autorité des forces policières.

Il est revenu sur cet événement les 14 et 15 septembre 2017 dans de nouvelles publications sur Facebook où il a parlé d’un coup monté contre lui, disant avoir souvent été la cible des policiers et l’objet d’une vengeance depuis les dix dernières années. À titre de «Patriote», il affirme vouloir se défendre contre des interventions injustifiées des policiers et veut que celles-ci cessent, tout particulièrement envers la communauté BMX. En ce sens, il a même comparé son histoire à celle d’Alexis Vadeboncoeur. «Je ne suis pas un danger public mais une grande gueule qui fait du BMX», a-t-il martelé. Dans les corridors du palais de justice, il a d’ailleurs interpellé la signataire de ce texte sur un ton acrimonieux pour lui demander de ne pas faire de propagande dans cette affaire.

Toutefois, Stéphane Gagné n’a pas témoigné à son procès. Son avocat, Me Alexandre Biron, a insisté dans sa plaidoirie sur le fait que son client est un homme sans antécédent judiciaire criminel qui a certes des convictions mais qui souhaite surtout que les policiers cessent d’intervenir régulièrement auprès de lui. Selon lui, il n’avait pas l’intention de susciter délibérément la peur ou de nuire au policier dans l’exercice de ses fonctions dans l’avenir mais seulement de le faire «chier» (pour reprendre les propos de son client) au moment où il l’a rencontré puisque c’est le policier qui l’aurait abordé au départ. Il soutient également que l’intention de nuire, qui constitue un élément essentiel de l’infraction, n’a pas été prouvée et surtout qu’il ne faut pas confondre l’intention avec le résultat.

En effet, le policier a admis dans son témoignage qu’à deux reprises lors d’interventions subséquentes auprès de Stéphane Gagné, il était demeuré en retrait pour ne pas aggraver la situation et risquer de subir des représailles, faisant plutôt appel à des collègues en renfort.

Me Poirier a plutôt demandé au tribunal de tenir compte justement de l’état d’esprit de l’accusé tel qu’il en fait part dans ses publications Facebook. Il est d’avis que ce dernier a bel et bien eu un comportement menaçant et agressif avec l’agent en civil de façon à susciter la peur chez lui et à nuire à l’exercice de ses fonctions, d’autant plus que son comportement a eu l’effet escompté.

Le juge David Bouchard prononcera le verdict le 14 décembre.

Notons en terminant que Stéphane Gagné, 34 ans, est également en attente d’un autre jugement le 3 novembre dans un dossier de voie de fait contre une serveuse du Café Frida.