Me Richard Moss, procureur du Syndicat des TUAC.

Savoura brille par son absence

Trois-Rivières — Les représentants des serres Savoura-Sagami ont brillé par leur absence, mercredi matin, alors que le Tribunal administratif du travail (TAT) avait prévu deux jours d’audiences, soit mercredi et jeudi, à Trois-Rivières, dans la cause qui l’oppose au Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC).

C’est que mardi, en soirée, les avocats des TUAC ont été avisés que Savoura avait retiré le mandat à ses procureurs, dans cette affaire. Or, mercredi matin, le tribunal administratif n’avait toujours pas reçu de demande de remise de la cause et aucun témoin de l’entreprise n’était présent. Le juge, de même que les procureurs et un témoin du côté des TUAC, étaient tous présents comme prévu.

Le juge a donc remis une partie de la cause au 24 octobre, le temps que Savoura se constitue un nouveau procureur. Il a indiqué qu’il était préférable de ne pas procéder sans la présence de représentants patronaux afin d’éviter que la cause aboutisse en Cour supérieure.

Le procureur des TUAC, Me Richard Moss, voulait plaider, mercredi, «que l’employeur négociait de mauvaise foi et qu’il travaille avec d’autres personnes pour trouver un syndicat autre que nous», a-t-il expliqué au Nouvelliste en marge des audiences.

À l’occasion des journées d’audiences tenues en avril, on apprenait en effet que des employés de Savoura auraient demandé une accréditation pour un autre syndicat que les TUAC, soit DBRT (Dominic Belleville relations de travail), un cabinet de conseillers en relations de travail, un syndicat que les TUAC jugent «complaisant» envers la partie patronale.

L’autre point que veulent défendre les TUAC, dans cette affaire, c’est que certains employés auraient été victimes d’intimidation. Me Moss explique que «dans notre prétention, c’est l’employeur qui veut choisir un syndicat complaisant». Des plaintes pour entrave et menaces de la part de l’employeur s’ajoutent également à la liste des plaintes déposées devant le TAT.

Savoura-Sagami compte présentement 9 serres et le nombre d’employés qui y travaillent varie entre 350 et 450, dont 80 à Saint-Étienne-des-Grès. Quatre de ces serres sont touchées par les allégations des TUAC, soit celles de Saint-Étienne-des-Grès, Portneuf, Danville et Sainte-Marthe.

Environ 70 % des employés qui travaillent pour Savoura-Sagami proviennent de l’étranger, selon Me Moss. «On tient pour acquis que des gens arrivent ici et n’ont aucune connaissance de leurs droits. On essaie de faire en sorte qu’ils aient des conditions de travail qui soient un peu plus respectueuses», dit-il.

Carole Neault, employée de Savoura à Saint-Étienne-des-Grès et déléguée syndicale.

Carole Neault, travailleuse aux serres Savoura de Saint-Étienne-des-Grès et déléguée syndicale, raconte que malgré les périodes de canicule qui se sont multipliées au cours de la période estivale, les employés n’ont eu droit qu’à trois pauses-chaleur dans tout l’été. Une pause-chaleur dure 10 minutes et se prend aux heures, en théorie, quand la température atteint 41 °C et plus, explique-t-elle. Or, dit-elle, cette température a été ressentie à plusieurs reprises à l’extérieur, cet été, et c’était encore pire à l’intérieur des serres.

«Ce sont des travailleurs migrants. Qu’il arrive quoi que ce soit, une gastro, mal au cœur, mal à la tête, ils n’iront pas se plaindre. Ils ne peuvent pas se plaindre. Ils n’ont pas le droit de se plaindre», a constaté Mme Neault.

«Dans une serre, c’est très chaud. Le soleil est directement sur nous. Ils font huit heures sous le soleil, avec pas trop d’air et dans l’humidité d’une serre. Les hommes commençaient à 6 h le matin et finissaient à 18 h ou 19 h le soir. Les filles demandaient des pauses-chaleur et ils trouvaient toujours un moyen qu’elles n’en aient pas», affirme-t-elle.

Mme Neault qualifie l’environnement de travail aux serres de Saint-Étienne-des-Grès de «très toxique.» Beaucoup d’employés qui travaillent à 12,49 $ de l’heure n’ont pas eu d’augmentation depuis 10 ans, dit-elle. «D’être debout toute une journée de temps, c’est très difficile. C’est du travail dur», plaide la déléguée syndicale.

Selon l’autre procureure des TUAC au dossier, Me Guylaine Guénette, «les gens se font menacer, surtout les travailleurs guatémaltèques, sur qui il a plus d’emprise, évidemment, parce que leur emploi, leur retour au Québec, dépend de l’employeur. Partant de là, l’employeur leur dit écoute, si tu ne signes pas une démission du syndicat, tu ne reviens pas», raconte Me Guénette. «Il y a eu plusieurs formes de menaces comme ça, un peu partout dans toutes les serres où les TUAC étaient présents», ajoute-t-elle.

Me Guénette précise que dans les serres qui ne sont pas syndiquées, «quand les gens téléphonaient aux TUAC, ils se faisaient mettre à la porte».

Le tribunal a récemment rendu une décision selon laquelle la déléguée syndicale Carole Neault a été victime de représailles, de menaces et d’intimidation et que l’employeur a fait de l’ingérence dans les affaires syndicales. Mme Neault est d’ailleurs en arrêt de travail à cause de cette situation. «Tout le monde qui parlait à Mme Neault était associé au syndicat et partant de ça, risquait de perdre leur emploi», raconte Me Guénette.

Le Nouvelliste a tenté d’avoir les commentaires de la direction de Savoura, mercredi, mais n’a obtenu aucun retour d’appel.

Me Guylaine Guénette, procureure du Syndicat des TUAC et Michel Tardif, délégué syndical.

Notons que Savoura-Sagami entend investir 125 millions $, d’ici cinq ans, à ses installations de Saint-Janvier grâce à un prêt d’Investissement Québec d’un maximum de 3,5 millions $ et à un prêt de 17,5 M $ de Financement agricole Canada et de Desjardins Entreprises.