Philippe Nérin

Sept ans de prison sont réclamés

TROIS-RIVIÈRES — La Couronne demande qu’une peine de sept ans de pénitencier soit imposée à Philippe Nérin pour fabrication et exportation de fausse monnaie, trafic et exportation de cocaïne ainsi qu’une série de fraudes liées à l’identité et les cartes de crédit, tous des crimes auxquels il a plaidé coupable.

Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Julien Beauchamp-Laliberté, a en effet réclamé de la juge Guylaine Tremblay qu’elle impose une peine dissuasive compte tenu de la complexité des crimes, de leur gravité, de leur préméditation, de leur degré de sophistication et de leur ampleur qui a dépassé les frontières.

Selon une enquête de la Sûreté du Québec, Philippe Nérin avait mis en place tout un stratagème lui permettant non seulement de fabriquer des faux billets de 20$ mais également de les vendre un peu partout dans le monde. Il profitait également de la situation pour trafiquer et exporter de la cocaïne.

Pour ce faire, il avait investi plusieurs milliers de dollars dans des équipements qu’il faisait venir de la Chine pour fabriquer chez lui la fausse monnaie. Les policiers avaient été mis sur sa trace en juin 2018 lorsque l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) avait justement intercepté un de ces colis lors d’un contrôle aléatoire. Il s’agissait d’une imprimante haut de gamme. Compte tenu des antécédents judiciaires du suspect en matière de fraude, une enquête avait donc été entreprise. Les colis à son nom étaient donc interceptés, examinés mais tout de même envoyés à leur destinataire, toujours sous surveillance.

Pendant ce temps, le suspect, qui ne se doutait de rien, poursuivait la fabrication de la fausse monnaie. Il recrutait notamment ses clients via le Dark Web en leur proposant par exemple l’achat de 1000 $ dollars en billets de faux 20 $ pour la somme de 200 $. Les billets et/ou la cocaïne qu’il vendait étaient ensuite insérés dans des enveloppes et envoyés aux destinataires un peu partout dans le monde en utilisant les boîtes postales de Postes Canada.

Selon Me Beauchamp-Laliberté, il disposait lors de son arrestation d’équipements lui permettant de confectionner 500 000 $ en faux billets. À ce jour, le Bureau national de lutte contre la contrefaçon a reçu 7568 faux billets de 20 $, tous fabriqués par Philippe Nérin. Une carte de crédit reliée à chacun de ses comptes clients pour les envois a révélé qu’il y a eu 199 envois Xpresspost effectués à partir de faux profils, dont 193 envois à travers le Canada incluant 88 envois au Québec, deux aux États-Unis et quatre en Australie. Et dans le cadre de ses exportations de faux billets, il aurait également écoulé 32 grammes de cocaïne.

En matière de fraudes, Nérin a également admis avoir fait 33 demandes frauduleuses en utilisant de fausses identités pour obtenir des cartes de crédit sans compter une autre fraude par cartes d’une valeur de 23 791 $. Et lorsque les policiers ont été en mesure de lui mettre la main au collet en février 2019, il y avait dans son ordinateur le profil de dizaines d’individus dont il avait acheté l’identité.

La peine réclamée par la Couronne tient compte également du nombre de victimes, des conséquences (entre autres, les commerçants ne sont pas indemnisés pour les faux billets qui se retrouvent en leur possession) et des antécédents judiciaires de Philippe Nérin en matière de fraude. Il a été condamné à quelques peines de prison dans le passé qui selon Me Beauchamp-Laliberté, n’ont pas eu l’effet escompté, d’où un risque de récidive toujours présent.

D’un autre côté, l’avocat de la défense, Me Bertrand Jacob, a suggéré une peine de cinq ans de prison. Il a également pris soin de faire témoigner son client. Ce dernier a parlé des dépendances qui l’affectaient à l’époque des délits, soit la consommation de stupéfiants et le jeu compulsif. Or, il soutient désormais avoir fait une introspection et s’être repris en main. Il aurait cessé de consommer et de jouer. Il est maintenant suivi par Domrémy, il consulte un psychologue et un thérapeute, il bénéficie d’un bon soutien familial, dispose de bonnes capacités intellectuelles et il a des projets. En prison, il entend d’ailleurs suivre une formation afin de réintégrer la société dignement.

La juge devrait prononcer la sentence le 14 janvier.