Un signaleur routier a été happé mortellement par un véhicule lundi à Sainte-Eulalie.
Un signaleur routier a été happé mortellement par un véhicule lundi à Sainte-Eulalie.

Signaleurs routiers: «Il faut arrêter de jouer à l'autruche»

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Les deux incidents impliquant des signaleurs routiers survenus lundi au Centre-du-Québec ébranlent le corps de métier. Alors que l’un est décédé des suites de ses blessures à Sainte-Eulalie, l’autre, blessé plus légèrement à Sainte-Cécile-de-Lévrard, en a été quitte pour une bonne frousse. Pour l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec (ATSRQ), la farce a assez duré.

Le président de l’Association, Jean-François Dionne, ne mâche pas ses mots: «nous sommes carrément l’un des métiers les plus dangereux au Québec. Il faut arrêter de jouer à l’autruche et se dire la vérité», souligne-t-il, en colère.

Monsieur Dionne soutient que la sécurité des signaleurs est en péril depuis plus d’une décennie et que personne n’ose lever le petit doigt pour régler la situation une fois pour toutes.

«Là, on en a vraiment ras le bol. On se fait siffler les oreilles, on se fait insulter, les gens conduisent en fou. Il faut qu’il se passe quelque chose.»

Le président de l’ATSRQ ne vise pas seulement le comportement des automobilistes, il dénonce également ce qu’il considère comme de l’inaction des services de police et des entités politiques.

«Le ministère des Transports paie pour que la Sûreté du Québec surveille les chantiers et elle ne le fait pas. Ailleurs dans le monde et même dans d’autres provinces du Canada, il y a une autopatrouille placée à l’entrée et à la sortie des zones de travaux. Pourquoi on n’a pas ça ici?», s’interroge-t-il. Il ajoute par ailleurs que la surveillance de nuit laisse elle aussi à désirer.

Jean-François Dionne n’est pas plus tendre envers le ministre François Bonnardel, qu’il accuse vertement de ne pas s’attarder à régler le dossier.

«C’est décevant. Il refuse de nous rencontrer. Ça va prendre combien de temps pour qu’il se déplace et qu’il aille discuter directement avec les travailleurs, pour qu’il s’imprègne de la réalité terrain?»

Monsieur Dionne est d’avis que des peines plus sévères et que des cours de conduite qui expliqueraient davantage la réalité des chantiers seraient de mise. Il estime que ceux qu’il représente sont tellement exaspérés des blessures subies sur les chantiers de construction qu’ils n’excluent pas de mener une action spectaculaire à un certain moment pour éveiller les consciences.

En réaction, le cabinet du ministre des Transports François Bonnardel déplore les accidents qui se sont produits lundi.

«Nous offrons toutes nos sympathies à la famille du travailleur décédé. Concernant le travailleur de chantier qui est décédé, deux enquêtes sont en cours, une de la Sûreté du Québec et une autre de la CNESST. Nous attendrons les résultats de ces enquêtes. Concernant le signaleur qui a été happé, il y a une enquête de la Sûreté du Québec», affirme-t-on, sans vouloir commenter davantage.

Quant aux allégations de M. Dionne, le cabinet rappelle que «le Plan d’action en matière de sécurité sur les sites des travaux routiers dévoilé en juin prévoit que tous les accidents sont analysés afin d’améliorer les pratiques. Par ailleurs, M. Dionne a été rencontré à plusieurs reprises par les équipes du ministère des Transports et a eu de nombreux échanges avec la conseillère au dossier au cabinet. Il a notamment été consulté pour le Plan d’action présenté en juin dernier», précise Florence Plourde, attachée de presse du ministre.

Signalétik en deuil

Pendant ce temps, l’employeur du travailleur dans la cinquantaine décédé lundi, l’entreprise Signalétik de Trois-Rivières, déplore la perte de l’homme qu’elle qualifie de «collègue apprécié» et assure offrir tout le soutien possible aux proches de la victime ainsi qu’à ses employés qui en ressentent le besoin.

«C’est notre priorité, de s’assurer que les gens qui sont touchés, la famille particulièrement, sont bien accompagnés dans cette épreuve», confie Daniel Granger, porte-parole du Groupe Maskimo, dont Signalétik est une division.

Ce dernier rapporte également que l’entreprise collabore au travail des enquêteurs et que celle-ci en profite pour effectuer un rappel auprès de son personnel sur l’importance de la sécurité sur les chantiers.

Éric De Champlain-Blais, présumé auteur de l’accident mortel survenu lundi.

Notons d’autre part que le présumé auteur de cet accident mortel, Éric De Champlain-Blais, 44 ans de Longueuil, pourra reprendre sa liberté pendant les procédures judiciaires intentées contre lui mais avec des conditions très sévères. Il devra s’engager pour une somme de 5000 $ sans dépôt à respecter une série de conditions dont celles d’entreprendre à compter du 28 septembre une thérapie dans un centre de dépendances de Beaulac-Garthby et y demeurer 24 heures sur 24. Il lui sera interdit de consommer de l’alcool et des drogues, incluant le cananbis, et de conduire tout véhicule pendant les procédures judiciaires. Il devra également prendre la médication prescrite par son médecin et respecter ses consignes. Son retour en cour est prévu le 27 novembre.

Le suspect est accusé de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort et de délit de fuite mortel.

SAINTE-CÉCILE-DE-LÉVRARD : L’ENQUÊTE SE POURSUIT

Par ailleurs, l’enquête se poursuit pour retrouver le fuyard qui a quitté les lieux lundi après avoir lui aussi heurté un signaleur routier, cette fois à Sainte-Cécile-de-Lévrard.

Un homme a été interpellé par la Sûreté du Québec vers 22 h lundi soir, dans une résidence du rang Saint-François-Xavier, non loin des lieux de l’incident survenu en fin d’après-midi. Le véhicule de ce dernier a été saisi et subira une expertise qui pourrait confirmer le lien du conducteur avec les événements.

Toutefois, l’enquête se poursuit dans ce dossier.

Avec la collaboration de Nancy Massicotte