Yves Lefebvre

«Si c'est moi qui ai fait ça, je m'en excuse»

«Je ne peux pas croire que j'ai fait ça. Si c'est moi qui ai fait ça, je m'en excuse.»
Yves Lefebvre, cet individu reconnu coupable de voies de fait causant des lésions à un Shawiniganais de 91 ans, saura le 2 avril quelle peine de prison lui réserve le juge Jacques Trudel. Mardi, alors que se tenaient les représentations sur sentence au palais de justice de Shawinigan, Lefebvre a adressé ces mots aux proches de Maurice Arcand, la victime de son attaque.
Lefebvre n'avait pas témoigné lors de son procès. Son avocat, Me Alexandre Biron, l'a invité hier à raconter les événements du 30 juillet. Lefebvre se souvient d'avoir fait son ménage chez lui en après-midi avant de boire une grosse bière. Il pense qu'il est allé acheter une deuxième bouteille.
Sous médication (il prend un anti-psychotique), Lefebvre dit ne pas se souvenir de l'attaque survenue en soirée contre le nonagénaire.
«Après la première grosse bière, je ne me souviens pas. Ça m'est arrivé, des black out. Je suis allé acheter une grosse bière de 1,18 litre. C'est assez pour moi. Une deuxième, ça ne marche pas. Je ne sais pas si je l'ai fait, mais il ne faut pas que je fasse ça, car je perds la carte.»
Yves Lefebvre admet qu'en de telles conditions, il lui arrive de parler seul et fort dans son logement. Pour les événements du 30 juillet, il dit ne pas se souvenir de ce qu'il a dit aux policiers lors de son arrestation. Il a affirmé qu'il a fait un burn out en 2001 et qu'il est sous médication depuis ce temps.
En s'adressant au président du tribunal, Me Biron a fait remarquer qu'on est en présence d'un cas singulier. L'avocat de Lefebvre a reconnu que le geste de son client était gratuit. Toutefois, le degré de responsabilité est atténué en raison de ses problèmes de santé mentale. Il souffre également d'un problème de consommation d'alcool.
Le fait que Lefebvre ait peu d'antécédents judiciaires joue en sa faveur, selon Me Biron, tout comme le fait qu'il n'avait commis aucun crime contre la personne avant juillet. Mis en détention préventive depuis six mois et quelques jours, Lefebvre en est à son premier séjour en prison. Me Biron a suggéré au juge Trudel d'imposer une peine de 12 mois d'emprisonnement, de laquelle on soustrairait la détention préventive, assortie d'une période de probation avec un suivi auprès de son client.
La Couronne propose au juge une peine d'emprisonnement deux fois plus sévère. Me Philippe Desnoyers a rappelé la gratuité de l'attaque d'Yves Lefebvre contre une personne âgée de plus de 90 ans. Maurice Arcand a d'ailleurs passé près d'un mois à l'hôpital à la suite de cette agression qui lui a causé une plaie ouverte à la tête, une fracture à une côte, une fracture au coccyx et une déchirure du tympan.
Selon Me Desnoyers, une peine de 24 mois, moins la détention préventive, serait appropriée dans ce cas. Il propose également une période de probation de deux ans pour permettre une meilleure réhabilitation de Lefebvre.
Le juge Trudel avait l'intention de rendre sa décision dès hier. Après quelques minutes de réflexion, il a préféré remettre sa décision au 2 avril. Le juge veut s'assurer que Lefebvre recevra l'aide que sa condition exige lorsqu'il sortira de prison. Il a demandé qu'un agent de probation le rencontre bientôt afin de préparer un programme d'aide.
«Il lui avait pardonné»
André Arcand, le frère de Maurice Arcand, a été appelé à témoigner par la Couronne. M. Arcand a raconté qu'avant les événements du 30 juillet, son frère était un homme autonome. Après l'attaque, son frère ne voulait plus retourner à son domicile et faisait des cauchemars.
Rencontré à l'extérieur de la salle de cour, André Arcand a précisé que son frère avait toutefois passé l'éponge.
«Il avait pardonné à son agresseur. Il disait que c'était un gars qui avait besoin de soins. Mais il avait peur qu'il agresse quelqu'un d'autre. Il avait eu la peur de sa vie. Ce n'est pas l'attaque qui l'a fait mourir, mais ça a probablement abrégé ses jours.»